ROLE EXTERIEUR DE L'INSTITUTBICE
galion de remplir tous ses devoirs envers ses e
I En résumé, choisir d'être instituteur, c'est choisir r.d'être le « précepteur » d'un village ou d'une commune. L'instituteur digne de ce nom a le sentiment de la grandeur do son devoir : il doit lui-mémo doQuer l'exemple d'un développeini;nt moral très complet, so considérer comme le levaia destiné h faire fermenter et grandir dans le cœur des enfants et dans celui des jeunes gens, les idées et les sentiments humains destinés à réprimer la bestialité avec ses tendances inférieures. 11 doit, en lui et autour de lui, combattre avec persévérance la paresse, la malpropreté, la ruineuse ignorance et la grossièreté.
Qu'instituteurs et institutrices songent auï prodigieux résultats delà volonté persévérante. C'est pierre à pierre qu'ont été construites les pyramides, et pelletée par pelletée, qu'a été creusé l'isthme de Suez. Du sommet de la colline, souvent le penseur contemple les vallées, les vignes qui montent à l'assaut des montagnes, les champs, merveilleux tapis dont les dessins géométriques et les couleurs si variées et ai riches enchantent les yeux. Ce n'est jamais sans émotion qu'il suppute les innombrables myriades d'eflorts humains que représentent toutes ces cultures. Si ces vallées, autrefois couvertes do marécages et de forêts, ont été défrichées et assainies; si à chaque printemps leur aspect est transformé, on le doit au travail de ces ouvriers qu'on aperçoit de la colline comme des fourmis, points perdus dans la plaine : le travail de chacun, pris en lui-même, semble hors de proportion avec l'immensité de la plaine, et cependant celle immensité est cultivée tout entière. C'est que l'accumulation persévérante des efforts produit des
totaux prodigieux : que chaque instituteur et chaque institutrice accomplisse dans son hameau des efforts jamais découragés, et en peu de temps se lèvera sur toute rétendue de la Patrie française, une magnifique moisson de richesses, de santé, d'énergie, d'initiative, d'intelligence et de solidarité.
L'or^aDisation du bonheur.
On répète souvent que le meilleur moyen de manquer le bonheui" est de le poursuivre délibérément : nous avo^'.ons ne pas comprendre cet aphorisme solennel. S'il signifie qu'il faut laisser au hasard le soin de nous rendre heureux, et que nous no pouvons rien pour notre propre bonheur, c'est une doctrine de résignation fataliste très fausse, et partant très nuisible, et qui aboutirait à la glorification de la paresse et de l'abandon de soi. S'il signifie qu'on doit agir comme le commerçant qui ne poursuit pas directement la fortune, mais qui emploie pour y arriver une série de moyens médiats, comme d'acheter, de tenir sa coinplabilité, de soigner son étalage, etc.; si, de même, il faut, pour arriver au bonheur, réaliser un ensemble de conditions préalables, l'aphorisme devient une vérité de La Palice. II y a dans la poursuite du bonheur des conditions à remplir, et sa conquête dépend, dans une large mesure, de notre volonté : il y a un art d'êlre heureux.
L'organisation de la maison. Le premier et l'un des plus importants préceptes de cet art du bonheur
concerne l'organisation de la maison. Lu plupart d< instituteurs et des institutrices sont Tavorisés sous rapport de leur installation. La maison d'école est gân ralement bien située, claire, aérée. Its bénéficient i conditions de salubrité qu'on a rechercliées pour édil le groupe scolaire. Mais un certain nombre de stagiaî sont moins favorisés, et ils doivent s'insfaller dans i maisons louées et en mauvais état. La premiûre préca tion à prendre en entrant dans une maison est d'< brosser les murs, de largement aérer, puis, les pou sières tombées, de désinfecter soigneusement le parqu en le lavant au savon noir et ù l'eau bouillante '.
Cela fait, il ne faut à aucun prix se résigner à s'in taller dans un appartement sans le transformer et rendre gai. Qu'on nous permette ici de donner une lett d'élève -maltresse k sa directrice d'école normal * D'abord, permettez-moi de vous conduire dans mi logement. Il ne va pas vous faire pousser des ci d'admiration comme à mes voisines, mais il que vous aurez plaisir à y jeter un coup d'œil. Entn d'abord dans ma chambre : n'est-ce pas qu'elle est ge tille et gaie? C'est ainsi que je la voulais, mais ce n'a pas ainsi que je l'ai trouvée en arrivant... ses murs son plafond noircis, son plancher et ses fenêtres mi propres la faisaient si sombre, que malgré ma résol tion bien milrie d'être courageuse, je dus, en la voya le premier soir, essuyer deux grosses sottes de lurm que j'avais d'avance proscrites du programme... la Tl qui est fort belle fit bientôt disparaître cette imprc sion pénible où la fatigue du voyage et le sentime
■■ le plus sâr pat
l'organisation du BONHEUB 157
bdemon isolemenlétaient peut-être pour quelque chose...
