CHAPITRE II
Le service militaire comme éducation de la volonté.
Aujourd’hui les instituteurs doivent faire un an de service militaire. Cette année passée sous les drapeaux peut être très fructueuse pour les jeunes gens qui abordent le régiment en futurs instituteurs conscients de la grandeur de leur rôle.
Pour les jeunes gens qui réfléchissent, l'entrée au régiment a quelque chose de solennel : c’est la reconnaissance du néant de la vie et de la volonté individuelles en présence de la Patrie. C’est la révélation de la nullité de notre égoïsme, et l’acceptation de cette vérité que nous n’avons de valeur réelle que lorsqu’avec notre vouloir collaborent les milliers de vouloirs de nos concitoyens. L'armée, par son existence même, est une grande leçon de solidarité, puisque l'effort isolé y est manifestement impuissant.
La reconnaissance unanime par les soldats et par les chefs d’un principe supérieur à tous les égoïsmes individuels, et l'acceptation implicite du sacrifice de la vie de chacun à ce principe, ennoblit les moindres actes de la vie militaire.
Le sacrifice de la vie n’est demandé qu’à la guerre : mais il faut que ce sacrifice entraîne pour la Patrie des avantages suffisants. Un sacrifice absolument inutile serait un crime... aussi est-il nécessaire de préparer longtemps à l'avance la victoire; les chefs doivent s’efforcer de devenir de plus en plus instruits et de plus en plus maîtres d’eux-mèmes. Instruits parce que < le coup d'œil » leur est indispensable, et que le coup d'œil est pour une large part affaire d'expérience, de connaissances solides et étendues qui permettent la comparaison rapide des décisions à prendre dans un cas nouveau, et aussi parce que l'instruction donne confiance en soi. Maîtres d'eux-mêmes, parce qu'ils ont toujours besoin de sang-froid, et qu'ils doivent donner l’exemple de l’oubli de soi, du mépris des fatigues et de la souffrance.
Quant aux soldais, la forme pratique et journalière du devoir est la subordination. Cette subordination n'implique pas l’anéantissement de la volonté individuelle, au contraire, car de même que la pensée du vrai poète gagne en vigueur, en énergie concise, à ètre contrainte à se plier à la discipline du vers, de même la volonté du vrai soldat gagne en énergie à être assouplie par les nécessités de la discipline militaire. L’instiluteur soldat qui ennoblit les corvées les plus pénibles en fixant sa pensée sur le grand devoir patriotique, trouvera par surcroît dans la vie militaire quotidierine une admirable éducation de sa volonté. Il lui suffit, pour que cette éducation soit fructueuse, de comprendre la nécessité de la discipline et d'accepter de bon cœur toutes les conséquences du devoir patriotique.
Dès lors, tandis que le mauvais soldat, c’est-à-dîre le soldat borné, ami de ses aises, asservi à son bien-être,