CHAPITRE V
ndie extërlenr de l'institutrice.
Les institutrices que nous avons dû oublier pendant quelque temps, alîn de nous occuper de leurs collègues masculins, onl, elles aussi, en dehors de la classe, des devoirs très considérables, La paysanne pauvre et Toi vrière ne savent rien faire. 11 sufflt pour s'en assure de prendre à la maison de très honnêtes jeunes fiUea venues de la campagne « pour entrer en condition i Elles ignorent la tenue de la maison, elles ne savent nï faire la cuisine, ni coudre, ni tirer parti de rien... Leg jeunes gens du village qui les épousent, élevés à ts dure, nourrie grossiùremenl cbez leur mère, habitués au manque de confort et d'élégance, ne trouvent rien h redire à leur femme : si elle est négligée, malpropre, i ne s'en aperçoivent pas, ils n'en souiïrent pas. Ils subissent cependant malgré eux l'indifférence provoquée par ce manque d'attraits, et bientôt, leur ménage ressemble à tant de ménages de la campagne, mornes, sans affection, faits d'habitudes, plutôt que d'amour. L'institutrice, outre son action à l'école, peut beaucoup poup changer cet état de choses. Nous avons rexemple d'un
ROLE EXTÉBIBDR DB L'INSTITUTHICE 147
certain nombre d'institutrices qui sont parvenues à grouper autour d'elles, une ou deux fois par semaine, les anciennes élèves de l'école, auxquelles se sont jointes peu à peu d'autres jeunes filles et même des jeunes femmes. Ce sont des soirées utiles el délicieuses. On fait quelques lectures intéressantes : un trait d'abnégation, un grand fait historique, un récit de voyage, une poésie chantant les splendeurs de la campagne, les joies tranquilles du foyer, les grâces de l'enfant, suffisent pour donner à la réunion une allure charmante. Quelques chants gracieux, un peu de musique, achèvent ia séduction... Chacune apporte de lu maison quelques œufs, un peu de farine, du sucre, et l'on se met à préparer les gâteaux variés qu'on fera, à tour de r6Ie, sous la direction de l'inslitutrice maltresse de maison, el qui, joints au thé, cloront dignement la soirée. L'hôtesse, sans oublier le plaisir de ses invitées, ne perd pas de vue le but sérieux de la réunion...
Ses efforts sont inspirés par l'intuition de l'énorme quantité de bien-être, et pis encore, de bonheur, qui est gâché, à la campagne, par suite de l'ignorance et de l'incapacité des femmes.
Elle aussi, elle doit, comme l' instituteur, mettre au premier rang de ses préoccupations la diffusion des pratiques hygiéniques; elle doit s'efforcer de donner aux jeunes filles le goût de la propreté; elle doit leur apprendre à nettoyer à fond les meubles et surtout les parquets, qui sont souvent fort sales et qui servent de terrain de culture à tous les microbes; elle leur enseignera que le meilleur moyen de désinfecter les plancbers, c'est le lavage au savon noir et à l'eau bouillante. Elle leur enseignera la nécessité de la propreté corporelle, les soins k donner aux enl'ents- 11 y a tant de préjugés à
coiiiliatlrc en co qui concerne les soins à donner si nouveau -nés et aux bambins! Elle enseignera, el aussi, à soigner les plaies, à soigner les croûtes puru* lentes, si fréquentes chez les enrants.
H faudrait orienter l'enseignement de l'école normali daus cette voie, et que l'institutrice de hameau fùl mise DU courant des soins à donner en cas d'accidents, de convulsions des enfants, etc. L'institutrice devrait ètrQ « la petite sœur des pauvres • du village. Combien soi influence et son bonheur gagneraient à ce rôle! Uni faut pas se lasser de répéter cette vérité éclatante que la bonté et le dévouement sont, pour qui considën uaJL|uemcnt le bonheur produit, le plus intelligent dei égoïsmea.