• Les teintes si riches de la campagne m'avertissaient que bientôt l'hiver m'obligerait à vivre chez moi , fenêtres closes, et je songeai à parer ma chambre. Le maire auquel je demandai des réparations répondit évasivement, et il était trop long de prier M. l'Inspecteiuprimaire d'intervenir: je pris alors la résolution héroïque de faire moi-même ce que j'aucais voulu qu'on fît faire aux ouvriers. Je me suis dit que ei j'achetais du papier pour tapisser ma chambre, je pourrais le coller moimême, et que la dépense serait très minime.
« Le plafond m'a surtout embarrassée ; je ne voulais pas le laisser tout jaune : comment pri5parer le plûtre qui m'eût été nécessaire ? J'ai tourné la difficulté. Après bien des hésitations et des calculs, j'ai fait apporter du papier blanc, que j'ai collé sur le plafond, et du papier d'un beau gris, avec des fleurs, pour couvrir les murs. Le tout m'a coûté une dizaine de francs. 11 est vrai que j'ai eu bien du mal à faire ce travail, mais avec l'aide de mes grandes élèves, j'en suis venue à bout, et je crois que j'aime plus ma chambre que si ce lu^ce n'était pas mon œuvre.
« Mon plancher est aujourd'hui bien propre ; il y a auï fenêtres des vitres absolument limpides et des rideaux de mousseline que j'ai eu bientôt fabriqués : mon lit est tout blanc, comme à l'école, et j'ai fait clouer au-dessus de ma table une petite étagère sur laquelle sont installés mes livres; puis, j'ai suspendu aux mura quelques photographies et mes plus beaux dessins. On sait que j'aime les (leurs, on m'en apporte pour orner ma cheminée. J'aurai, durant tout l'hiver, quelques belles plantes... Je compte broder une couverture et un tapis de table superbes.
« Voyez-vous ma chambre maintenanl? Je la Irou' cliHrmanle, et jci ne mY ennuie jamais'. •
Les Jeunes gens n'ont pas les mêmes ressources qui les jeunes lilies, mais ils en ont d'autres : ils sav comme elles, dessiner, et s'ils ne brodent pomt, savent menuiser et modeler... ils peuvent, eux aussi orner leur domicile et le rendre doux a habiter. Pot donner à un intérieur un aspect coquet et comme u air de fêle, il suffit d'aimer l'ordre, la propreté, l'éli gance. La proprtlé et l'ordre sont, par eux-mêmes, ui véritable luxe, t Ne pense^-vouG pas qu'il y a de jolies découvertes à faire dans l'art d'embellir la vie des hum^ blesî... la beauté ne se refuse à personne : elle babil une ctiambre de poète, le plus modeste logis *, • L< beaux meubles et les riches tentures n'ajoutent rien a bien-être, et l'instituteur débutant, avec ses six chaises, sou lit, sa table de travail et sa petite bibliothèque ei boÎB blanc, peut être plus heureux, s'il a l'atnour de s tâche, s'il aime le travail, et s'il sait goûter la can pagne, quête richard en qui l'oisiveté et la satiété oi éteint toute possibilité de bonheur, et qui meurt d'enni au milieu de ses tableaux de prix et de ses meubles d( style... C'est un grand malheur que dans notre société le préjugé contre le travail soit encore si puissant malgré qu'on en ait, c'est la fainéantise qui est noble, t c'est le travail qui rabaiasel On trouve peu de femmei qui ne s'excusent pas d'être surprises, en tablier, k leui
1. Communiqué par M"' Bourgoin, directrice rt'éoole noi maie, qui a bien voulu mettre k notre disposition, pour écrii ce chapitre, son eiipérience si riche et si précise des ctioses â l'enseignement.
