LES AFGHANS
pour une ))aleine, même pour un éléphant, — je vous renvoie une fois de plus au beau livre de Darmesleter. Vous y trouverez toute leur histoire, une histoire troublée et sano-lante; vous v démêlerez les traits principaux de leur caractère complexe et en somme peu recommandable; vous les verrez menteurs, parjures, voleurs et meurtriers, — mais vous conviendrez qu'il faut beaucoup leur pardonner, car ils ont trois qualités parmi leurs défauts :
Ils sont l>ravesl Et, dans nos temps de civilisation, le courage, même brutal, n'est chose ni si commune ni si méprisable.
Ils sont beaux I Je n'ai rencontré nulle part encore de si superbes types d'humanité : grands, vigoureux, souples, admirablement élégants dans les somptueuses draperies de leurs costumes, ils ont le teint très clair, de magnifiques barbes lustrées, le front très haut, les yeux très noirs, luisant sous les épais sourcils comme des lames d'acier. Ces affreux bandits sont beaux comme de jeunes dieux.
Enfin, ils sont poètes et poètes déhcieux : quand vous les rencontrez dans la campagne, ils s'en vont par les chemins, la fleur de la chanson aux lèvres, et quand ils s'arrêtent au bord de la route, à l'ombre touffue des arbres, ils se mettent en cercle autour de l'un d'eux qui, sur son épaule, entre un
fusil et un pistolet, porte une longue guitare aux sons moelleux, et ces grands entants sauvages sendorment doucement au murmure enjôleur de la poésie divine. Vous trouverez dans les Lellres sur l'Inde maints échantillons de ces chants que modulaient leurs pères au retour de quelque joyeux carnage; victorieux, ils célébraient leurs victoires en strophes enflammées; vaincus, ils berçaient leur misère avec une chanson d'amour. Écoutez plutôt :
Ne me dis pas : « Pourquoi jures-tu par moi? » Si je ne jure par toi, par qui jurerais-je?
Tu es la lumière de mes yeux : je le jure par mes yeux pleins de toi.
Ton visage est le jour, les tresses de tes cheveux sont la nuit : je le jure par le matin et par le soir.
En ce monde tu es ma vie et mon âme, — rien d'autre ne l'est : je te le jure, ô ma vie!
La poussière de tes pieds est un baume pour mes yeux : je le jure par la poussière de tes pieds.
Lorsque tu ris, que peut-on comparer à ton rire? Ni perles ni rubis : je le jure par ton rire.
Oh! vraiment je t'aime, oui, je t'aime, et toi seule; et moi Ivhouclial, je le jure par ton beau visage.
C'est, je crois, ce même Khouchal-Khan qui dans un autre poème émet ce délicieux aphorisme :
u Une femme est une fleur, chacun a bien le droit de la respirer. »