NOTRE « HOUSE-BOAT
grande force irrésistible de cette eau qui nous porte, et le sommeil vient bien vite, au sein de cette paix profonde qui nous entoure.
Aussi le tour du cadran est-il amplement fait, peut-être même dépassé, quand, ce matin, nous nous décidons à nous lever.
Voulez-vous faire le tour du propriétaire?
Notre logis mesure environ dix-sept mètres de long, sur trois mètres cinquante dans sa plus grande largeur ; il repose sur un bachot à fond plat, solidement amarré, à un coude de la Jhelum, dans une petite crique où le puissant courant est un peu apaisé.
En entrant par l'avant : une grande pièce, notre salle à manger, éclairée par quatre fenêtres où des verres de couleur mettent une jolie note de gaieté, puis, d'enfilade, trois chambres à coucher, de forme à peu près carrée, prenant jour par deux fenêtres, symétriques à bâbord et à tribord, enfin, à l'arrière, une salle de bains et le complément utilitaire de toute installation qui se respecte.
Les fenêtres donnent sur un étroit balcon qui règne sur tout le pourtour du bateau ; le toit, aplati, forme terrasse, et la légère construction, sans prétention à une ornementation compliquée, est exquisement coquette dans sa robe toute blanche, embaumant la bonne odeur saine du sapin fraîche-
ment débité. Voilà ce qu'est un hoiise-boat, et je vous défie de trouver demeure plus originale et plus charmante.
Pour compléter Tinstallation : une petite flottille amarrée tout près, deux bateaux, plus petits que le nôtre, contenant, sous des abris en palmes tressées, l'un la cuisine et le garde-manger, l'autre le dortoir de notre état-major, et une légère barquette assez grossièrement équarrie dans laquelle nous ferons nos excursions et nos parties de chasse.
Le personnel est assez nombreux; Viegas, la perle des boys, s'est, tandis que nous faisions la grasse matinée, parfaitement acquitté de l'office de sergent recruteur dont notre confiance l'avait investi. Il a embauché un cuisinier, un barbier, deux shikaris et cinq bateliers. Avant de vous récrier sur ce luxe de serviteurs, souvenez-vous, je vous prie, que nous sommes aux Indes, au pays des castes et de la division du travail, que c'est tout juste si les règles de sa caste permettent à celui qui cire votre bottine droite de cirer votre bottine gauche, à celui qui vide votre cuvette de vider... autre chose, et enfin que la main-d'œuvre n'est pas chère et que cette armée de domestiques nous coûtera tout juste deux roupies par jour, c'est-àdire guère plus de trois francs. Heureux pays!
L'installation un peu sommaire de la première