‹ Aux instituteurs et aux institutricesChapitre 20 sur 68 · LA PUNITION : SON ROLE · texte numérisé non relu

LA PUNITION : SON ROLE

que l'on réprime vigoureusement un accès de brutalité ou d’égoïsme, il est nécessaire de toujours conquérir la raison de l'enfant, de lui faire comprendre les motifs de la répression et de les lui réexposer souvent.

Cette méthode modifie profondément l'attitude intérieure de l'élève puni. Si toute la classe n’a pas le sentiment très vif que l'on punit pour venir en aide à la volonté chancelante d’un camarade déchu momentanément de sa dignité humaine et opprimé par ses bas instincts, l'élève puni devient pour ses camarades et pour lui-mème une victime. |

Il ne s’agit plus, dans une telle classe, que d’une lutte entre le maître qui représente la force, le pouvoir absolu, etlesélèves quiessaient de conquérir unelégitimeliberté : nous plaignons le maître qui laisse à ses élèves l’impression qu'il se défend lui-même, et qu'il défend son autorité, au lieu de leur donner la vision nette qu’il les défend eux-mêmes contre leurs véritables ennemis, qui sont logés en eux-mêmes! Il serait cruel de blâmer le pauvre instituteur ou la malheureuse institutrice en lutte avec les enfants de sa classe, et qui n’a point su gagner la confiance et l'alliance de chacun dans l’accomplissement de la tâche commune. Dans cette lutte inégale, le maître s’'épuise, s’aigrit, se dégoûte de ses fonctions: quelle déchéance et que de misères sans consolations possibles!

11 faut donc que le maître donne à tous l'impression qu’il représente dans la classe quelque chose de plus haut que lui-mème, qu’il représente la Patrie, et quelque chose de plus sacré encore, le Devoir, en lutte avec la bestialité sous toutes ses formes. Son autorité est à ce prix : il est clair qu'on ne le prendra au sérieux que s’il donne lui-même l'exemple du travail, de la bonté et de l’abnégation.

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