‹ Aux instituteurs & institutrices: consoils & directions pratiquesChapitre 29 sur 78 · DANS LA · texte numérisé non relu

DANS LA

de l'égotate se retourneront contre lui, ef. un paysnn' avisé aura vile trouvé, et !a maligoité publique aura vite répandu la Torniule pittoresque qui cinglera comme ua coup de Touet le maître hypocrite qui aura essayé d'eu imposer.

Un certain nombre d'institutrices nous répondaient) quand nous leur demandions comment elles s'y prO' naient avec les parents de leurs élèves : « Mais, monsieur, ils ne parlent que patois ! • Ce n'est pas une objection. Le p:iLois comprend si peu de mots, il n'exprime qu'an nombre d'idées si restreint, qu'il est bien facile d'arriver rapidement à en pénétrer toutes les finesses : l'instù tuteur et l'institutrice s'exprimeront toujours en francaie, parce que les paysans les comprendront, mais ceux-O plus il leur aise dans le maniement du patois, prérèrenS répondre dans la langue qui leur est familière : rien dQ plus légitime, et l'instituteur aurait mauvaise grâce ft ne pas mettre ces braves gens à l'aise.

1! est clair que nos maîtres, dans ces conversations^ devront éviter scrupuleusement les « cancanagra i, '. méijisances qui, faute d'enquêtes contradictoires, se toujours calomnieuses. Ils devront éviter les piè( qu'on leur tendra, refuser avec esprit, mais avec fermeté de su e les pe onnes rusées et indélicates qn essaj ont de leu faire dire des paroles maladroite qu'ell plo le ont ensuite. Ils devront surtout éviloE les d s u on a les discussions, en engageant ht.** vanité d s pa t na es, s'aigrissent facilement et poue-y sent à d des pa oies regrettables.

Il est prudent d'éviter une familiarité trop grande qu autorise toujours les natures grossières à se la aller sans contrainte à leur grossièreté : nos maîtres na devront pas, pour cela se guinder, et tàclier d'éblouir

les auditeurs, car cela les ferait passer pour des pédants, cl provoquerait des moqueries.

Un grand danger à éviter, c'est de vouloir paraître s'immiscer dans les secrels des familles; l'indiscrétion a quelque chose de si choquant, qu'il est à peine besoin do mettre en garde contre ce défaut des insti tutrices et des instituteurs qui ont la conscience morale affinée; aussi voulons-nous simplement dire que les maîtres doivent éviter jusqu'à l'apparence d'une indiscrétion. Qu'ils se défient des femmes qui ont besoin de s'épancher, de raconter leurs malheurs, qui regrettent aussitôt après leurs irréparables confidences et ne pardonnent jamais à ceux qui les ont écoutées, de les avoir écoutées.

Les instituteurs laïques étant nés des besoins de tolérance de l'âme moderne, il est inutile de leur rappeler qu'ils oublieraient gravement leur caractère en se laissant aller à blesser les croyances et même les opinions d'autrui : on peut désapprouver les croyances qu'on ne partage pas. mais les désapprouver sans Laine, sans colère, sans dédain. Une critique qui n'est pas fondée sur un profond respect pour la personne d'autruï et qui n'est pas d'une grande modération dans la forme, a toujours un caraclàre injurieus et intolérable pour l'amour-propre des autres : elle aigrit, elle irrite, mais ne convainc pas; elle nous ferme le ca;ur de nos semblables et du même coup leur intelligence : alors à quoi bon discuter? pour satisfaire notre propre vanité, nos instincts d'irascibilité? mais qu'est-ce faire, sinon nous donner le plaisir de redevenir pour quelques instants inférieurs à nous-mêmes, et d'oublier notre caractère niisonnableî ^^ Bien souvent le mattre aura, suivant l'expression ordi-

