‹ Aux IndesChapitre 81 sur 120 · NOTRE ETAT-MAJOR · texte numérisé non relu

NOTRE ETAT-MAJOR

nuit ne tarde pas à se modifier avantageusement, et nous prenons en location tout un attirail, mobilier, vaisselle, batterie de cuisine, etc., qui, pour être un peu de bric et de broc, n'en est pas moins très suffisamment confortable.

L'air est d'une fraîcheur délicieuse, le soleil brille de tout son éclat dans un ciel sans nuage, les hautes cimes neigeuses resplendissent éblouissantes dans le bleu profond du firmament immaculé, et nous ressentons, au sein de cette nature incomparable, une exquise sensation d'allégement et de parfaite béatitude. Quelle joie ce doit être, pour les officiers anglais, de pouvoir fuir les effrayantes chaleurs de ces plaines torrides que nous venons de quitter et de se mettre quelque temps au vert en ce merveilleux pays! et quel crève-cœur pour nous de ne pouvoir demeurer ici que quelques jours! Nous y resterions bien des mois entiers.

L'on a beau, en effet, être pris par la griserie de tous ces pays si absolument nouveaux, vivre, comme enivré, au sein de cette nature tropicale d'une puissance si insoupçonnée, goûter cette sensation de vitalité débordante que font surgir dans les profondeurs les plus intimes de l'être les flammes furieuses de ce soleil équatorial ; l'on ne dépouille jamais le vieil homme, il n'est qu'assoupi, comme

SOUS rinfluence d'un parfum trop acre, d'une liqueur trop capiteuse, et la vision d'un coin de nature évoquant les lointains sites familiers, l'ambiance d'un climat rappelant la douceur tempérée des campagnes natales, jusqu'à ces humbles pâquerettes et à ces perce-neige qui là, tout près, sur la rive, émaillent Ihumidité des mousses, tout cela fait couler dans les veines un sang plus jeune et plus frais, amène dans les nerfs une détente délicieuse, et fait savourer toute la douceur reposante d'une illusion de patrie retrouvée.

Pour compléter le charme, voilà-t-il pas que nous avons la chance de rencontrer ici, en plein Himalaya, et en une saison oi^i nous ne pensions y trouver aucun Européen, un Français, et le plus aimable des Français?

M. Henri Dauvergne est arrivé en Cashmire, il y a trente-deux ans, comme chargé d'affaires de la Compagnie des Indes; c'est lui qui faisait fabriquer, négociait et expédiait en Europe ces fameux châles qui naguère faisaient obligatoirement partie de toute corbeille de noce présentable... 0 nos grand'mères , souvenez-vous-en ! La mode est capricieuse, et l'on ne trouve plus guère aujour-

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