‹ Aux instituteurs et aux institutricesChapitre 19 sur 68 · LA PUNITION : SON ROLE · texte numérisé non relu

LA PUNITION : SON ROLE

obtient l'apparence de la bonne volonté; elle rend l'enfant sournois, hypocrite et menteur. |

Or le maître, s’il ne peut obtenir autre chose, doit bien exiger à tout prix l’ordre extérieur, mais ce qui importe, c'est l'ordre intérieur, c'est la bonne volonté de l'enfant.

C'est un des grands dangers de la punition, qu’au lieu de stimuler la volonté raisonnable, elle ne produise que la crainte servile, la peur lâche de la contrainte ou de la douleur, ou la révolte d’une conscience bornée qui trouve excellents ses plus bas instincts, et qui n'accepte ni n'aime un idéal de vie un peu élevé. Aussi, le maître doit-il, avant d'employer la punition, lui préparer les voies : il doit s’efforcer d'obtenir par avance le consentement de la conscience et de la raison de l'enfant, et faire en sorte que la crainte de la punition ne soit qu'un secours extérieur prêté par le maître à une jeune volonté encore chancelante, à une raison naissante, vite obscurcie par des « passionnettes ».

Si la punition est autre chose qu’un secours apporté du dehors à la volonté naissante de l'élève; si la crainte n'est pas comme une troupe de renfort pour l'enfant déjà en lutte contre lui-mème, mais impuissant à assurer avec ses seules forces le triomphe de sa conscience contre son orgueil, son égoïsme, sa paresse, sa colère, etc. ; si elle n’est cela, la crainte n'est qu’un sentiment bas ajouté aux autres sentiments bas.

Prenons comme exemple la paresse. Pensez-vous obtenir de l'élève du travail en le punissant? Mais alors, les mauvais élèves, qui sont les plus punis, devraient bientôt s'améliorer. Pourquoi restent-ils mauvais, la plupart du temps? C’est qu’on emploie pour l'ordinaire fort mal la punition. Si un élève ne veut pas travailler,

en le punissant, vous obticndrez de lui non du travail, AYANT D'ENTRER DANS LA VIE: 4

mais de la besogne, c’est-à-dire toutes les apparences du travail, sans le travail. Vous obtiendrez des pages irréprochables, au besoin les leçons seront sues; plus ‘ souvent encore l'élève essaiera de copier, de se faire aider; il apprendra à tricher, à mentir, — mais il ne faut pas songer à obtenir par la contrainte le travail intellectuel, c'est-à-dire les efforts féconds d’une attention qui cherche à pénétrer, d’une volonté qui aime ou qui fait effort pour aimer l'objet de ses études : le travail c'est cela, et sans ce don de soi, sans cet élan du vouloir, il n’y a pas de progrès possibles. Le reste n’est que besogne, velléités avortées d’une attention languissante, d'une mémoire qui ne fait que s’entr'ouvrir, d'une volonté qui a la nausée.

Lorsque nous aurons à lutter contre la paresse d'un enfant, avant de le punir, croyons qu'il est nécessaire de réveiller sa volonté endormie, de stimuler son imagination : essayons de le piquer d’émulation ; félicitons-le des moindres velléités de travail, afin d'en augmenter la fréquence et la durée; montrons-lui comment le travail nous donne la puissance sur la nature, et obligeons-le à en trouver des exemples précis, frappants; amenons-le par nos questions à voir combien l'enfant ignorant est inférieur à l'enfant cultivé; combien il est moins capable de se tirer d'affaire dans la vie; essayons de piquer sa curiosité, de provoquer son admiration ; épions ses bons mouvements, et profitons-en « comme de la voix de Dieu » t,

Une fois qu’on a provoqué chez l'enfant un « élan d'âme », et qu'on lui a fait comprendre que si on le punit parfois, c'est pour lui venir en aide contre « sa bète » qui lui est ennemie, on a fait un grand pas. Car,

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