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LES SERYICES A RENDRE 145

niser les délégations cantonales pour la création de caisses des écoles, de sous des écoles, destinés à venir en aide aux enfants pauvres, à leur fournir du linge, une bonne soupe chaude à midi, des livres, etc. !.

1. Une initiative qu'ont prise avec succès un certain nombre de maîtres, c'est de fonder des sociétés scolaires de tir. L’expérience des instructeurs semble prouver qu’il est préférable de recevoir au régiment des recrues n'ayant jamais tiré, plutôt que de recevoir des tireurs dont l’adresse est purement instinctive et empirique. Il faut donc que cet enseignement à l’école soit méthodique. (Voir Cuny, Instructions de tir dans les écoles primaires, Librairie militaire, Risser, Rambervillers, 41896.) Qui ne voit que tout ce qui contribue à nous donner d’excellents tireurs, contribue du même coup à la puissance défensive de la patrie? |

Les institutrices que nous avons dû oublier pendant quelque temps, afin de nous occuper de leurs collègues masculins, ont, elles aussi, en dehors de la classe, des devoirs très considérables. La paysanne pauvre et l’ouvrière ne savent rien faire. Il suffit pour s’en assurer de prendre à la maison de très honnêtes jeunes filles venues de la campagne « pour entrer en condition ». Elles ignorent la tenue de la maison, elles ne savent ni. faire la cuisine, ni coudre, ni tirer parti de rien... Les jeunes gens du village qui les épousent, élevés à la dure, nourris grossièrement chez leur mère, habitués au manque de confort et d'élégance, ne trouvent rien à redire à leur femme : si elle est négligée, malpropre, ils ne s’en aperçoivent pas, ils n’en souffrent pas. Ils subissent cependant malgré eux l'indifférence provoquée par ce manque d’attraits, et bientôt, leur ménage ressemble à tant de ménages de la campagne, mornes, sans affection, faits d’habitudes, plutôt que d'amour. L’'institutrice, outre son action à l’école, peut beaucoup pour changer cet état de choses. Nous avons l'exemple d’un

certain nombre d'institutrices qui sont parvenues à grouper autour d'elles, une ou deux fois par semaine, les anciennes élèves de l’école, auxquelles se sont jointes peu à peu d’autres jeunes filles et mème des jeunes femmes. Ce sont des soirées utiles et délicieuses. On fait quelques lectures intéressantes : un trait d’abnégation, un grand fait historique, un récit de voyage, une poésie chantant les splendeurs de la campagne, les joies tranquilles du foyer, les grâces de l'enfant, suffisent pour donner à la réunion une allure charmante. Quelques chants gracieux, un peu de musique, achèvent la séduction... Chacune apporte de ln maison quelques œufs, un peu de farine, du sucre, et l’on se met à préparer les gâteaux variés qu’on fera, à tour de rôle, sous la direction de l’institutrice maîtresse de maison, et qui, joints au thé, clôront dignement la soirée. L’hôtesse, sans oublier le plaisir de ses invitées, ne perd pas de vue le but sérieux de la réunion... |

Ses efforts sont inspirés par l'intuition de l'énorme quantité de bien-être, et pis encore, de bonheur, qui est gâché, à la campagne, par suite de l'ignorance et de l'incapacité des femmes.

Elle aussi, elle doit, comme l’instituteur, mettre au premier rang de ses préoccupations la diffusion des pratiques hygiéniques; elle doit s’efforcer de donner aux jeunes filles le goût de la propreté; elle doit leur apprendre à nettoyer à fond les meubles et surtout les parquets, qui sont souvent fort sales et qui servent de terrain de culture à tous les microbes; elle leur enseignera que le meilleur moyen de désinfecter les planchers, c'est le lavage au savon noir et à l’eau bouillante. Elle leur enscignera la nécessité de la propreté corporelle, les soins à donner aux enfants. Il y a tant de préjugés à

combattre en ce qui concerne les soins à donner aux nouveau-nés et aux bambins! Elle enseignera, elle aussi, à soigner les plaies, à soigner les croûtes purulentes, si fréquentes chez les enfants.

Il faudrait orienter l’enseignement de l’école normale dans cette voie, et que l'institutrice de hameau fût mise au courant des soins à donner en cas d’accidents, de convulsions des enfants, etc. L’institutrice devrait ètre « la petite sœur des pauvres » du village. Combien son influence et son bonheur gagneraient à ce rôle! Il ne faut pas se lasser de répéter cette vérité éclatante que la bonté et le dévouement sont, pour qui considère uniquement le bonheur produit, le plus intelligent des égoïsmes.