Elle montrera aus jeunes filles qu'en tenant leui ménage avec propreté, elles donneront peu à peu à leun parents, à leurs frères, à leur mari, le goût de celti propreté, et par suite la dégoût du cabaret. Les murs a les plafonds blanchis chaque année, le parquet irrépro chabie, les vitres limpides laissant passer toute li lumière, les meubles lavés et blancs, ou cirés et bril lauls, suffisent déjà pour donner au logis un air de fête Pour pou que la petite ménagère suspende aux fenôtri des rideaux bien blancs, qu'elle mette sur la table gerbe de fleurs cueillie par les enfants, qu'elle soi pende au mur quelques photographies, quelques vurcs encadrées très simplement, voilà un logis où, savoir pourquoi, les hommes aimeront à surtout si les enfants sont propres, et si la maîtresse ( maison, ayant appris chez l'institutrice à couper di vêtements, sait se tailler une jolie jupe, quelques mal nées en indienne à cinquante centimes le mètre. matinées, cette jupe, on les lave, on les repasse di
ROLE EXTÉRIEUR DE L'iNSTITUTRtCE
'elles cessent d'être très propres, de sorte que le mari est heureux de voir sa femme toujours proprette, pimpante, appétissaute'.
Ce n'est pas plus cher que d'être vô tue en • souillon >, bien au contraire, parce qu'une • souillon > n'a de goût k rien et gSche facilement ce qu'elle a.
L'institutrice peut donc rendre de grands services en enseignant le soir aux jeunes filles la coupe des vêtements et du linge, l'art de tirer parti des étoffes, et la couture. Elle enseignera comment on peut dans le jupon de la maman, tailler une culotte pour le gamin; ce sont surtout les anciennes élèves qui ont déjà appris à l'école à raccommoder, à entretenir le linge et les vêtements, qui suivront avec fruit ce » prolongement • de l'école, Les jeunes gens sauront vite, plus tard, faire la différence entre les ignorantes, les * propres â rien •, et les petites fées avisées, économes, débrouillardes et élégantes, sorties de l'école et passées par l'école prolongée! Ils n'hésiteront pas entre la lourdaude incapable de rien faire par elle-même, et qui a quelques terres, et la jeune fille intelligente, qui n'a que ses dix doigts, mais qui les a, et qui sait s'en servir !
Une institutrice habile peut accomplir dans chaque village une révolution : révolution lente et bienfaisante; mais révolution, pour qui a vu ce qui était, et qui comparera avec ce qui sera. Une institutrice écrit: • Je n'avais pas remarqué, comme ces temps-ci, que tes gens les plus pauvres sont les plus désordonnés et les moins éconolls ont très peu de linge, de vêtements, et dans ces
lénages, la femme ne raccommode jamais. 11 est vrai
garnltureB comprises, TeviennenL A
que presque toujours les habits que porteul ses enfants, on les lui a donnés; Us n'étaient pas en très bon état; il eût Tallu d'abord les réparer, les ajuster à la taille de leurs nouveaux propriétaires. La mère en habille ses enfanis, sans y rien changer, et une robe, qui aurait pu durer toule la saison, est à peine convenable huit jours. Le plus souvent, la femme pauvre ne sait pas faire les réparations indispensables; elle ne sait pas coudre, et je crois qu'elle n'est pas choquée de voir son mari et ses enfants avec des habits déchirés. Peut-être même l'habitude de voir les siens vêtus de loques, et la résignation à cette conséquence, acceptée comme inéluctable, de la pauvreté, l'empèchenl-elles de remarquer les déchirures et les taches? Ne se fait-on pas & tout, même à vivre, sans être incommodé, dans une atmosphère nauséabonde 1
t Souvent la mère de famille travaille beaucoup poup pouvoir acheter des vêtements, mais les liabîts neufs eux-mêmes ne durent pas, lorsqu'on n'en prend aucun soin : aussi la misère sordide s'installe-t-elle à demeure dans la maison, >
C'est qu'en effet, par un cercle vicieux dont les efTetssont lamentables, la pauvreté engendre la pauvreté, parce qu'elle produit l'incurie la plus complète. Non seulement ta femme pauvre ne tire aucun parti pour eon bonheur dos ressources que lui offre le monde oxtérieur, mais elle gâche maladroitement les ressources déjà acquises, et en fin de compte, son manque d'ordre, de méthode, d'intelligence, de propreté, de soins, fait que le travail de son mari, et le sien, qui sufOraiont pour apporter l'aisance, procurent à peine de quoi misérablement.
