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LE PALAIS DU MAHARAJAH

pauvres colonnes érigées en grandes chandelles piteuses.

En plein milieu de la façade, une façade qui ne mesure guère moins de deux cents mètres, un escalier géant, dont le pied baigne dans le flot tourbillonnant, conduit à une porte naine, — toujours Fimportation ! — et le souvenir de la façade médiane de la grande cour du Cheval blanc au palais de Fontainebleau nous poursuit, avec l'impression, accrue par Téloignement et par l'inadaptation au milieu, d'une œuvre manquée, d'une faute criante de proportions.... A vouloir faire grand, il faut savoir faire juste!

Voilà donc un maharajah bien mal loti! Ses femmes et ses dieux sont mieux logés que lui.

Le « zenana », l'appartement des femmes, est enfermé, et rigoureusement enfermé comme tous les appartements de ce genre, dans une série de petites maisonnettes en bois de sapin qui se penchent sur le grand mugissement du fleuve en un désordre infiniment capricieux et pittoresque; tout autour de ces gentils logis de poupées courent les allées d'un vaste jardin qui doit être bien joli à la saison fleurie. Les sculpteurs, graveurs, découpeurs, s'en sont donné à cœur joie, et les murs des maisons sont de véritables dentelles, de légèreté aérienne, mais de treillis serré, inexorable aux

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curiosités. Une profusion de couleurs, joliment mariées, décore quelques-uns de ces palais miniatures, pas tous heureusement : Tartiste délicat qui a édiflé celte petite ville du plaisir a eu le bon goût de laisser les parements ligneux à nu en maint endroit, et le voisinage des coloris fondus et discrets fait ressortir d'un plus vif relief ces tons sobres et chauds du vieux bois où le temps a mis son inimitable patine.

Les dieux ne sont pas moins bien partagés, et la « chapelle du château », en pierre grise unie, ceinte d'un large balcon en encorbellement sur le fleuve, recouverte d'un dôme surbaissé aux harmonieuses courbures, emprunte au voisinage de la vilaine bâtisse adjacente une plus vive intensité de charme et de couleur locale.

Après cette visite au palais du maharajah, nous serons quittes avec les « monuments » de Srinagar, quand nous aurons vu les temples et les mosquées ; d'un bout à Tautre de Fimmense péninsule c'est toujours la môme chose : visite des temples, visite des palais, visite des bazars, voilà le programme, aussi imprévu qu'un vers de Ponsard.

Mais nous sommes ici chez de pauvres gens, —

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