Elle montrera aux jeunes filles qu’en tenant leur ménage avec propreté, elles donneront peu à peu à leurs parents, à leurs frères, à leur mari, le goût de cette propreté, et par suite le dégoût du cabaret. Les murs et les plafonds blanchis chaque année, le parquet irrépro- . chable, les vitres limpides laissant passer toute la lumière, les meubles lavés et blancs, ou cirés et brillants, suffisent déjà pour donner au logis un air de fète. Pour peu que la petite ménagère suspende aux fenêtres des rideaux bien blancs, qu’elle mette sur la table une gerbe de fleurs cueillie par les enfants, qu’elle suspende au mur quelques photographies, quelques gravures encadrées très simplement, voilà un logis où, sans savoir pourquoi, les hommes aimeront à se reposer... surtout si les enfants sont propres, et si la maîtresse de maison, ayant appris chez l’institutrice à couper des vêtements, sait se tailler une jolie jupe, quelques matipées en indienne à cinquante centimes le mètre. Ces matinées, cette jupe, on les lave, on les repasse dès

qu’elles cessent d’être très propres, de sorte que le mari est heureux de voir sa femme toujours proprette, pimpante, appétissante !.

Ce n’est pas plus cher que d’être vêtue en « souillon », bien au contraire, parce qu’une « souillon » n’a de goùt à rien et gâche facilement ce qu’elle a.

L’institutrice peut donc rendre de grands services en enseignant le soir aux jeunes filles la coupe des vêtements et du linge, l’art de tirer parti des étoffes, et la couture. Elle enseignera comment on peut dans le jupon de la maman, tailler une culotte pour le gamin; ce sont surtout les anciennes élèves qui ont déjà appris à l’école à raccommoder, à entretenir le linge et les vètements, qui suivront avec fruit ce « prolongement » de l'école. Les jeunes gens sauront vite, plus tard, faire la différence entre les ignorantes, les « propres à rien », et les petites fées avisées, économes, débrouillardes et élégantes, sorties de l’école et passées par l'école prolongée! Ils n’hésiteront pas entre la lourdaude incapable de rien faire par elle-mème, et qui a quelques terres, et la jeune fille intelligente, qui n'a que ses dix doigts, mais qui les a, et qui sait s’en servir !

Une institutrice habile peut accomplir dans chaque village une révolution : révolution lente et bienfaisante; mais révolution, pour qui a vu ce qui était, et qui comparera avec ce qui sera. Une institutrice écrit: « Je n'avais pas remarqué, comme ces temps-ci, que les gens les plus pauvres sont les plus désordonnés et les moins économes. Ils ont très peu de linge, de vêtements, et dans ces ménages, la femme ne raccommode jamais. Il est vrai

1. La jupe et la matinée, garnitures comprises, reviennent à sept francs.

que presque toujours les habits que portent ses enfants, on les lui a donnés; ils n'étaient pas en très bon état; il eût fallu d’abord les réparer, les ajuster à la taille de leurs nouveaux propriétaires. La mère en habille ses enfants, sans y rien changer, et une robe, qui aurait pu durer toute la saison, est à peine convenable huit jours. Le plus souvent, la femme pauvre ne sait pas faire les réparations indispensables; elle ne sait pas coudre, et je crois qu'elle n’est pas choquée de voir son mari et ses enfants avec des habits déchirés. Peut-être même l'habitude de voir les siens vêtus de loques, et la résignation à cette conséquence, acceptée comme inéluctable, de la pauvreté, l’empêchent-elles de remarquer les déchirures et les taches ? Ne se fait-on pas à tout, même à vivre, sans être incommodé, dans une atmosphère nauséabonde ?

« Souvent la mère de famille travaille beaucoup pour pouvoir acheter des vêtements, mais les habits neufs eux-mêmes ne durent pas, lorsqu'on n’en prend aucun soin : aussi la misère sordide s’installe-t-elle à demeure dans la maison. »

C'est qu’en effet, par un cercle vicieux dont les effets sont lamentables, la pauvreté engendre la pauvreté, parce qu’elle produit l’incurie la . plus complète. Non seulement la femme pauvre ne tire aucun parti pour son bonheur des ressources que lui offre le monde extérieur, mais elle gâche maladroitement les ressources déjà acquises, et en fin de compte, son manque d’ordre, de méthode, d'intelligence, de propreté, de soins, fait que le travail de son mari, et le sien, qui suffiraient pour apporter l’aisance, procurent à peine de quoi vivre misérablement.

À son enseignement tout à fait pratique, la maîtresse

pourra ajouter pour les plus actives et les plus soigneuses, le crochet, la dentelle, la broderie...

