‹ Aux instituteurs & institutrices: consoils & directions pratiquesChapitre 53 sur 78 · L'ORGANISATION DU PLAISIR · texte numérisé non relu

L'ORGANISATION DU PLAISIR

"De même qu'il faut renoncer à plier les lois éternelles de l'Univers aux caprices de notre corps, et qu'il est plus simple de faire plier les caprices de notre corps aux lois invariables et toutes- puis santés de la nature, do même, au lieu d'espcrer de faire fléchir, devant notre pauvre personnalité, les lois sociales dans Câ qu'elles ont d'éternel, il est simplement intelligent de se soumettre docilement à ces lois. Il est intelligent, au lieu de cherclier à vivre pour soi, d'une vie étroite et mesquine, de rattacher sa vie à la vie universelle.

t On connaît la comparaison d'Emerson : lo charpentier qui veut équorrir un arbre, se garde bien de frapper de sa cognée de bas en haut; il fait en sorte qu'à chaque coup de cognée, le globe terrestre tout entier collabore avec lui, mettant à son service les lois éternelles de la gravitation. 11 en est ainsi de quiconque enseigne : c II doit se mettre dans la position oi!i l'Ëtern nité appuie ses paroles, et chaque mouvement de sa 1 pensée doit être approuvé el mulfiplié par la force de f gravitation de la Pensée unique et élernelle. > Si la doctrine est une doctrine de justice, elle Irouve chez tous ceux qui sonfTrent, et chez tous les hommes de cœur, un écho profond : ces sympathies s'additionnent; et, par un effet de gravitation mystérieuse, avec la parole de celui qui ose parler, collaborent des millions

; forces cachées qui multiplient sa puissance. Colle lollaboralion latente se manifeste par des effets hors de toute proportion avec les effets que peut obtenir un Ipomme '. >

De même, si nous pénétrons notre conscience du prolifond sentiment de la solidarité humaine, notre vie ïndi-

I 1, Payol, Ce ia Croijan

214 AVANT D'ESTRER DANS LA VtK

viduelle, en se groffant sur la vie humaine, s'épanou et eti die circule l'énergie eociale tout ûuti^-n belle prière que nous connaissions, c'csl celle de Jean d'Arc dematirlaot â Dieu un grand cœur et de nobll pensées. Le but des elTortB incessants de tout inslit leur et de toute institutrice devrait ^tre d'agrand leur cœur, d'ennoblir leurs pensées : d'agrandir cœur jusqu'à vivre d'une vie large, toute de justice 6 de bonté; d'ennoblir leur pensée jusqu'à la confond! avec la pensée des plus purs génies français. Chacu d'eux peut imprégner son âme d'un profond seotiniei d'amour pour la Patrie : amour actif, s'entend, puisqu te seul moyen de travailler efticacement à la grandes de la Patrii', c'est de combattre en soi d'abord, pour h combattre ensuite autour de soi, l'Ignorance, l'envie.r méchanceté, la Laine et l'orgueil, la paresse, le me songe, i-t la sensualité bestiale.

Rien ne donne plus d'ampleur et de force ; pensées et à nos sentiments, que cette considéralii secrète et fréquente de notre profonde solidarité av nos concitoyens, et de la gratitude que nous deronq leur labeur, ainsi qu'au labeur des générations qui qc ont précédés.

* L'ouvrier doit songer k l'intérêt de ceux pour 1 quels il travaille, aussi bien qu'au sien propre; et agissant ainsi, en désirant, au milieu de ses sueurs) de sa peine, servir les autres aussi bien que lui-même, s'exerce an dévouement, il grandit en vertu autant q s'il distribuait l'aumâne à pleines mains. Un tel i: sanctilie, ennoblit les occupations les moins rdevjt C'est chose étrange que les travailleurs ne s(^geDfc i davantage à l'immense utilité de leurs peines, otcherchent pas dans cette réilcxîon un plaisir de bo]

l'organisation du plaisir

I qualité. Cette belle cité, avec ses maisons, ses ameuble- Lments, ses marchés, ses promenades et ses nombreux L établissements, a été élevée par les mains d'artisans et d'ouvriers; ne devraient-ils pas trouver une joie désintéressée dans la vue de leur œuvre! Le maçon ou le charpentier qui passe devant une maison qu'il a construite ne devrait-il pas se dire : * Cet ouvrage de mes « mains procure chaque jour, chaque heure, à toute une « famille, du bien-être et des jouissances, et ce sera encore ■ un doux abri de réunion domestique, un séjour d'affec- € tion, plus d'un siècle après que je dormirai dans la » poussière. 'Une satisfaction généreuse ne devrait-elle pas naître de cette pensée? C'est en mêlant ainsi des idées de bonté à un travail vulgaire, que nous leur donnons de la force et que noua en faisons une habitude de l'âme '. »

Combien ces sortes de réflexions sont faciles à l'instituteur dont l'enseignement peut, s'il le veut, comme une bienTaisante pluie de printemps, faire germer dans les âmes les pensées élevées et les résolutions viriles... S'il prend l'habitude de se mouvoir dans ces pensées de solidarité *, l'instituteur donnera à son enseignement un accent pénétrant ; ses pensées et ses actions acquerront cette surabondance et cette énergie que donne une intime communion avec la Pensée et la Volonté éternelles, dont les meilleurs d'entre nous sont des expressions encore fort imparfaites, Cetle énergie surabondante de pensées et de sentiments, si elle pouvait être constante, constituerait le bonheur parfait.

^ I. ChanninB, De PÉducation personnelle.

S. Voir sur ce sujet notre brochure : Èdacafion de la déma- ' cralie, derniers chapitres.

Il nous serait possible touterois de moins gaspiller le trésor d'énergie qui nous est dévolu. Presque tous nous nous livrons passivement aux impressî monde extérieur. Chacune de ces impressions distrait un peu de notre attention, en émousse la pointe, et en dissipe l'énergie ; nous ne permettons jamais à una pensée, à un sentiment de prendre force ; nos pensées et nos sentiments avortent, faute de temps et de calme pour se développer. Nous faisons comme les enfants trop impatients pour attendre la lente germination des graines, et qui retournent sans cesse la terre pour faire do nouvelles semailles : leur jardinet contient bientôt plus de graines qu'un très grand jardin ne pourrait en nourrir, mais aucune ne vient à maturité.

Arrêtons-nous donc, enrayons cette rapidité d'impressions qui tarit notre énergie. Soyons matlres chez nous et sachons donner aux idées et aux sentiments profondément humuins et, par suite, féconds en bonheur, le' calme qui leur est nécessaire pour éclore.

Maintenant que nous avons étudié les rapports intimes du bonheur et du travail, que nous avoae démontré la radicale insuffisance de l'égolsmeau poial de vue du bonheur, et déblayé des sophismes et àet préjugés qui la cachent, la conception du plaisir, îl nous reste à passer en revue les délnssements de l'instittitrice et de l'instituteur.

En dehorsdu travail imposé, il est nécessaire, pour! plir Ips longs moments de loisir, de ne négliger au< source de plaisir. Mais àcdté des délassements diVf il faut avoir une occupât on fa or te librement choisie 6 laquelle on s'intéresse chaque jour un peu plue, qui finisse par deven r une e p ce de passion. C'est qu'on appelle, en langage fim I cr <a oir une marotte >

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