‹ Aux IndesChapitre 72 sur 120 · LX ACCIDENT DE CHAMEAU. 24 D · texte numérisé non relu

LX ACCIDENT DE CHAMEAU. 24 D

Est-ce défaut d'arrimage? est-ce par l'excentricité des points de suspension? Elles dansent là-haut une danse eCfroyaljle.

Xous aurions bien voul-u demander à ces aimables personnes, si vilainement ballottées, leurs impressions, ou, du moins, en juger sur leurs physionomies ; mais du plus loin que nous apparaissons, les rideaux Ijlancs se ferment hermétiquement.

Le dieu des indiscrets nous gardait pourtant une compensation : un des chameaux ainsi chargés prend peur à l'approche de notre voiture, pousse un horril)le cri aigre et s'emporte à travers la campagne, au galop dégingandé de ses longues jaml^es difformes; il ne va pas loin, il butte contre une grosse pierre, il roule, ce pendant que les paniers, sens dessus dessous, déposent à terre, juste à côté de notre équipage, leur précieux chargement : deux charmantes filles, en costume un peu sommaire, cherchant en vain à réparer le désordre de leurs toilettes et nous lançant des regards courroucés qui, bien plut(jt, leur donnent je ne sais quel air provocant et mutin, nous laissant à penser que, bien décidément, l'animal féminin reste le même sous toutes les latitudes.

Nous avions rejoint la queue de la caravane à peine au sortir du cantonnement; lorsque nous arrivons à .Jamrud, à onze milles de notre point de

240 AUX iNDi:s.

départ, après avoir doublé une file absolument ininterrompue, nous sommes bien loin d'en avoir atteint la tètel...

A.Iamrud, nous sommes à l'entrée même de la passe : la rude barrière des montagnes surgit brusquement devant nous, succédant à la plaine sans relief, montant tout d'un jet, en grands escarpements sombres et coupés seulement d'une gorge étroite où s'engage un mauvais chemin.

Cette passe de Khyber a joui pendant Tort longtemps d'une réputation déplorable; elle est peuplée d'une tribu particulièrement sauvage : les Afridis, plus voleurs et plus enclins à jouer du couteau ou de l'espingole que le reste des Afghans, ce qui n'est pas peu dire. Jusqu'à l'accord de 1881, maîtresse absolue des passes, cette aimable tiùbu y vivait comme un rat dans son fromage, rançonnant sans pitié les pauvres caravanes absolument forcées de subir leurs exigences, puisque l'unique bonne route de Kaboul passe par là, et que partout ailleurs les montagnes mettent entre l'Inde et le pays de l'émir une presque infranchissaljle barrière. Ouand une caravane avait la fâcheuse inspiration de se montrer récalcitrante, nuil lui en prenait : embusqués

Page 1