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CHAPITRE VIII

L'cnsclgrncmcnt de la morale comme exemple d'enseig^nement vivant.

Si nous parcourons les programmes de renseignement de la morale, il est facile de voir qu'aucune idée générale n'a présidé h leur élaboration : ils sont une énumcration des questions à traiter, mais la tâche du maître demeure entière pour l'organisation, c'est-à-dire pour la simplification de cet enseignement.

La majorité n'apporte de simplification que dans les efforts personnels qu'elle réduit au minimum. L'enseignement demeure conforme à la lettre du programme; on passe en revue toutes les questions les unes après les autres : de cette masse d'enseignements, l'enfant n'emporte, ne peut emporter que des souvenirs vagues, inorganisés, voués à un oubli certain. Si, comme nous le pensons, le maître ne doit s'occuper que de ce qui restera définitivement dans l'esprit de l'enfant, voilà des efforts considérables à peu près perdus, parce qu'il est impossible que l'enfant retienne autre chose que des bribes d'un cours qui a lieu trois ou quatre fois par semaine durant plusieurs années.

l'enseignement de la morale 61

Ce cours procède par accumulatioii.il n'apporte pas à l'eufant une méthode pour classer tous les faits, tous les esemples moraux sous une ou deux grandes idées dominatrices, vivantes, véritables puissances organisatrices. Ces idées, presque sans que l'enfant sortant de l'école s'en mêlât, continueraient à se forliflcr de son expérience et en même temps la convertiraient en sang et en muscles de la pensée. A cette méthode passive qui consiste à « criailler aux oreillrs des cnl'aiits, comme si on versait dans un entonnoir •, substituons la méthode

Essayons pour notre compte, à. titre d'indication, une simpliGcation de renseignement de la morale. A la méthode de morcellement, opposons une méthode d'unification; à la raétbode de réception passive, une méthode da recherche active.

Les conceptions des éducateurs antérieurs, qui ont fait dévoyer notre enseignement républicain, ont aussi brouillé l'organisation de l'enseignement moral. Le maître s'est cru tenu d'enseigner un peu comme on enseignait le catéchisme, et, in-ésistiblement, l'idée de l'enseignement élabor,'e par des siècles de servitude, s'psl imposée aux maîtres sous sa forme habituelle do disci- JsB recevant, inertes et passifs, la vérité sortie toute

fflée du cerveau du maitre.

1 trouve que l'auleur rÉpëte souvent cette formule, ), lui, qu'il ne la répète pas assez souvenl. C'est que la "SBSsiTllé ■ de l'inl[\lligcnce des âlËves, la culture de la iemoire vet-liale, lui parait le grand mal de notre enseienemeot primaire et secondaire. Chaque fols qu'il pénËtre dans une classe, et qu'il se rend compte du gaspillage elTroyÊLble il'oHorts et d'inlelligenoe causé par les mélhodes qui laissent

C passifs, il soulTre de dénombrer Iiîs trésors d'énergie ille donlooâ méthodes frustrent la Pairii'.

Celait cependant le lieu de modifier les méthodes surannées, car le maître ne doit être, en morale, que Ycxcitah'ur de Tintelligence des enfants. L'élève, en effet, n'a rien à apprendre en morale : tout ce qu'il apprendra ne sera logé que dans sa mémoire, et sera de peu d'influence pratique.

Depuis qu'ils sont nés, les enfants vivent dans un milieu social, et tous les faits moraux ils les connaissent au moins confusément. Le rôle du maître n'est que de les amener à rattacher tous les événements de leur vie morale à deux ou trois grande^s idées essentielles, destinées à être pour la volonté des enfants, des adultes et des hommes faits, comme les phares lumineux qui indiqueront, par les plus gros temps, la route à suivre. Tout en rattachant les expériences morales des enfants à quelques grands principes dominateurs, le maître a pour tâche d'amener ses élèves à « rompre l'os médullaire > des mots. Il les tourmentera de cent façons ingénieuses pour les contraindre à regarder les faits, à les examiner dans le détail; il résoudra les brouillards de leurs connaissances en belle pluie limpide ; car, si les enfants savent tout l'essentiel de la vie morale, ils ne savent qu'en gros ; ils ne regardent rien nettement : l'habitude efface pour eux tous les traits distinctifs. Contraindre les enfants à voir concret; les amener à rattacher les faits moraux bien observés à quelques grands principes qui recevront de l'armée des faits particuliers une puissance imposante, et qui, en retour, communiqueront à chaque décision morale, avec cette puissance acquise, la force irrésistible de leur netteté et de leur belle ordonnance, voilà tout l'enseignement de la morale. 11 ne restera plus ensuite qu'à trouver les moyens d'incliner la

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