LES DÉBUTS
rendu indulgent pour les imperfections humaines : aussi jamais ses paroles ne blessent-elles ses subordonnés : sa bonté est sincère, et toutes ses recommandations ont pour but le bien du service. Il s’adresse à la raison, au cœur de celui qui a mal agi : il a recours à la persuasion, parce qu'il sait que le caporalisme ne produit que révolte et qu'hypocrisie. Il évite de rendre la vérité odieuse; il est large et tolérant pour les petites choses et porte tout son effort sur les choses importantes; il n'est ni méprisant, ni fier, et il s'efforce d’être doux et charitable.
Cette conduite donne plus d'efficacité à l'intervention du directeur. Quand il se trouve en présence d’une volonté obstinément mauvaise, il ne doit pas hésiter à mettre l'inspecteur primaire au courant de la situation, après avoir loyalement averti son subordonné — et jamais l’administration n’hésitera à dénouer les difficultés. |
Mais, heureusement, la mauvaise volonté est rare chez nos stagiaires, et les devoirs du directeur sont ordinairement des devoirs agréables à remplir : après avoir installé son adjoint, après avoir élaboré avec lui, et en l’aidant d’une expérience mûrie, son emploi du temps, il lui reste à visiter avec un grand esprit de bienveillance la classe du débutant. Souvent il aura avec lui, à propos des incidents de la journée, des entretiens fructueux pour tous deux, car, obligé de préciser sa pensée pour l’exposer, obligé de réfléchir pour assouplir ses conseils aux mille cas imprévus, il se perfectionnera lui-mème chaque jour. Le débutant, mis en confiance, n’hésitera pas à recourir à ses lumières dans tous les cas difficiles.
Le directeur pourra aussi exercer de l'influence sur
la conduite privée de ses adjoints, mais il y faut un tact délicat et il faut surtout prêcher d'exemple : si la conduite d’un adjoint était de nature à nuire au bon renom de l'école, il vaudrait mieux que le directeur allât conférer avec son inspecteur primaire, dont l’intervention serait plus efficace.
Après avoir insisté sur les devoirs des directeurs visà-vis de leurs adjoints, nous sommes plus à l'aise pour insister sur les devoirs de l’adjoint envers son directeur. On ne demande guère aux directeurs des rapports écrits sur leurs adjoints, parce que ces rapports peuvent difficilement ètre sincères. Un directeur hésite à dire toute la vérité sur un jeune homme qu'il sera peut-être obligé de garder longtemps. En outre, fût-il courageux et sincère, un directeur vit tropavec son adjoint pour pouvoir le juger d’assez haut et d’une façon suffisamment objective : il serait à craindre qu’un rapport qui resterait au dossier, reflétât trop des impressions passagères.
Toutefois lorsque l'inspecteur primaire fait sa tournée d'inspection, il interroge longuement le directeur sur son adjoint, et l'opinion du directeur contribue à former celle de l'inspecteur pour une part d'autant plus grande que le directeur est plus digne de confiance. Souvent les notes sur le caractère ne peuvent avoir d'autre origine, et elles ne peuvent, comme les renseignements sur la conduite, être contrôlées par ceux que donnent le maire, les délégués cantonaux, les parents des élèves. L’inspecteur d'académie, toutefois, a le pouvoir de contrôler les notes sur le caractère par les notes généralement si exactes provenant des trois années d'observation à l’école normale.
Le défaut trop fréquent de l’adjoint c'est un orgueil naïf. Ce défaut tient à ses vingt ans, c’est-à-dire à son