A son enseignement tout à fait pratique, la mattresse
ROLE EXTÉHIEUR DE L'INSTtTUTIlICE ISI
pourra ajouter pour les plus actives et les plus soigneuses, le crochet, la dentelle, la broilerie...
De plus, des cours du soir bien uets et se bornant à l'essentiel, sur l'art d'utiliser les ressources en saine nourriture que la campagne prodigue, seront bien utiles. Le paysan est pour l'ordinaire fort mal nourri. Peu délicat, il mange do pain grossier, du lard, des soupes médiocrement nutritives. Une femme avisée '^urrait, sans augmenter ses dépenses, et par une utili- .Mtion intelligente du jardin et de la basse-cour, faire à et à ses enfants une cuisine excellente, varice, pé confortante. Elle pourrait facilement l'été faire des i confitures pour l'hiver; elle pourrait utiliser de cent façons son laitage, ses œufs; elle pourrait préparer, avec une variété très agréable, le salé fondamental, et le dimanche au moine, avec un peu de farine et quelques œul's, elle pourrait offrir à la petite famille un dessert délicat, des pâtisseries, des gâteaux. Elle aurait à la maison de bonnes conserves à l'eau-de-vie et du café qui feraient une terrible concurrence aux aprûs-midi du dimanche passées dans l'atmosphère empestée des cabarets.
11 y aurait plaisir à inviter deux ou trois vieux amis, qui viendraient" faire la partie » dans ce milieu gai, sain et qui respire le bonheur.
L'institutrice saura, elle aussi, persuader qu'à la campagne, la vie des jeunes femmes, pourvu qu'elles sachent améliorer leur existence par leur ingéniosité, est bien dus saine, plus libre, plus heureuse que la vie h la ville.
Ile dépeindra le sort des jeunes filles qui vont comme lomesliques à la ville, et qui sont mal logées, souvent
lal nourries, sans affection réelle, accablées de travail... Vieux vaut la liberté, même un peu rude des champs
Ê.V»St D ENTRE» DANS LA VIE
et te grand air et la vie au mUieu des amies d'en* fance.
Par ces cours d'adultes, déguisés sous l'apparence d© réunions agréables, l'institutrice peut accomplir un bieiT immense... elle peut introduire le soleil et l'air purdans les logis les plos sombres; elle peut rendre les cbau' mières propres, gaies, presque élégantes; elle peut transformer li-s Femmes laides et malpropres en mena* gères séduisantes; elle peut révéler aux paysan! plaisirs d'une table propre, saine et variée; elle peut conduire contre les cabarets une guerre cachée » redoutable, et se faire adorer, par-dessus le marcbéi, par toutes les villageoises, fièrea de leur * petite reine K
Si, à cet enseignement, elle sait ajouter quelque^ visites réconfortantes aux malades pauvres, quelques vëteroents donnés aux enfants misérables; si elle sait* par son initiative, obtenir des familles aiséesdessecoursj si elle organise chez quelque vieille femme du villa^c^ incapable de travailler aux champs et heureuse dfl recevoir une petite rétribution, une bonne soupe chaudA que les enfants pauvres recevront gratuitement, et qu'o fera payer par les enfants venus de loin, mais capable» de donner leur sou; si elle sait mènera terme cette lâche complejie, l'institulrice aura bien mérité de la Patrie.
Qu'on ne croie pas, ô lire celte énumération de devoirSp que l'effort soil accablant. Il suffit de deuï soirées p semaine, durant quelques mois d'hiver, pour conduira k bien une tâche considérable, pourvu que la mattressd sache réfléchir k ce qu'elle a à faire et qu'elle suive If programme qu'elle se sera tracé. Une institutrice ed libre de ne point être institutrice; mais si elle a choia cette carrière, elle l'a choisie avec toutes ses consé quences, et parmi ces conséquences, se trouve l'obli