‹ Aux IndesChapitre 97 sur 120 · UN BUNGALOW TROP BIEN HABITE · texte numérisé non relu

UN BUNGALOW TROP BIEN HABITE

et malheureusement nous ne sommes pas les seuls à qui s'applique rinterdiction. Xous étions devancés par toute une caravane qui s'est installée, ce matin même, dans le bungalow comme en pays conquis; toutes les chambres sont occupées, et amplement occupées.

L'habitation comprend en effet quatre chambres et... quelque chose comme trente habitants (habitants de l'espèce humaine, s'entend, car s'il fallait compter vaches, cochons, poules, canards, rats et vermines variées, à quel chiffre arriverions-nous. Seigneur!). L'aîné des fils légitimes et héritier présomptif du maharajah de Srinagar a quitté, en effet, peu de temps avant nous, la capitale de ses pères, et, comme nous, la montagne qui marche l'immobilise ici, avec toute sa suite, masculine et féminine.

Les gens de peu bivouaquent sous les vérandas; nous n'envions point leur sort; et puis, noblesse oblige! Deux chambres sont réservées aux dames du harem de Sa Hautesse. Elle-même occupe, avec trois autres personnages, la troisième chambre; quant à la quatrième et dernière, bien que son heureux occupant soit théoriquement au service du maharajah, elle l'abrite tout seul;... c'est un Anglais, et un Anglais ne se commet point avec des natifs; il leur fait, à la rigueur, la grâce d'accepter

leurs beaux deniers, comme c'est le cas, mais n'oublie jamais de marquer les distances.

C'est amusant et bien typique, n'est-ce pas? d'un bout à l'autre de l'Hindoustan tous les princes indigènes traînent ainsi à leurs grègues des Européens, conseillers privés, intendants, maires du palais, pour la plupart anciens officiers, qui pour leurs vieux jours ont ainsi réussi à s'assurer de bonnes retraites dorées.

Au reste, n'en médisons point, c'est au conseiller du maharajah de Cashmire que nous avons dû de ne pas coucher à la belle étoile; lui, qui ne se serait pas dérangé pour le Grand Mogol, s'émeut à la vue de nos complets à carreaux, de nos plaids, de tout ce qui lui révèle une race sœur; il nous offre de partager sa chambre, il insiste môme pour nous céder son lit ou tout au moins pour que l'attribution en soit fixée par le sort, nous avons toutes les peines du monde à nous défendre de tant d'empressement, et nous voilà les meilleurs amis du monde. Jusqu'à l'heure du souper nous pokérisons ferme, et nous poussons même l'indiscrétion, Dieu me pardonne! jusqu'à faire venir en nos poches quelque peu des roupies du maharajah.

Quand vient le soir, nous étendons sur le sol les plats et maigres coussins de notre tonga, nous nous roulons dans nos couvertures et... le sommeil

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