2. G. Résilles, le Beau et VUtile. Union pour l'action mor&I< 1" janvier 1897.
l'orgamsation du dosheur r ménage... et cette conceptio
cuisine ou à leur niûnage... et cette concept[on démoralisante produit un véritable gaspillage de bonheur. Nos iDstitutrices, comme toutes les femmes de la bourgeoisie, sont imprégnées de sentiments défavorables au travail manuel; et cependant le travail manuel est partout : le plus grand peintre mélange ses couleurs, so salit les mains et sent la térébenthine; le sculpteur manie la terre glaise comme un potier; le médecin fait souvent des opérations dégoûtantes, et les plus grands poùtes et les plus grands philosophes toussent, crachent, transpirent... qu'est-ce à dire? sinon que nous devons prendre notre parti de subirTinéluctable loi des choses qui a logé notre intelligence dans un corps? L'intelligence est si bien unie au corps que les méditations les plus hautes sur Dieu exigent que notre sang circule et que qous respirions, tout comme l'exige l'effort nécessaire pour scier du boisî Tout travail manuel suppose des efforts intellectuels, et tout effort intellectuel exige une dépense corporelîe, et pour se traduire, du travail manuel. C'est une question de plus ou de moins, et la noblesse de ce que l'on l'ait vient uniquement de l'esprit dans lequel on le fait. Quelle difTéronce y a-t-il entre un médecin qui panse une plaie, un chimiste qui regarde rougir son creuset sur le feu, et la gentille ménagère qui nettoie son plancher, récephible à bactéries; qui surveiUo la cuisson des aliments intelligemment choisis pour renouveler les forces du mari et des enfantsî Les occupations les plus humbles sont transligiirées par les sentiments qui les inspirent, et il y a, pour l'institutrice, même isolée, une haute dignité i faire son petit ménage gaiement et vaillamment, car la propreté, l'air pur, la bonne nourriture sont les conditions premières de la santé. Pour se dévouer aux
ioô
aulrcs et accomplir vaillammeDt son devoir, ne faut-il pas qu'à l'imitatioii du bon ca\'alter qui soigne chaque jour son cheval pour le combat, l'esprit, lui aussi, soigne sa mouture de Taçon qu'elle ne détourne pas l'attention sur ses besoins! Le corps ne doit-il pas fournir abondamment un sang pur et généreux au cerveau, pour la pensée et pour l'amour du devoir? Accomplir en rechignant le labeur du ménage, c'est refuser d'accepter celte nécessité qui soumet la pensée auï exigences du corps, et si on considère l'occupation de la ménagère comme rabaissante, il faut être absurde jusqu'au bout et refuser de manger, de se nettoyer, car cela aussi est rabaissant. Il faut imiter ces stoïciens, devenus fous, qui prisaient si haut la volonté intelligente et méprisaient tant le corps, qu'ils admettaient qu'on pouvait s'enivrer et se vautrer dans la crapule sans que rame fût atteinte par les ébats bestiaux du corps : tant il est vrai que, comme l'a dit Pascal, < qui fait l'ange fait la béte >. Le mépris du corps conduit aux pires revanches de la béte, et un homme intelligent accepte religieusement la loi à laquelle il est soumis, et il donne à son corps les soins nécessaires pour que le l'onctionnement des facullés humaines soit assuré.
Mépriser les occupations du ménage, c'est donc faire preuve de peu d'intelligence : c'est ne pas comprendre qu'il n'est donné à aucun homme d'être une nature purement spirituelle. Les écrivains, les artistes euxmêmea, qui tentent d'être de purs intellectuels, versent bientôt dans la miéverie ou dans les conceptions maladives. Si les muscles n'ont pas leur part d'esercice sain et vigoureux, la surexcitation du système nerveux est inévitable, et c'en est fait du bel équilibre des facultés; c'en est fait des œuvres fortes. Quant aux
l'organisation do bonheur 161
institutrices qui se déchargeraient du soin de leur inlérieiir sur une servante, elles se priveraient d'une véritable gymnastique quotidienne variée et intéressante... nous ne souhaitons à aucune d'elles le lourd et intolérable ennui qui empoisonne la vie des femmes du monde, it un grand malheur pour beaucoup d'institutrices que leur dédain pour les choses de la vie matérielle. Ce dédain dissimule souvent une grande apathie. Une institutrice qui porte des bas déchirés ou une jupe malpropre ou effdochée, peut bien afficher son mépris pour l'aiguille : elle n'affiche en réalité que sa fainéantise.
