‹ Aux IndesChapitre 67 sur 120 · DE LAHORE A PESHAWAR · texte numérisé non relu

DE LAHORE A PESHAWAR

nuit dernière nous avons eu froid! 11 faut avoir trois mois de soleil indien sur les épaules pour comprendre la joie que peut contenir cette sensation trop absolument oubliée : avoir froid I

Entre temps, les spectacles dignes d'enthou siasme , d'intérêt ou de curiosité, nont point manqué .

Il faut bien avoir le courage de le dire : dans toute celte vallée de la Jumna, les villes, Delhi, Agra, etc., sont de pures merveilles, mais le pays est un affreux pays, desséché, terne, jauni, et surtout déplorablement plat. Je ne sais rien d'une monotonie aussi accablante que ces plaines indéfinies, oi^i l'œil attristé ne rencontre pas le moindre mouvement de terrain et se perd dans les mornes espaces sans relief et sans variété.

Le tracé de la voie que nous suivons se rapproche graduellement des formidables montagnes de l'Asie centrale, il en traverse les derniers contreforts, il pénètre dans plusieurs souterrains,... exactement les premiers que je vois depuis mon arrivée dans ce pays, où j'ai pourtant déjà terriblement roulé, et les sites entrevus présentent une variété, un modelé capricieux qui surprennent agréablement le regard, excédé de tant de platitudes.

Nous traversons les aflluenls de Flndus : des fleuves immenses, véritables bras de mer, roulant parmi de grands bancs de sable des eaux torrentueuses dont les troubles remous présentent une couleur laiteuse caractéristique particulière aux eaux provenant de la fonte des glaciers. C'est une évocation du lointain pays que je retrouve avec infiniment de plaisir.

Voici d'abord le Chenab, que nous franchissons au sortir de Wazirabad; une jolie goutte d'eau, large comme trois ou quatre fois le Rhône à Beaucaire, et un pont magnifique, TAlexandra Bridge, dont les Anglais ne sont pas médiocrement fiers, à fort juste titre.

Puis la Jhelum, Tancien Hydaspe, la rivière de Gashmire, celle dont la vallée, à quelques milles en amont, a mérité le nom de « Happy Valley », celle dont nous rêvons d'aller voir les sources au pied même des monts himalayens.

Enfin r Indus lui-même, plus modeste que ses affluents, guère plus large que notre Seine au pont d'Argenteuil, mais beaucoup plus imposant.

0 magie puissante des souvenirs classiques! L'histoire prétend qu'ici même, à Attock, où sur un pont de fer d'une superbe hardiesse nous franchissons le vieux fleuve légendaire, les légions d'Alexandre ont passé leur Rubicon et fait les premiers pas

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