Cliamrort
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l'organisation bij plaisir 209
La soci^^tÉ conlcmporainc a ai bien lié, dans son opiplaisir et l'argent, qu'on croit géQÉralemettt qu'il est impossible de s'amuser sans dépenser beaui-coup et que le plaisir est proportionnel à la dépense. En vérité, tous les grands plaisirs de la vie sont gratuits. Quand les riches sont heureux, c'est toujours par des moyens que la richesse ne procure pas.
On confond à tort pauvreté et misère. La misère est terrible, car elle prive de riaslruction, et elle amène généralement l'oubli de la dignité. Mais la pauvreté, qui est l'état de la grande majorité des gens, et qui consiste en l'obligation du travail quotidien pour vivre, est si peu défavorable au bonheur, que nous considérons, en général, comme un grand malheur de naître riche : car te sentiment de sécurité du lendemain, en détruisant l'aiguillon de la volonté, ou du moins en l'émoussaat beaucoup, énerve du même coup l'énergie des sentiments, et par suite la capacité de bonheur : sans compter que la fortune détruit notre dépendance d'autrui et nous prive, à l'âge ou elle est indispensable, de la forte discipline de la vie sociale. Ajoutez à ces considérations, <]ue les exigences et les besoins croissent avec la fortune. C'est ce qu'aHirmait Bismarck quand il demandait avait jamais vu un millionnaire content >? Le bienêtre, le luxe, sont bientôt devenus habituels et partant indifférents. II y a chez les riches une concurrence de plus féconde en froissements et en contrariétés, que ne l'est le travail pour vivre de l'instituteur. Il faut donc savoir estimer à sa juste valeur ce que l'argent peut donner en plaisirs : « Le bonheur, a dit un moraliste, n'est pas chose aisée : il est très diflîcile de le trouver en nous et impossible de le trouver ailleurs. *
210 AVANT D'ENTREK DAKS LA VIF
C'est qu'en elTel, le boulieur est chcsa inl^^rieure. veuL être minlé.
Que le bonheur del'homme est un problème cllrang«: Toule btle, pourvu qu'elle s'accouple el mange Bt laisse enlriir le jour dans ses ;eux grands auverU, Esl contente. Elle Tait aux alimenlâ oITerU Le même accueil joveui qu'aux p&tures cooifuisea, El ne tead au bonheur que par des convoitises. Mais l'homme ne Jouit longtemps et sans remords Que des biens chèremeDl payés par ses efforts.
11 n'est vraiment heureux, qu'autant qu'il se sent digne '.
Résumons-Dous ea peu de mots : pour être heureux, il faut, d'abord, n'avoir ni ioquiétudes ui coutrariétée. Or un état de IranquiUité relative ne peut être atteint que par une observation rigoureuse de la loi morale : fais ce que dois, advienne que pourra. Cela ne suffît point encore : il est nécessaire d'avoir l'esprit occupé de pensées élevées pour qu'il ne fonctionne pas & vide. Par le jeu naturel de l'association des idées, qui fait que toute idée et tout gentiment tendent à se développer, et par suite à grouper autour d'eux les idées et les sentiments similaires, les menues contrariétés que la vie prodigue à tout te monde s'amplident, et, faute de grandes pensées et de grands sentiments, les petites pensées et les petits sentiments deviennent grands. 1,4 touriste qui fait attention à tous les cailloux du chemin, finit par en être exaspéré, tandis que celui qui est occupT^^ à admirer les vastes horizons et les beautés sans cesm renouvelées de la nature qu'il parcourt, n'a pas senti lâi morsure des pierres.
Voilà toute la partie négative de l'art d'être heureux ï
i. Suliy Prudliouime, Le Donliciir, X : Le Sacrifice.
l'organisation du plaisir aii
feire toujours tout son devoir pour éviter les grosses inquiétudes, et, quant au reste, exception faite des douleurs qu'il est salutaire de ranimer pour son progrès moral, prendre ses dispositions pour ne pas sentir ce qu'il est pénible de sentir.
La partie positive de l'art d'être heureux consiste k être maître de son attention, à maintenir dans la pensée les idées productrices de bonlieur, à provoquer la naissance de sentiments heureux, et à permettre à ces sentiments de se développer dans la conscience en ondes puissantes. Les biens extérieurs ne sont rien par euxmêmes : l'important, c'est d'en avoir le sentiment. A quoi bon posséder une maison et un beau parc dans un site admirable si, comme Mi"^ de Staél à Coppet, on passe son temps à regretter une rue mal éclairée de Paris? A quoi bon visiter les Alpes, si la seule réflexion qu'elles vous inspirent, c'est que t ca ressemble à un décor d« l'Opéra»? A quoi bon posséder une bibliothèque très riche, si on est très pauvre d'esprit et de volonté? Avec te même violon, l'un jouera lourdement une mauvaise danse de village, et l'autre vous émouvra jusqu'au fond de l'âme.
Mais, chasser de la conscience un sentiment, ou Vj maintenir et lui donner de l'amplitude, c'est une œuvre qui dépend pour une large part de notre volonté '.
Le problème du bonheur vient se jeter, comme un affluent, dans le problème essentiel, qui est l'éducalion de la volonté, puisque être heureux, c'est être maître de refuser son attention ou de la donner tout entière.
1. Noua De pouvons ici entrer dans le JeU 1 des prorédâs psyctiDlcgiijues à employer pour cela car nous a. ons traité ce
Bujel dans le plus grand détail : Éd al n de la oloiUi, p. ift-
^■fTi et loul le livre IV. Voir aussi De la C ojait 170-213.
Toutefois, que l'on ne croie pas pouvoir arriver à i haut degré de bonheur par un développement sysléma tique des sentiments égoïstes. L'égol'smc suppose ui telle limitation de nos puissunces afTectives, qu'on 1 nppelé avec raison un cTélinisme moral. 11 n'y a p la culture la plus intelligeJite du moi considéré en lu même, de quoi satisfaire qui que ce soit : l'égoTsf arrive de tous côtés à soufTrircruellemenL des barrière opposées k son individualité, et partout il ne rencontt que luttes et conflits- Cette guerre journalière de l'amb tioux, du sensuel, du vindicatif, de l'orgueilleux, conti l'ambition, la dépravation, la baine et l'orgueil d'à et aussi contre les forces morales, toutefois encoi imparfaitement organisées de la société, linit par ue les volontés les plus tenaces, et elle ne laisse pas t moment de répit pour savourer les joies de la vie : o soldai, pendant la lutte, ne songe guère à admir l'horizon, ni à cueillir des (leurs. La vie de Napoléon] lui-même, qui est le développement, au détriment de patrie, d'un égol'sme monstrueux, no peut pas être o BÎdérée comme une vie heureuse; c'est une agitât!) prodigieuse, mais vide, sans but, et sans profit pon personne : les masses populaires ont déifié Napoléo parée qu'elles sont sans culture, parce qu'elles admire la force brutale, et qu'elles sont incapables de vc combien cette force brutale qui a ensanglanté le momi est vaine. La foule ignore que ce sont les méditalifaq ont accompli toute l'œuvre féconde de l'humanité, et ^ les méconnaît parce qu'ils font plus de travail quei bruit, au rebours des grands agités de l'histoire qui foi plus de bruit que de besogne.
Il faut donc s'élever au-dessus de l'cgoîsme personiu au-dessus de cette misérable région de luttes mesquine