TRAVERS ET DANGERS A ÉVITER H
f intellectuel est lente et comme insidieuse, et le public l'en discerne aucun signe physique évident.
De là, chez les paysans et chez les ouvriers, nn préjugé très fort contre les Iravnilleurs de l'intelligence. Ajoutez il ce préjugé une secrète envie contre les travailleurs intellectuels, dont l'ouvrier croit la vie plus douce, plus heureuse que la sienne, justement parce ' qu'il n'en soupçonne ni la fatigue ni les tracas.
L'instituteur n'échappe point à cette prévention. Il est
classé comme un c ntonsieur >, et l'institutrice comme
I une t demoiselle i : mots qui, à la campagne, ne sont
s éloignés d'être synonymes de gens qui ne font rien,
u pas grand'chose, et qui sont ■ grassement > rétribués
F pour cela.
instituteur ne porte pas la blouse, et l'institutrice [ met parfois le chapeau « en semaine », ce qui accentue 'encore la distance qu'il y a entre les paysans et nos i" maîtres. Aussi avons-nous vu de bons paysans, maires , de leur village, réellement exaspérés par les plaintes rincessantes de leurs instituteurs. L'accusation qui revient le plus fréquemment dans tes conversations iMlatives aux instituteurs, c'est qu'ils ne sont jamais f eonlenU. Cette accusation nous a été si souvent répétée, I qu'elle doit avoir au moins un fonds de vérité...
Assurément les fonctions d'instituteur sont pénibles, L quoique dans la majeure parlie des cas, maîtres et maîfttresses soient grandcmentrespunsnbles de leur fatigue. Combien s'épuisent à crier, oubliant que plus le maître T' parle fort, moins les élèves ont à faire silence pour écouter, que moins ils ont à se gêner pour remuer, pour se moucher, pour tousser, pour bavarder. Le bruit
I engendre le bruit, comme le silence, le silence; le maître qui parle trop fort doit ensuite parler plus fort pour ^^ L
Hi AVANT a EKTHER DANS LA VIE
couvrir lo bruit qu'il suscite, et ainsi de suite jusqu'à épuisement. D'autre part, l'irritalion du maître provoque chez les enfants comme une sourde fermentalioa do leurs instincts de violence et de méchanceté, landis que le calmo est contagieux. Si nos instituteurs savaient demeurer toujours maîtres d'eux-mêmes, s'ils s'efTopçaient de parler avec calme, ils obtiendraient de leur enseignement des ri^sultals bien supérieurs; la dépenBfr de forces ne dépasserait pas chaque jour un peu le«; forces restaurées par le repos; le maître n'arriverait pas exténué le mercredi et le samedi soir, ayant peine à rétablir par un repos de quarante heures, l'équilibrâ des dépenses et des recettes vitales, pour reprend» service le vendredi et le lundi malin. Les dépassemoats' de crédits quotidiens ont pour conséquence la surmi nage et l'anémie avec leurs suites, les bronchiteB, h laryngites, la fatigue, le dégoût de tout travail...
L'instituteur mattre de soi, calme, réfléchi, ne dépasi pas la lassitude facilement réparée par une nuit c sommeil. A coup sûr il a moins do peine que s'il é resté laboureur. S'il se plaint, ceux qui l'entendent ai peuvent manquer d'évoquer l'image de la mère de l'îaf^, liluleur, bonne et honnête paysanne, dure à la besogna; celle du père, des frères, restés fidèles s la charrue. paysan, qui ne peut comprendre les fatigues de l'eni gnement, ne voit qu'une chose, c'est que nos maîtres I» vont au travail qu'à huit heures et qu'ils sont libres j quatre heures. Ils disposent de leurs jeudis et de leun dimanches, et les vacances ne manquent pas. Cetti année la venue du tzar leur a valu huit joun^, une autre année c'est autre chose :
^^, De quelque
saint charge toujoi