‹ Aux IndesChapitre 94 sur 120 · LA « BANQUE » A SRINAGAR · texte numérisé non relu

LA « BANQUE » A SRINAGAR

dépôt sera fidèlement remis, moins un très léger prélèvement représentant les dépenses du client.

Touristes mes frères, ne vous y fiez point, ce sont des banques de la Sainte-Farce, vous ne re verrez plus la couleur de votre pauvre argent. Quand vous le réclamerez, on vous proposera, en lieu et place, tous les stocks imaginables de vieux châles, boiseries, cuivreries, bijoux, toutes choses qui, pour être de plus de valeur, ne vous satisferont guère plus que les crocodiles empaillés de Gobseck. Et si vous vous fâchez, tant pis pour vous ; vous n'aurez même plus la ressource d'augmenter, de façon inattendue et un peu excessive, la collection de vos souvenirs de vovaoe, bien heureux si vous vous en tirez sans coups de bâton I

Tout cela, bien entendu, si vous venez ici, comme nous, à la mauvaise saison. Quand le maharajah d'une part, le résident anglais de l'autre, sont dans les murs de Srinagar, les risques ne sont plus les mêmes, et les marchands efl'acent de leurs enseignes le fallacieux qualificatif de u banquier ».

Pour l'instant, banquiers ils étaient, banquiers ils restaient, et banquiers ils voulaient s'imposer à nous. Le jour même de notre arrivée, aussitôt notre logis déniché et la première installation faite, ces maudits personnages nous avaient littéralement séquestrés; notre house-boat avait été

entouré de tout un essaim de petites barques, la rive garnie des émissaires de nos persécuteurs; c'avait été un siège en règle. Je ne sais trop comment nous nous serions tirés d'affaire sans M. Dauvergne, notre providence. Encore nous avait-il fallu plusieurs lettres pour donner à cet aimable compatriote signe de vie; par trois fois notre envoyé avait été rossé et nos lettres volées, ce n'est qu'à la quatrième tentative que, sous l'escorte de Viegas et de son revolver, notre missive avait pu parvenir à son adresse. Dès lors nous étions sauvés, mais après quelles tribulations! C'est donc un bon conseil à donner à ceux que le désir de voir Cashmire pourrait mordre : Gare aux o banquiers » de Srinagar!

Quant aux <c marchands », allez chez eux tant qu'il vous plaira, vous n'aurez pas lieu de le regretter; ils vous montreront infiniment de choses curieuses.

Des châles d'abord : je sais bien que la mode capricieuse délaisse, pour le moment, ces bons vieux cachemires qui firent florès chez nos grand'mères. Ce n'est pas une raison pour ne les point admirer comme ils le méritent ; d'abord la mode v

Page 1