‹ Aux instituteurs et aux institutricesChapitre 18 sur 68 · LA PUNITION · texte numérisé non relu

LA PUNITION

qu’il touche un corps chaud, et jamais il n’y a d’exception. Cette constance absolue dans la répression ne laisse aucün espoir de l’éluder.

Le maître doit suivre l'exemple qui lui est donné par la nature. Il doit réprimer avec une fermeté invariable toute manifestation de déloyauté, de brutalité, etc.; les enfants doivent avoir la certitude qu’inévitablement la répression suivra certains actes comme la douleur suit

la brûlure. Si la règle fléchit parfois, l'enfant sera

incliné à l'espoir de bénéficier de l’une de ces exceptions.

Invariabilité ne veut point dire impassibilité. La nature est impassible; un maître impassible, punissant comme font les puissances naturelles, serait exécré à bon droit. Quand on aime les enfants, on souffre de leurs fautes, mais au fond de soi-même, on les excuse parce qu'on les comprend; si on punit, on a le sentiment que les passions vives de l'enfant, que son défaut de réflexion, de prévision de l'avenir, que son âge, en un mot, sont des circonstances toujours largement atténuantes, et qu’en définitive, toute punition, si on la considère dans le présent, est injuste. C’est pourquoi nous devrions bannir ce mot du langage de l’école. Punir suppose une vindicte, et il ne peut ètre question à l'école que d’amendement. Le maître inflige une souffrance parce que, les yeux fixés sur l'avenir, il a le devoir de préparer dans l'enfant l’homme responsable de demain... Il est un redresseur et non un justicier, et aucune punition ne peut le laisser indifférent. Que l'enfant sente donc que son maître est chagriné de le punir, mais bien dicidé à toujours réprimer sans faiblesse ce qui doit être réprimé.

Toutefois, il nous semble que les maîtres de la péda-

gogie ne se sont jamais rendu un compte tout à fait exact de la façon dont on doit punir. Chez les plus grands d’entre eux, la punition conserve quelque chose de la loi du talion, et Spencer est venu achever de brouiller les idées en assimilant faussement la punition aux lois de la nature, qui constituent un impassible système d’éducation.

Il ne faut demander à la punition que ce qu'elle peut donner. Étant une douleur infligée, elle a les effets psychologiques et moraux de la douleur. Elle provoque, comme toute douleur, une dépression !. Son emploi est donc indiqué chaque fois qu'il s’agit de réprimer des appétits, des tendances; mais comme elle n’agit qu'après que l'acte mauvais a été commis, ce qu'on cherche à produire en l'infligeant, c'est pour l'avenir la crainte de la punition. C'est sur cette crainte dépressive qu’on compte pour amener l'enfant à faire la police de ses impulsions. Cette crainte discipline la volonté de l'enfant: elle modère sa tendance à agir sans réflexion, elle réprime ses violences, ses colères subites; elle refrène son orgueil; elle associe à la tendance à mentir l’idée du châtiment : à la condition, naturellement, qu’un enseignement moral bien compris ait fait comprendre avec force à l'enfant pourquoi il est nécessaire de l'élever de la brutalité et de l’'égoïsme tout animal du premier âge, à des idées et à des sentiments humains. Car si la conscience de l'enfant n’est pas éclairée, si la raison de l'enfant n'est pas l’alliée du maître contre les instincts inférieurs, la crainte de la punition ne produit aucune amélioration dans la volonté de l'enfant : elle

4. Payot, Sensation, Plaisir et Douleur (Revue philosophique, n° de mai 1890).

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