nairc, à se plaindre d'un élève. Expression ordinaîi mais absurde, puisqu'elle suppose que l'enfant et maître sont deux personnes d'égal développement, que le maître peut être atteint dans sa dignité par t désobéissance ou la dissipation d'un bambinl Cet4 expression a comme un relent d'égoîsme, et Je ne coi scille pas aux maîtres de se plaindre à un pi!;re de 80 enfant. Sans qu'ils en aient clairement conscience, 1( parents sentent que le maître envisage les rapports avï ses élèves comme une espèce de Inlte où le maître rester vainqueur, et en euï-mêraes, ils prennent par pour le faible contre le fort. C'est ainsi que lorsqu nous tisons un récit d'aventures de collège, nous époi sons toujours la cause des mauvais diables d'élève révoUés. Pourquoi? Parce que, dans l'ancienne di! cipline, brutale et toute militaire, au sens prussien nâ-t'ssuiremenf les élèves étaient en lutte avec le maître e toute incartade était Un t manque de respect » envew lui. La ligne de tir des mauvais penchants des enfants, si noua pouvons ainsi dire, passe à travers le maître, poul atteindre le règlement, parce que le règlement ef oppressif, et que le maître représente ce pouvoi oppressif, et fait corps avec lui. Au contraire, si ] maître a profondément pénétré ses élèves de son vrai Me; s'il leur a donné le sentiment vif qu'il est là poui aider à les alTranchir de ta brutalité et de la bestialité, comment pourra-t-il être atteint par leurs manifestations brutales et bestiales? Il n'aura plus jan pkindrc des enfants, mais à tes plaindre : c'est un changement radical dans le point de vue, et ce changement' amène dans une classe un esprit tout nouveau.

Quelle force prend la parole du maiti-e quand, au liei de se plaindre aux parents, il vient plaindre auprèi

r.d'euiE leur enfant! Quand il montre chez cet eofant des penclianls mauvais qui lui nuiront plus tard, et qui feront souffrir ses parents! La mère ne se trompera pas à votre accent i elle sentira bien si vous aimez i son

petit ou

a petite ., ou si vou

vous aimez vous-même.

Lorsque

ous aurez à demande

rie concours des parents

contre ni

paresseux, contre u

n brutal, contre un men-

leur, qu'

în sente en vous un

e sincère affection pour

hib<

Hwou.

.t'enfant : qu'on ne soupçonne en vous rien d'égorste : Vous êtes comme un membre de la famille qui vient demander du secours pour un sauvetage difficile... Veillez à ne pas blesser, par quelque parole égoïste, ceux à qui vous demandez aide; votre tranquillité per- Bonnelle n'a rien à voir ici, puisque vous êtes payé pour ."améliorer les natures mauvaises... désespérer d'une '^éducation difficile, c'est vous avouer inférieurs à la que vous avez acceptée librement.

Les mamans sont pour l'ordinaire très susceptibles en qui concerne leurs enfants. Vous vous souvenez du traité de paix signé, chez La Fontaine, entre l'aigle et le hibou. L'aigle veut que sou ami lui décrive ses enfants afin de les reconnaître à l'occasion... Le bibou iiSpond ; • Quand vous verrez d'adorablos oiseaux, jolis, élégants, intelligents, mignons, pas de doute, ce seront les miens ! • A quelques jours de là, l'aigle aperçoit d'affreux petits hiboux, laids, à l'aspect stupide, et il les croque sans upsonncr qu'il dévore la famille de son nouvel allié. Toutes les mamans sont pour leurs enfants comme le

Tout ce que vous dites de mal de leurs enfants les choque. Si elles ont l'air de vous écouter, soyez sûr que ce n'est pas vrai, et qu'elles sont en train de trouver

r d'entrer dans la vie pas l'avoir remarqué plus tût. Si vous n'êtes pas diplomate, l'échec est assuré : dites d'abord tout le bien que 'VOUS savez de l'enfant, et priez la maman de vous aider à en faire un enfant excellent. Chacun a ses défauts : le petit Paul est boudeur, ou il lui arrive de ce pas dira la vérité, ou il est le corriger de ce défaut, qui n'est rien, si on le prend tt temps, mais qui serait de nature à lui nuire plus tard, et à causer du chagrin à ses parents... Pensez-vous qu'en nous y prenant de cette façon, ou de celle-ci, nous puissions le corriger? Puis-je compter sur voire fermeléî

Surtout, gardez-vous de signaler im défaut devant les voisins : et que jamais votre venue dans la famille ne vous soit rendue impossible par des mots prononcés en classe : que jamais un maître, devant les' enfants réunis, ne trouve un mot de blSme pour les parents! Ce serait une grossièreté, el une grossièrelôi dangereuse, car le maître n'est Jamais sûr que ses paroles ne seront pas dénaturées, et il mérite qu'elles

Souvent les parents profitent de la présence du maître pour demander des faveurs spéciales pour leurs enfants, un congé pour aller à la ville voisine, etc., etc. Que le. maître ne cède jamais; qu'il deraeuro ferme deur : hors de la règle, c'est l'anarchie. L'enfant doit être habitué à considérer l'école comme son devoir suprême... tout congé indu est une perte de temps : c'est aussi du chagrin pour lui, car il suivra toute la semaine difScilement. Avec un peu de bonne humeur el de gravité enjouée, on se tire facilement de ces demandes, et le refus ne doit jamais blesser.

