‹ Aux instituteurs & institutrices: consoils & directions pratiquesChapitre 54 sur 78 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Les délasst^meiitg.

L'insU tuteur a lo choix entre bien des occupations diverses : car il possède un jardin et il n'est pas condamné aus inconvénients qui proviennent du divorce entreles travaux intellectuels et les travaux des champs. 11 se repose des uns par les autres, et tandis que peu ■à peu le fonctionnaire des villes devient nerveux, irrif table, faute d'un développement harmonieux do son ccn-eau et de ses muscles, l'instituteur de la campagne, qui est propriétaire terrien, peut manger le raisin de ses treilles, les poires de ses poiriers, et les légumes de son potager. De plus, il a cet avantage que son travail est toujours vivifié par l'intelligence et par un sentiment d'utilité sociale ; car nécessairement le jardin d'un instituteur consciencieux devient un champ d'expérience. Il peut le soigner avec amour, parce que l'étendue en est modérée, et il doit s'enorgueillir de posséder les plus bellt^s poires, les plus beaux épinards, les plus beaux choux du village. Son jardin, où il saura appliquer avec sagacité les données de la science p agricole, doit Cire un enseignement par l'aspect, de ce

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qu'on gagne à quitter les vieilles routines agricoles pour cultiver avec intelligence *.

L'institutrice elle-même ne négligera pas de faire retourner et fumer son jardin, et, outre ses légumes, elle V cultivera de belles fleurs dont elle ornera sa chambre et sa classe.

Mais le jardin ne peut occuper les sombres semaines d'hiver m les journées de pluie: ici encore l'institutrice et l'instituteur ont reçu dans leur instruction privilégiée de précieuses notions qui manquent aux autres fonctionnaires et aux paysans : ils savent utiliser leurs dix doigts. Ils ont appris le pliage, le tissage, le découpage; ils peuvent se livrer à des exercices d'ornementation; ils peuvent préparer pour la classe une collection de solides géométriques; ils ont le modelage, et ils savent manier mirettcs et ébauchoirs; ils ont le moulage; ils savent travailler le bois : les assemblages à jtti-bois, les enfourchements, les mortaises, n'ont plus pour eux aucun secret; ils savent tenir un carnet de croquis cotés et manier l'équerre et le trusquin; ils savent aussi tourner le bois ou l'argile, travailler le fer; ils peuvent relier leurs livres; ils peuvent, avec un peu de plâtre, faire de jolis travaux de stéréotomie*.

1. Dans la Ilaule-Savoie, beaucoup d'instituteurs ont aménagé des ruches à cadres mobiles tout à fait bien comprises, et les abeilles apportent au ménage une quantité de miel non négligeable. Si nos maîtres comprenaient leur rôle d'instituteurspaysans, ils se feraient une existence vraiment heureuse ; et avec des goûts sains et simples, ils seraient bien plus^ riches que tous ces fonctionnaires des petites villes, que la vanité mal placée, le désir de paraître, de vivre pour des conventions, et pour tromper les autres, qui ne s*y trompent pasy condamnent aux dettes, à la misère, à la lourde inquiétude de l'avenir...

2. René Leblanc, L'enseignement manuel, Paris, Larousse, 2 fr. 50, un gros volume avec figures.

LES DELASSEMENTS

L'institutrice sait broder, tricoter, couper et coudre... bI nous avons vu plus haut quels services elle peut rendre ea organisant cliez elle de petites réunions de jeunes filles laborieuses et désireuses de s'instruire. Beaucoup d'institutrices et d'instituteurs savent dessiner, € Je ne me suis pas ennuyée une minute, écrit une institutrice ; quand je me trouve seule dans la journée, ce qui arrive parfois quand ie temps est mauvais, et quand il n'y a pas de malade dans le village, je dessine. Je compte même dessiner beaucoup quand les jours seront plus longs : cet biver, je me borne le plus souvent à des dessins qui serviront da modèles â mes élèves. J'en ai déjà une douzaine que nous avons suspendus dans la classe et qui font l'admiration des enfants- Si vous voyiez comme ils sont contents, le lundi matin, quand ils trouvent la collecliou augmentée! Peu s'en faut qu'ils ne soient fiers d'avoir

tcbez eux, et pour eux, une artiste pareille! I « Dessiner a toujours été pour moi un très grand plaisir, mais ce plaisir, je ne l'ai jamais goûté comme aujourd'hui. Ce qui me lo rend précieux, c'est qu'il est toujours à ma disposition : j'en puis jouir par tous les temps. Quand la pluie tombe à torrents et qu'il m'est impossible do sortir, je taille mes crayons, et je m'installe devant mon cbevalel. Les modèles ne me manquent jamais, et les champs me fournissent à profusion des l feuilles, des fleurs, des fruits. J'ai dessiné cet hiver une franche de houx et une touffe de gui, que mes élèves n'avaient apportées un jour : j'aurai du plaisir à conr ce dessin. A la belle saison, j'essaierai de repro- : quelques points des spectacles magnifiques que Q'si constamment sous les yeux. •

Uest si agréable dépasser quelques belles après-midi

du jctiili ù illier chercher dans la campagne de jolis croquis, dont on composera ensuite chez soi, à loisir benuv paysaçes'.

Le d<?>i>iin no vaut pas seulement par lui-même, n aussi par le plaisir qu'il donne, en habituant l'esprit ^ observer le monde extérieur, à en saisir l'^lernelle beauté] jusquedans les détails Icsplns minimes: en noi géant à reçiirdcr, le dessin fait naître en nous, peu à pet de l'admiration pour la nature, admiration dont l'homiB iiui passe, sans les voir, au milieu de tant de merveillst ne soupçonne pas les joies sans cesse renouvelées. Nul dispense de notre acLivil6 n'est plus agréable que l'effoi artistique : quel di^lasseraent du métier! quelles belUj heures de vie libre et supérieure nos maîtres peuvet Irouver, seuls avec leur crayon et leur album, en prij scnce de la nature!

Ceux qui ne savent pas dessiner ont la ressource, ' inKrieure toutefois au dessin, do la photographie. La piiotographie nous permet de fixer nos souvenirs d'excursions, surtout si nous joignons ù la photographie quelques lignes, ou quelques mots qui expriment aussi vivement que possible les id(?es et les sentiments éveillés dans notre Ame par le paysage contemplé. Nous aurons ainsi une collection en voie de s'enrichir sans cesse. Ces souvenirs très précis nous permettront de refaire de beaux voyages, de belles excursions les jours de ploie et dans leslongues soirées de tempête l'hiver.

Enfin des instituteurs, et de nombreuses institutrices, trouvent dans la musique dos plaisirs sans cesse à leur portée, et nous en connaissons qui réunissent chez elles

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