AU REVOIR. — MERCI
Elle me semble tout à fait mélancolique, et j'ai le cœur tout serré en pensant que demain je roulerai de nouveau en pays étranger, plus seul et plus perdu que jamais après cette délicieuse halte parmi d'aimables compatriotes qui me sont devenus d'inoubliables amis.
M février.
Dans tous les voyages, qu'il s'agisse d'aller de la gare Saint-Lazare à Asnières ou de Marseille à Yokohama, l'on est toujours pressé d'arriver; on a été content de partir, on est heureux de voir du pays, mais le trajet est toujours trop long et l'impatience toujours aussi grande.
Dans cet ordre d'idées, il est peu de trajets où la patience soit mise à une plus rude épreuve qu'en celui de Paris à Londres.
Vous avez été — on l'est presque toujours — affreusement secoués par le steamer de Calais à Douvres; vous montez, très remué encore, dans le train; les wagons du L. G. D. R. sont les plus confortables du monde, vous avez pourtant très grande hâte d'en sortir. Des prairies embrumées, des cottages blancs, aux volets verts, habillés de chèvrefeuille; sur la jeune verdure des pelouses, les raies de chaux des tennis-grounds, les portiques
MADRAS. — TROP DE BANLIEUE. 2o
iég'ers des polos; de loin en loin une grande ville noire ensevelie dans la fumée, des gares immenses traversées à grand fracas de fer ébranlé, — tout cela défile devant vos yeux ennuyés et maussades.
Mais, tout à coup, l'atmosphère s'épaissit et s'obscurcit, vous êtes saisis à la gorge par cette indéfinissable odeur de suie mouillée qu'a le « fog » londonien. — vous voilà enchantés, — c'est le port, croyez-vous : — que nenni! Vous entrez dans un inextricable réseau de voies se croisant, se juxtaposant, se superposant, et c'est une succession indéfinie de ponts, de tunnels, de passages à niveau, de stations par centaines traversées à toute vapeur, avec la vision brusque des voyageurs entassés sur les trottoirs et des affiches multicolores, à caractères géants, à figures violemment enluminées; des trains vous croisent, d'autres courent parallèlement au vôtre, des carrefours vivement éclairés apparaissent tout à coup, disparaissent aussitôt, les hautes silhouettes des cheminées d'usines se devinent dans le noir, — vous êtes entrés dans les faubourgs immenses de la ville immense : — vous en avez encore pour près d'une heure avant d'arriver à la bienheureuse et tant désirée station terminus.
Madras, c'est un petit Londres, comme Paris est un petit Marseille; quand, après les longues heures
du monotone et brûlant voyage qui vous amène de Pondiclîéry, vous atteignez la première station qui porte le nom de la capitale des provinces du Sud, vous vous croyez au bout de vos peines? Erreur! Vous ne faites que commencer, et la banlieue de Madras, par Timmense espace sur lequel elle s'étend, par la multiplicité des stations, par rinterminable longueur des arrêts que marque votre train dans chaque gare, n'a rien à envier à celle de Londres.
Au point de vue de la végétation, par exemple, celle de Londres a tout à envier à sa lointaine rivale. En effet, il y a de l'eau ici, de leau croupissante, verdie, fiévreuse et mortelle, mais fécondante et aussi bonne aux plantes que mauvaise aux hommes. Sans atteindre à la radieuse splendeur des paysages de Ceylan, la nature s'épanouit en une très suffisante richesse, et les Aerts bouquets de tamariniers et d'eucalyptus offrent de plus riantes perspectives que les silhouettes des cheminées en briques fichant leurs longues chandelles mélancoliques dans la brume du pays anglais.
Quand nous débarquons enfin à la station d'Egmore, nous nous enquérons naturellement d'un hôtel, — j'ai été, au point de vue de l'installa-