De plus, des cours du soir bien nets et se bornant à l'essentiel, sur l’art d'utiliser les ressources en saine nourriture que la campagne prodigue, seront bien utiles. Le paysan est pour l'ordinaire fort mal nourri. Peu délicat, il mange du pain grossier, du lard, des soupes médiocrement nutritives. Une femme avisée pourrait, sans augmenter ses dépenses, et par une utilisation intelligente du jardin et de la basse-cour, faire à son mari et à ses enfants une cuisine excellente, variée, réconfortante. Elle pourrait facilemént l'été faire des conserves de confitures pour l'hiver; elle pourrait utiliser de cent façons son laitage, ses œufs; elle pourrait préparer, avec une variété très agréable, le salé fondamental, et le dimanche au moins, avec un peu de farine et quelques œufs, elle pourrait offrir à la petite famille un dessert délicat, des pâtisseries, des gâteaux. Elle aurait à la maison de bonnes conserves à l'eau-de-vie et du café qui feraient une terrible concurrence aux après-midi du dimanche passées dans l'atmosphère empestée des cabarets. °

Il y aurait plaisir à inviter deux ou trois vieux amis, qui viendraient « faire la partie » dans ce milieu gai, sain et qui respire le bonheur.

L’institutrice saura, elle aussi, persuader qu’à la campagne, la vie des jeunes femmes, pourvu qu’elles sachent améliorer leur existence par leur ingéniosité, est bien plus saine, plus libre, plus heureuse que la vie à la ville. Elle dépeindra le sort des jeunes filles qui vont comme domestiques à la ville, et qui sont mal logées, souvent mal nourries, sans affection réelle, accablées de travail... Mieux vaut la liberté, même un peu rude des champs

ct ie grand air et la vie au milieu des amics d'’enfance.

Par ces cours d'adultes, déguisés sous l’apparence de réunions agréables, l’institutrice peut accomplir un bien immense. elle peut introduire le soleil et l’air pur dans les logis les plus sombres; elle peut rendre les chaumières propres, gaies, presque élégantes; elle peut transformer les femines laides et malpropres en ménagères séduisantes; elle peut révéler aux paysans les plaisirs d’une table propre, saine et variée; elle peut conduire contre les cabarets une guerre cachée et redoutable, et se faire adorer, par-dessus le marché, par toutes les villageoises, fières de leur « petite reine ».

Si, à cet enseignement, elle sait ajouter quelques visites réconfortantes aux malades pauvres, quelques vêtements donnés aux enfants misérables ; si elle sait, par soninitiative, obtenir des familles aisées des secours; si elle organise chez quelque vieille femme du village, incapable de travailler aux champs et heureuse de recevoir une petite rétribution, une bonne soupe chaude que les enfants pauvres recevront gratuitement, et qu’on fera payer par les enfants venus de loin, mais capables de donner leur sou; si elle sait mener à terme cette tâche complexe, l’institutrice aura bien mérité de la Patrie.

Qu'on ne croie pas, à lire cette énumération de devoirs, que l'effort soit accablant. 11 suffit de deux soirées par semaine, durant quelques mois d'hiver, pour conduire à bien une tâche considérable, pourvu que la maîtresse : sache réfléchir à ce qu’elle a à faire et qu’elle suive le programme qu'elle se sera tracé. Une institutrice est libre de ne point être institutrice; mais si elle a choisi cette carrière, elle l’a choisie avec toutes ses conséquences, et parmi ces conséquences, se trouve l'obli-

gation de remplir tous ses devoirs envers ses semblables.

En résumé, choisir d’ètre instituteur, c’est choisir d’être le « précepteur » d’un village ou d’une commune. L'instituteur digne de ce nom a le sentiment de la grandeur de son devoir : il doit lui-même donner l'exemple d’un développement moral très complet, se considérer comme le levain destiné à faire fermenter-et grandir dans le cœur des enfants et dans celui des jeunes gens, les idées et les sentiments humains destinés à réprimer la bestialité avec ses tendances inférieures. Il doit, en lui et autour de lui, combattre avec persévérance la paresse, la malpropreté, la ruineuse ignorance et la grossièreté.

Qu'instituteurs et institutrices songent aux prodigieux résultats de la volonté persévérante. C’est pierre à pierre qu'ont été construites les pyramides, et pelletée par pelletée, qu'a été creusé l’isthme de Suez. Du sommet de la colline, souvent le penseur contemple les vallées, les vignes qui montent à l’assaut des montagnes, les champs, merveilleux tapis dont les dessins géométriques et les couleurs si variées et si riches enchantent les yeux. Ce n'est jamais sans émotion qu’il suppute les innombrables myriades d'efforts humains que représentent toutes ces cultures. Si ces vallées, autrefois couvertes de marécages et de forèts, ont été défrichées et assainies; si à chaque printemps leur aspect est transformé, on le doit au travail de ces ouvriers qu’on aperçoit de la colline comme des fourmis, points perdus dans la plaine : le travail de chacun, pris en lui-même, semble hors de proportion avec l’immensité de la plaine, et cependant cette immensité est cultivée tout entière. C'est que . l'accumulation persévérante des efforts produit des

totaux prodigieux : que chaque instituteur et chaque institutrice accomplisse dans’ son hameau des efforts jamais découragés, et en peu de temps se lèvera sur toute l'étendue de la Patrie française, une magnifique moisson de richesses, de santé, d'énergie, d'initiative, d'intelligence et de solidarité.

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