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LA CHASSE AU CASHMIRE. :M

cendent dans les vallées, pour chercher leur pâture, que rarement et toujours à la faveur de la nuit : il est vraiment trop chanceux de s'exposer aux morsures de la bise nocturne pour errer à l'aventure et ne pouvoir compter que sur le hasard d'une rencontre.

En somme, et ceci est un bon conseil pour les chasseurs, il en est au Cashmire comme dans le reste de Tlnde : si l'on a l'ambition de chasser la « grosse bete », il faut venir pour cela et rien que pour cela, il faut avoir tout préparé à l'avance, il faut choisir sa saison (qui n'est pas la même pour toutes les parties de l'immense péninsule), et il ne faut en aucune façon s'attendre, au cours d'un simple voyage de touriste, à rencontrer tigres, ours ou panthères au premier coin de bois venu.

Mais, à de moins hautes ambitions, d'amples satisfactions ne seront point refusées et les amateurs de gibier plus modeste seront servis à profusion.

Vous connaissez, pour l'avoir plus ou moins pratiquée, la chasse des environs de Paris, la chasse de millionnaire, la chasse dans un fauteuil, la chasse-massacre. Confortablement installé dans

quelque layon bien ratissé, en face d'un sous-bois bien propret, aous voyez faisans et lapins filer devant vous de tous côtés, vous vous livrez à une fusillade ininterrompue, et, quelque mazette que vous puissiez être, une hécatombe de gibier ne tarde pas à s'amasser devant vous. Venez à Srinagar, promenez-vous, le fusil au poing, dans les environs immédiats de la ville, vous trouverez la même profusion de poil et de plume et vous pourrez, si le cœur vous en dit, vous donner l'illusion d'être dans la peau du plus cossu de nos financiers,... à moins de frais, car le voyage coûte assurément moins cher que Tentretien des tirés d'Achères ou de Rambouillet.

Pour nous faire la main, dès l'aube nous grimpons sur le toit de notre bateau et, tout en jouissant délicieusement des radieuses aurores et des étincellements de pourpre et d'or des toutes proches cimes neigeuses, nous saluons de fusillades ininterrompues les incessants passages d'oiseaux aquatiques et les larges vols tournoyants des grands aigles pêcheurs.

Nous laissons ainsi à l'appétit le temps de venir, au déjeuner le temps de se cuire, nous avalons l'inévitable curry i voici deux mois que, trois fois par jour, nous dégustons ce précieux mets sans nous lasser), puis nous sautons dans la

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