LA « VALLEE HEUREUSE
secoue jamais la blancheur qui le couvre, et qui dressent dans le bleu profond du ciel, dans Tincomparable rayonnement de la lumière d'Asie, leurs statures majestueuses. Les plans successifs s'étagent, depuis les monts que nous côtoyons, dont le pied repose délicieusement sur la rose floraison des pommiers, et dont la cime se recouvre du beau tapis sombre des sapinières, jusqu'aux pics gigantesques qui ferment riiorizon vers le nord et qui surgissent, monstrueux blocs glacés, jusqu'à des altitudes de vertige. En bas, c'est la fraîcheur du printemps renouveau, le vert délicat des prairies humides, les jolies maisonnettes tapies sous les larges arbres, le lourd manteau somptueux d'une végétation radieuse : et tout de suite j'évoque le souvenir de la magnifique vallée de l'Isère, dans notre Dauphiné, de ce Grésivaudan fortuné dont les riches verdures dorment dans les plis des Alpes altières, mais d'un Grésivaudan plus épanoui, plus riche encore, dominé de toutes parts de massifs autrement imposants que Belledonne. Vers le nord, le surgissement puissant des monstrueuses arêtes de l'épine dorsale du monde, des pics du Tibet hauts comme deux fois notre mont Blanc !
Dans le vaste épanouissement de la vallée, la Jhelum a perdu son furieux élan ; elle coule maintenanl avec la sérénité d'un beau fleuve calme, entre
deux rives parées de buissons odorants et de lauriers roses en plein éclat de floraison. Et les eaux profondes de vastes étangs dorment sous le ciel bleu, immobiles dans un air léger, sans un souffle de brise, sans une ride sur le métallique éclat de leur surface tranquille.
La route court entre une double rangée de hauts peupliers, actuellement privés de leurs feuilles, mais qui, dans la saison chaude, doivent faire, au-dessus du chemin, un dôme de bien belle verdure; dans la majesté de cette incomparable nature, elle nous conduit tout doucement, d'enchantement en enchanlement, jusqu'à la porte de Srinagar.
Nous sommes au bout de notre voyage; hélas! pas au bout de nos peines.
Il y a à Srinagar : un hôtel tenu par un manager de Lahore, un dak-bungalow fonctionnant sous le contrôle de la résidence anglaise, un autre sous celui du maharajah. Or le manager est à Lahore, le résident à Sialkot, le maharajah à Jummoo, làbas dans la plaine, loin de la neige, loin des gelées, et hôtel, bungalow anglais et bungalow indigène sont également fermés.
Ou'allons-nous devenir? Je ne vous cache pas que