Cette fainéantise se retrouve dans la préparation des aliments. Beaucoup de jeunes institutrices meurent lentement do misère physiologique, faule d'une nour- I riture saine et facilement assimilable. Elles vivent de gâteaux, de charcuterie, de fromage et de salade contenant tout lo vinaigre quo réclame, pour se délabrer davantage, leur estomac ruiné. Elles ne savent pas adapter leur pratique aux nécessités professionnelles. Les instituteurs sortant de classe h onze heures pour y rentrer à une heure, n'ont pas le temps de faire de la cuisine le matin. Ils doivent manger après leur lever, et déjeuner légèrement il onze heures et demie, sinon ils doivent rentrer en classe, où l'air est lourd et le mouvement impossible, pendant que s'effectue le travail de la digestion. Congestionnés, de mauvaise humeur, ils négligent les avertissements que leur donnent les difllcultés de leur digestion et ils recommencent le lendemain : peu à peu la désorganisation de l'estomac commence. Sauf les jeudis et les dimanches, nos maîtres doivent faire leur repas principal le soir vers six heures et demie, afin d'éviter les inconvénients que nous cigna-
Ions, et aussi, parce qu'ils ont le temps de préparer soigneuBetnent leurs aliments. • Je fais moi-même ma cuisine, mais j'ai dû m'ingénier aussi pour la faire facilement : c'est le moyen de n'être pas tentée de la négliger. La grande cheminée, qui est dans la cuisina, nécessite une surveillance continuelle, si l'on veut être sûre que le feu ne s'éteindra pas, ou qu'il ne deviendra pas trop ardent : je l'ai abandonnée. Je me suis procurée un fourneau à pétrole que je trouve beaucoup plus commode pour préparer mes repas. Quand je veux faire un pot-au-feu, par exemple, j'installe la marmite sur le fourneau avant d'aller en classe; je mets dedans la viande et les légumes : le bouillon cuit toute la miilinûe, et quand je viens à onze heures et demie, il est bon à manger.
• Je suis enchantée de o j l n l je le recommanderai à mes compagne uu fo n u à trois mèches, comme le mien, coûte dou f an mais il écouornise tant de peine, qu'on ne p t g tt cette dépense. ■
Les instituteurs et le n tut qui ont un jardin,
peuvent, s'ils savent le cultiver, ou le faire cultiver avec intelligence, trouver à leur portée, durant une partie de l'année, des légumes exquis. Bien ne les empêche d'installer à très bon compte une basse-cour avec des lapins et avec des poules qui donneront des Œufs frais. Bien des instituteurs, dans les deux Savoies, ont des abeilles qui leur donnent du miel en abondance... Nous ne pouvons entrer ici dans des détails plus longs — mais nos élèves-maîtresses et nos élèves- mal très feraient bien de prendre copie à l'école des menus d'une année : ils s'en inspireraient pour leur petit ménage, et ils introduis raient dans leur ordinaire la variété qui double l'agrémeul de la table. Ils trouveraient dans un bon livre de
L'OItGANISATION DU BONBEDR
cuisine, simple et pratique, les renseignements utiles à la bonne conduite du ménage. Que nos institutrices sachent que lorsqu'elles font leur cuisine, elles sont des chimistes merveilleux dont les produits transforment les estomacs débiles en estomacs robustes, les joues paies en jolies joues roses, l'apathie et la nonchalance en vigueur et en joie, el la torpeur intellectuelle en belles et saines idées, en sentiments honnêtes et purs... c'est du bonheur qui s'élabore dans un pot-au-feu bien conduit, et il y a de la vertu en puissance dans une eauce bien liée...
Veillera respirer un air pur et riche en oxygène; se bien nourrir; avoir une vie réglée, prendre un exercice suffisant; ne pas souffrir du froid, tenir son corps propre el dormir tranquille, ce n'est pas le bonheur complet, mais c'est un bon acheminement vers le bonheur,, .
Le repas bien préparé gagne h être servi avec élégance. H ne faut pas imiler les maîtresses qui, parce qu'elles dînent seules, mangent tristement sur le coin de la table, et même debout... Si j'étais institutrice et condamnée à manger seule, je mettrais ma table comme si j'avais des invites : une jolie nappe blanche, la lampe avec son abat-jour, un couvert irréprochable, et des
Durant les longues soirées d'hiver, une jeune fille a beaucoup îi faire : tout son trousseau, ses draps â surjeter et à ourler, ses serviettes à marquer... Elle achètera, pour se vÈtir, des étoffes solides et de bon goût, qu'elle taillera elle-même, puisqu'on le lui a appris : de jolies toilettes, fraîches et à bon elle ne soit discordant, que rien ne jeune fille doit être une artiste qu'un dessinateur de talent peut,
compte. Qui n'attire l'attentio délicate, et de m
avec un crayon et du papier vulgaire, réaliser une esquisse d'une beauté parfaite, une jeune fille de goût peut, avec une bonne étoffe, créer une toilette très simple, bien seyante, et d*une élégance séduisante. Il ne faut point qu'elle imite les riches paysannes vaniteuses qui aiment les lourdes étoffes de prix aux cou leurs criardes, les ornements surchargés, et qui, vêtues avec un mauvais goût sûr de lui-même, sont la risée des esprits bien faits. Une robe un peu sombre convient à nos maîtresses : les couleurs claires sont d'ordinaire le signe de peu de goût, parce qu'elles sont trop voyantes, et le signe de peu d'esprit, parce qu'elles se fanent vite et sont tôt tachées. L'élégance est surtout une question de lignes, et la suprême élégance se confond avec la suprême simplicité.