Ibid., S xL
fier son travail, capable de rattacher ce qu'il fait aux lois éternelles de l'Univers; de comprendre la grandeur de son rôle dans la société; de goûter la beauté sous toutes ses formes, et assez conscient de sa dignité d'homme pour rabrouer d’un bon rire joyeux les prétentions des orgueilleux tentés d'estimer trop haut leurs titres. leurs écus, leur position sociale. |
Déjà, nos ouvriers intelligents ont, très vif, le sentiment de leur indépendance et de leur valeur en tant qu'hommes. Il n’y a qu’à fonder en raison ce sentiment, et à lui donner des racines suffisantes par une culture de l'intelligence, de la volonté, de la dignité, de la probité. « Une cité, dit Channing !, qui pratiquerait le principe que l'homme est plus précieux que la richesse et le luxe, serait bientôt à la tète de la civilisation. »
Si la République suppose le développement à un haut degré chez chacun des citoyens du sentiment de la dignité humaine, la liberté, qui est la conséquence d’un aégime politique fondé sur la valeur absolue de l’individu, n'est pas sans dangers. La loi, qui est l'expression de la volonté de la foule, cesse d’être un frein supérieur à ses passions.
D'autre part, il est clair qu'un pays dans lequel les citoyens ne reconnaîtraient rien de supérieur à leur propre volonté, ferait retour à l’état de nature, et que le despotisme des plus forts y opprimerait bientôt la faiblesse des timorés. Nous sommes ici en présence d’un cercle vicieux : il faut que chacun reconnaisse une loi supérieure à sa propre volonté, et cela n’est possible que si la loi se confond avec la volonté de tous, ce qui suppose que les volontés de tous sont identiques.