‹ Aux IndesChapitre 86 sur 120 · LE TEMPLE DE SIVA · texte numérisé non relu

LE TEMPLE DE SIVA

dans les montagnes on n'est jamais bien riche, — et les édifices des différents cultes sont infiniment modestes.

Voici d'abord le temple de Siva. Une large terrasse, à laquelle conduisent les marches vermoulues d'un vieil escalier de bois, domine la Jhelum; elle est entourée d'une sorte de préau couvert, au toit biscornu, aux piliers curieusement sculptés, sous lequel les brahmes déambulent en devisant gravement, ou somnolent en regardant couler Teau. Au fond, parallèle à la rive, se dresse la façade du temple. Trois coupoles le dominent, revêtues de larges feuilles de zinc miroitant au soleil, épousant cette forme étrange de bonnet d'évêque caractéristique des monuments du culte hindou.

Nous voudrions bien pénétrer à Tintérieur de Tédifice, mais cela ne va pas tout seul.

Rien qu'à Tarrêt de notre barque, les brahmes, gardiens du seuil sacré, nous avaient gratifiés de mauvais regards méfiants; quand nous faisons mine de débarquer, ces inhospitaliers personnages dégringolent les marches avec une vélocité surprenante et, très catégoriquement, nous interdisent de passer. Un peu habitués à ce genre de simagrées, nous mettons la main à la poche, tentant de recourir à l'argument trébuchant, qui, si souvent, nous a réussi à calmer de trop pieuses consciences,

mais nous en sommes pour notre courte lionte, les brahmes ne veulent rien entendre.... Décidément ces bons Cashmiriens sont, encore moins que je ne croyais, entrés dans les voies de la civilisation!

Continuant la descente du fleuve, nous passons devant un monument que ses dimensions et son isolement distinguent des constructions voisines, mais dont les formes architecturales ne nous laisseraient pas deviner la destination, si nous n'entendions s'en échapper cette lente psalmodie nasillarde qui reste si étrangement la même dans tous les pays d'Islam. A Tanger comme à Tunis, au Caire comme à Stamboul, à Bukhara comme à la Mecque, à Srinagar comme à Hyderabad, dans toutes les villes où Ion invoque le Prophète, on l'invoque de la même façon ; c'est tellement caractéristique qu'il est impossible de s'y méprendre : nous sommes devant une mosquée, « Shah-Hamadan-Musjid », me dit le chef de nos bateliers.

Mais quelle étrange mosquée! elle n'a rien qui ressemble à ce que nous connaissions.

Avec, tout naturellement, quelques variantes dans les détails, les mosquées de THindoustan sont toutes bâties suivant un même type général : une grande cour rectangulaire au centre de laquelle est la fontaine aux ablutions, une terrasse surélevée sur laquelle se dressent les bâtiments sacrés,

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