‹ Aux instituteurs & institutrices: consoils & directions pratiquesChapitre 22 sur 78 · MIS · texte numérisé non relu

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M AVA!(T S'ENTRER DANS LA VrE

sabsUluer un r^ime de liberM d'c«pril, d'ardour, de recherches personnelles.

Qu'on essaye, et tout maître qui aura obtenu, ne ffttce que durant un quart d'heure, cet élan des enfants, trouvera de tels avantages b cette activité, à c«t entrain plein d'ardeur ut de galtà de la classe; il en sentira sa propre tâche si allégée, et les heures couleront si rapidement, qu'il ne craindra pas, par une préparation solide des cours suivants, de chercher Ji nouveau I« même succès.

Tâche facile, si l'on songe qu'une classe bien préparée l'est pour toute la vie, et que les heures de travail profes- BionncI au début de la carrière, représentent autant d'heures de liberté pour le travail personnel ou pour la lecture, durant vingt-cinq années d'enseignement 1

Habituer à observer, & faire Irouvcr; donner à l'esprit de [a vivacité, de la souplesse, et lui inculquer le Rouci de voir nettement, c'est préparer direulenienl les enfoots h la vie : c'est préparer au moins les mieux doués kt sortir du brouillard qui environne les înlcIligeDceB incultes DU mal cultivées, qui leur voile les réalit^e : brouillards de sophîsmes, de préjugés, de pseodocroyances et de mots vagues. Les habituer à rélléchir avant d'agir, c'est leur donner de la force pourluUW contre la pesante attraction de la routine.

Entre l'aveuglement, qui nous livre tout entier k la tradition, ou « l'impulsivité i qui nous pousse à a^r précipitamment, sans avoir réiléchi, et qui sont des forces aveugles, et la déflance excessive de soi ou dea antres, se trouve la sagesse, qui, après avoir fait le possible pour éclairer son action, n'hésite plus à agir. C'est cette sage activité qu'il faut enseigner aux enfante, en leur montrant la sottise de la routine et la folie des

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lolutions hâtives. Plus tard, lorsqu'ils seront élecrs, ils apporteront dans leurs discussions et dans lurs votes, le même esprit de sagesse et de pondéra- Mais hélas ! nos cnrants quittent très tôt l'école, et le maître, aprèsqu'ils l'auront quittée, ne doit pas se désintéresser de leur culture. Nous savons bien que beaucoup d'enfants n'ouvriront plus guère de livres, et que cinq ou six ans après la sortie de l'école, leurs souvenirs-«e seront effacés au point qu'ils sauront à peine lire. Mais il suffit, faute de mieux, qu'il y ait dans chaque village quelques enfants Intellig'ents, qui deviendront plus tard des paysans éclairés, amis du progrès, capables de s'intéresser à quelques livres de choix et chez qui ces lectures, et quelques conférences entendues sur des sujets de morale ou d'agriculture, suffiront à entretenir une vie intérieure et une vie intellectuelle très réelle.

C'est à découvrir ces ômes d'élite, et à les cultiver, que le maître devra s'attacher. Ces enfants seront pour la classe un stimulant et un exemple; et plus tard, leur valeur leur donnera de l'ascendant pour le Lion sur leurs voisins, qui les consulteront volontiers. Aussi les instituteurs et les institutrices, tout en faisant tout leur devoir vis-à-vis de tous leurs élèves, devront-ils pousser un peu plus les enfants actifs, doués, et foncièrement honnêtes, destinés à acquérir plus tard de l'ascendant sur les autres. Ils devront surtout leur apprendre à se passer de leurs maîtres i c'est dire qu'ils devront s usciter vivement leur curiosité et leur goût de la ^^façture.

^^KUais il y a curiosité et curiosité. Il y a la curiosité ^^Bstse, généralement malveillante, qui recueille tous les ^^BDcans du village et qui les amplifie : chez les intelli-

gences inférieures, mais un peu cultivées, cette curiosité niaise se satisfait par la lecture assidue des romansfeuilletons, généralement détachés du rez-de-chaussée des journaux, et qui sont aussi médiocres par la forme que par le fonds. Cette littérature, dite populaire, et qui n'est que populacière, est à la vraie littérature ce qu*esi Teau-de-vie de pommes de terre (i un vin généreux.

L'instituteur essayera, par avance, de donner le dégoût de ces romans stupides et malfaisants. Au moyen de souscriptions, ou en provoquant la générosité de quelques habitants aisés, ou même du conseil municipal, il essayera de fonder dans son village une petite bibliothèque qui ne renfermera que des œuvres de choix. Il n'en est pas besoin de beaucoup, les paysans ayant peu de loisirs, et lisant lentement.

Il devra lui-même, par ses lectures en classe, et aussi par des lectures publiques, donner le goût et créer le besoin de ces plaisirs supérieurs, et à ce point de vue, nous espérons beaucoup du mouvement très remarquable qui commence en faveur de Téducation des adultes. Naturellement, nous ne prétendons pas que toute la population du village abandonnera ses plaisirs toujours un peu grossiers, mais nous espérons qu'une minorité intelligente éprouvera le besoin d'une vie intellectuelle un peu supérieure à la moyenne. Cela suffît, le progrès, dans une nation, ne pouvant s'opérer que par le progrès d'une minorité faible par le nombre, mais puissante par l'influence et par l'exemple.

