‹ Aux instituteurs et aux institutricesChapitre 5 sur 68 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

des publicistes pour faire entendre aux « classes dirigeantes » que l'heure du persiflage est passée, qu'il leur faut, sous peine de déchéance, s'intéresser de cœur à tout ce qui intéresse l'avenir du pays, à son avenir moral surtout, et non plus le prendre avec la démocratie sur ce ton d’indifférence dédaigneuse ou malveillante ? Notre bourgeoisie, jadis libérale, n'arrivera-t-elle donc jamais à se ressaisir, à reprendre la tète du mouvement, à guider l'opinion publique au lieu de la suivre en ricanant? Ne s’apercevra-t-elle ‘pas un de ces jours qu'elle a mieux à faire que de soupirer après les congrégations religieuses et de savourer indéfiniment le plaisir d'entendre assurer que les laïques ne les valent pas? »

Oui, il est temps pour ceux qui devraient diriger l'opinion d'examiner avec sympathie ce grand corps de plus de {00 000 instituteurs et institutrices laïques qui donnent l’enseignement à 4 300000 élèves et aux 30650 élèves des écoles supérieures. A ces 100 000 insütuteurs il faut ajouter les 4 200 élèvesmaîtres et élèves-maîtresses qui se préparent à l’enseignement.

Nos institutrices et nos instituteurs représentent une force sociale de tout premier ordre : leur influence va se développant et s'étendant d'année en année par suite de la floraison des Cours d'adultes et des Conférences. Ce développement devrait cependant éclairer la presse parisienne sur son devoir.

Il est temps de renoncer au scepticisme de bon

x PRÉFACE

ton qui paralyse nos forces et qui n'est qu'une forme élégante de la nullité de conscience et du tarissement de l'énergie volontaire.

Ileureusement ce sceplicisme n'a pas entamé le gros de l’armée primaire: on y conserve une foi robuste dans l'avenir de la démocratie française, et si les « classes dirigeantes » ne croient ni aux destinées de la Patrie, ni à celles de la démocratie; si elles continuent à « bouder », l'évolution se fera sans elles et contre elles. Il suffira à la démocratie de quelques chefs intelligents et énergiques pour lui tracer sa voie. Mais quelle diminution des forces du pays provoquerait un divorce entre la démocratie et la bourgcoisie, analogue au divorce entre la République el une noblesse décidée à bouder contre tout bon sens et contre toute dignité!

Le jour où on étudiera avec sympathie le corps enseignant primaire, bien des préventions tomberont et on s'apercevra que nos inslituteurs et nos inslitutrices constituent une force sociale jeune, bien vivante et digne par son ardeur et par sa foi en l'avenir d'une profonde sympathie.

JULES PAYoT.

Chamonix, 25 août 1897.

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