Reste la question des invitations. Il n'y a aucund règle générale à tracer. Il est vrai que les mvitations;

fagent el que si on ne les rend pas, on passe pour un < pique-assiette >! Si on les rend, on les rend simplement et cordialement, suivant sa position, et non suivant celle des Invités ; toutefois ces invitations, même simples, sont une lourde charge pour le budget d'un ménage d'instituteur, el il vaut mieux les éviter si c'est possible ; mais il est souvent difficile de refuser, en deliors des jours de classe, une invitation à une noce, à un bapti}me. Tout cela est question de tact — mais il est toujours à craindre que les enfants chez qui l'on a accepté àdtner, ne soient considérés par les camarades comme favorisés en classe.

Quant aux cadeaux en nature, il est à peu près impossible à l'instituteur de la campagne de les refuser sans froisser les parents; il doit les refuser tout d'abord, mais les accepter si on insiste, quitte à les rendre sous une autre forme : ici encore aucune règle ne peut être tracée, et c'est dans chaque cas une affaire de tact...

Quand, avant de débuter, le maître a relléchi aux principes qui devront le diriger dans ses relations avec les autorités, avec les villageois, avec les parenls qui lui confient leurs enfants, il lui reste à examiner quelle conduite il devra tenir vis-à-vis dir desservant de la paroisse. Son devoir est très net : il lui doit une visite d'arrivée, une visite de courtoisie, quelle que soit l'altitude du prêtre vis-à-vis des écoles, même si cette attitude est franchement hostile.

Il est nécessaire que la déclaration de guerre ne ^^TÎenne point de l'instituteur et que lous les torts soient ^^m même câté. L'instituteur et l'institutrice seront bien ^^■us à leur aise s'ils se sont montrés courtois, et il ^^^■ut mieux, pour son contentement personnel, subir un ^^ftinque d'égards que de s'en rendre coupable soi-mènie.

il en est beaucoup, le desservant est conciliant, d'espril Inrge, ouvert, nos niaîlres seraient coupables de ne pas entretenir avec lui des rapport^ d'entière courtoisie ; l'instituteur a le devoir de respects» toutes les opinions, et de prouver par ses paroles et pai ses actes, qu'il les respecte efTectivemeol.

Si, comme le cas se présente malheureusement pai« fois', le desservant est d'esprit étroit, violent; s'il • contre l'école laïque une hoslilité de parti pris, sans esprit de justice; s'il pèse abusivement sur les consciences; s'il les violente, et les place entre l'abandon doi l'école laïque et l'accomplissement de leurs devoirs religieux, nos maîtres auront vis-A-vis de lui une nttitndfl pleine de calme et de dignité. Ils feront remarquer, chaque fois qu'ils le pourront avec fruit, la contradictioa choquante qu'il y a entre les principes de chanté ol de bonté évangéliques, et la conduite despotique du desservant; ils ne craindront pas de montrer le tort causé à la religion par cotte exaspération des haines locales; — ils auront surtout soin, et dans leurs conver-, salions, et dans leurs conférences publiques, de faire

1. Dans quelques dé parle me nia comine l'Ardeche, l'allituds d'une notable portion du clergé vis-â-vis des écoles pul>liqu«ft: est d'une violence qui n'a rien de cbréllen, et, Tail caraclérislique, qui prouve que la. religion est pour peu de chose dam celle lutle, et qu'elle caclie seulemenl de9 intérèle iioliliqiuui, la haine redouble d'âpreté contre les maîtresses laïques prati quantes qui édifienl la paroisse par leur piélë. Dans un urtail nombre d'églises, peu de sermons se passent sans de violenta calomnies contre les âcoles laïques, et parfois même contre lei mailres. Dana un grand nombre de paroisses, le prêtre refusa la communion aux enfants qui fréquentent • la laique • l'absolulion buk parents qui le^ y envoient. Si les adversaire* des écoles communales n'ont pas de prise sur les chefs dv famille, ils ménagent de celle qu'ils ont sur les femmes...

comprendre à leurs auditeurs le caractère impartial des écoles si malencontreusement appelées laïques au lieu d'avoir été appelées c nationales *. Ce sont des écoles de paix, de concorde, où Ton enseigne tout ce qui unit, et d'où Ton bannit les dogmes qui divisent, laissant au prêtre toute liberté, en dehors des heures de classe, pour donner renseignement confessionnel... Contre la violence, le calme est la seule force efficace.

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