Mais pour favoriser l'éclosion des consciences saines et vigoureuses, dont chaque classe renferme quelques exemplaires, il est nécessaire que le maître ait les qualités requises, c'est-à-dire qu'il soit lui-même un esprit vivanlj et non une mémoire alourdie par sa propre charge.

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esprit vivant, vif, alerte, c'est avoir groupé toutes connaissances sous quelques grandes idées générales internent mûries. Ces idées générales permettent d'aller la mémoire verbale, car leur puissance d'illciminatîon est telle, que les replis les plus obscurs de la mémoire des expériences personnelles sont éclairés, et qu'un simple regard permet de retrouver rapidement les faits isifs. En d'autres termes, il faut qu'un maître, enpré- ■ant son cours, en découvre l'idée essentielle, qu'il la avec attention, et qu'il se place dans ks mêmes conditions gve lorsqu'il cherche à résoudre un problème. Les solutions lentes h venir au début, arrivent de plus en plus preses unes sont écartées instantanément comme ou insuffisantes; les autres sont essayées, puis jjetées, jusqu'à ce que d'élimination en élimination on Qve la solution. De même, si en histoire vous voulez donner l'impression juste d'une époque, n'entassez pas les traits : éliminez, éliminez, ne conservez que les cinq ou six faits qui sont de nature à frapper l'imagination des enfants, qui leur donneront une vive et forte idée de l'époque étudiée. De même, si voua avez à parler des Pyrénées, n'entassez pas les noms. Douze ou quinze suffisent, mais que les enfants aient une idée nette de la conformation des montagnes, de leur influence climatérique, de leur différence avec les Alpes, du régime de leurs cours d'eau. Si vous avez à parler de l'esclavage, n'entassez pas les arguments, même utilitaires et fort contestables qui emplissent les mauvais manuels; allez au vif du sujet, et montrez ce qu'il y a d'immoral et de révoltant à traiter une personne humaine comme un animal ou comme une chose. Par quelques questions bien choisies, obligez les enfants h imaginer jusqu'à en goûter toute l'amertume, les sentiments de révolte qu'ils éprou-

veraicnt si on les traitait en esclaves, et par des exemples très frappants, faites-leur comprendre la différence qu'il y a entre resclavagc et Tobéissance légitime : une idée nette, un sentiment vigoureux et une distinction essentielle bien comprise^ voilà un cours que les enfants n'oublieront plus.

Nous ne pouvons, malheureusement, descendre dans le détail de tous les enseignements, pour montrer la différence entre un enseignement vivant et un enseignement figé, inerte; entre une intelligence en mouvement et une mémoire passive. Qu'il suffise de remarquer que la parole vivante a seule le pouvoir d'éveiller la vie, et que seul un enseignement d'une architecture simple et élégante, a chance de demeurer dans la mémoire : étudions dans l'enseignement de la morale un enseignement conforme i\ celui que nous préconisons dans toutes les matières du programme, c'est-à-dire une exposition claire, formée de quelques grandes idées générales.

Ces idées générales sont analogues à l'ossature du corps humain : c'est sur le squelette que viennent s'insérer les muscles et les ligatures, et c'est grûce à la rigidité des membres qui sont des leviers, que nous nous mouvons facilement, que nous tirons, poussons, soulevons des fardeaux, etc. Les animaux sans os peuvent vivre, mais d'une vie inférieure : ce sont des mollusques. Il en est de même pour les esprits : suivant que les connaissances acquises par expérience ou par étude, s'insèrent ou non sur des idées générales, on a un type d'esprit mollusque ou vertébré; le premier, somnolent, lent à se mouvoir, sans vigueur, sans action; l'autre, vif, alerte, vraiment vivant, et capable d'agir avec décision, et par suite puissant.

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Les relations entre ces idéos générales et la masse

des acquisitions est aussi de mâme nature que collo

des os et du corps : leur croissance est simultanéa

Comme les os, les idées générales puisent une à une les

molécules dont elles sont faites dans le torrent des

idées, des sentiments qui alimente instant par instant

la snbstance do l'esprit : et c'est grâce à elles que toute

cette circulation n'est pas vaine, puisque sans elles,

f l'esprit sans soutien, sans point d'appui, ne pourrait ni

marcher, ni même se tenir debout ; nulle crois-

^fiance ne serait possible : la soumission serait absolue

^ux. lois de la pesanteur qui condamnent à ramper;

tandis qu'avec un squelette solide d'idées générales,

tune croissance lenle, mais coutiuue, est possible, et la

, pensée cesse d'être comme attachée au sol. Rien d'inu-

I tile dans un esprit ainsi organisé : toute acquisition

f nouvelle est bientôt rejetée ou transformée en sang et

V'ba muscles de l'esprit.

Par un mystérieux échingo, tout eu recevant des idées générales la possibilité d'entrer dans un système hipérieur d'organisation, l'expérience individuelle aplorte aux idées générales une part de sa propre subsl de celte circulation et de ces échangea bu'est faite la vie des esprits vraiment vivants.

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