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EN QUÊTE D'UN « HOUSE-BOAT

nous sommes extrêmement fatigués : la brusque transition de chaleurs torrides à des rigueurs polaires, la longueur du chemin, le manque de confort du véhicule, peut-être aussi les émotions du voyage opéré sous un perpétuel bombardement, tout cela nous fait ardemment souhaiter une chambre close, un bon tub, un lit n'importe lequel, et nous sommes exposés à coucher dans la rue !

Fort heureusement nous nous souvenons que, lorsqu'ils viennent passer leurs deux mois de congé à Cashmire, en quête de gibier ou de belles natives (les Cashmirian Girls ont une réputation universelle), les officiers anglais ont coutume de s'installer dans des house-boats sur la Jhelum. Par la même raison qui fait que les bungalows sont fermés, les house-boats doivent être disponibles. Enquéronsnous donc d'un house-boat.

Depuis notre entrée dans la ville, notre tonga a été entourée d'une foule serrée de curieux, contemplant avec ahurissement ces deux ostrogoths qui viennent les voir en une telle saison. Dès que notre désir de trouver un logis flottant est connu de tous ces braves gens, nous sommes assaillis de tous côtés, et ce n'est pas un, c'est cent house-boats qui nous sont offerts! Quand nous descendons de voiture, nous sommes pressés par une telle foule que nous sommes littéralement portés par le flot vivant

qui nous entoure; et les mains nous agrippent et les bouches nous soufflent en pleine figure, en même temps que les invites les plus séduisantes, les parfums de bétel les plus fétides; nous sommes assourdis, étouffés, asphyxiés, et, dans notre ahurissement, il nous reste tout juste assez de bon sens pour essayer une distribution de roupies à ceux des enragés qui sont le plus proche de nous, pour leur donner, en même temps, nos cannes, nos parasols, jusqu'à nos baguettes de rifle et les charger de faire le vide.

L'expédient réussit à peu près, et nous pouvons enfin respirer, ce pendant que la figure du bon Viegas, le boy qui nous a accompagnés, se rassérène progressivement. Le brave homme est en effet resté sous la rébarbative impression que lui avaient laissée les brigands de Peshawar, et il nous avoue qu'à nous voir ainsi pressés par cette foule, en cette saison où aucun Anglais n'est en ces parages, où les officiers même du maharajah sont absents, il n'était pas autrement rassuré : nos portefeuilles avaient des bosses bien tentantes, les eaux de la Jhelum sont profondes, le courant rapide, et rien de plus facile que de faire disparaître deux pauvres diables de Français... Ni vu ni connu!

Heureusement les Afghans sont loin et les Cashmiriens ont le couteau moins léger. Nous campons

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