‹ Aux instituteurs et aux institutricesChapitre 10 sur 68 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les débuts.

Les relations avec le directeur.

La nature des rapports des adjoints avec leurs directeurs et leurs directrices, est d’une importance capitale. La prospérité de l’école, le bon renom des maîtres et leur bonheur, en dépendent pour une large part.

Il faut avouer que, trop souvent, ces rapports ne sont pas ce qu’ils doivent être : les directeurs ne choisissent pas leurs adjoints, et c’est une excellente chose, parce que la situation des adjoints eût été trop subordonnée et trop à la merci de dissentiments passagers. Mais il arrive que la sympathie a parfois peine à naître entre deux maîtres ou maîtresses qu’une nomination va obliger de vivre côte à côte durant des années. Mème si les maîtres sympathisent, il peut survenir des froissements. Dans les ménages les plus unis, n’arrive-t-il pas que le ciel se couvre de nuages? On ne saurait prétendre que jamais aucun dissentiment n’éclate entre maîtres de la même école : les plus calmes ont leurs jours de faiblesse, de mauvaise humeur, « d'irritabilité ».

Aussi une seule chose importe-t-elle : de ne pas être

rancuneux, de ne pas transformer en une animosité durable, une « pique » passagère.

D'abord le directeur doit se pénétrer de cette vérité, que l'autorité, par elle-mème, est haïssable, lorsqu'elle n’est que l’autorité, c'est-à-dire la force. L'autorité, dans une démocratie, doit ètre l’expression de la justice, et toutes ses manifestations doivent s'inspirer du respect sincère de la personnalité d'autrui.

Ce qui est vrai de toute autorité en général, doit l’être surtout de lautorité exercée sur des éducateurs par des éducateurs. Il faut que le directeur mette dans ses interventions du tact, de la délicatesse, et qu'il se garde de blesser la dignité légitime de son adjoint. Il est parfaitement inconvenant d'adresser des reproches à un adjoint devant ses collègues ou devant ses élèves; c'est en outre porter une grave atteinte à l'autorité des jeunes maîtres; les enfants sont, pour l'ordinaire, trop clairvoyants pour ne pas sentir ce qu'ont d’humiliant pour le maître des reproches adressés en leur présence. A plus forte raison le directeur doit-il s’interdire les observations faites sur le ton de la dispute ou de la colère : l’impolitesse appelle l’impolitesse, et l'irritation l'irritation — souvent des conflits n'ont pas d'autre origine qu'un manque de calme de celui qui doit donner le bon exemple.

D'ailleurs, l’irritation, le ton coléreux, sont la marque d'un caractèrs faible, et d’une volonté pusillanime : comme les poltrons qui chantent ou sifflent la nuit sur la route pour se donner du courage, les gens à volonté faible crient beaucoup pour donner l'illusion de l'énergie qui leur manque. Le chef qui a de l'énergie et de l'autorité est calme : il n’a jamais d’animosité contre les personnes: il voit les choses de haut, et son expérience l'a

Page 1