Î38 AVAN
pour développer en chacun cet esprit de justice et respect mutuel. Il en résulte que le maître devra ent] prendre de tout cœur la lutte contre les penchants q obscurcissent en nous la claire vision de ce qui est k chacun : ces penchants sont la brutalité, l'irsscibilil la violence, d'une part, et, d'aulre part, l'égoîsme, 1' gueil, qui nous exagèrent notre importance et n( portent à mépriser la personnalité d'antrui. Cette tâï essentielle, c'est la tâche de rinstituteur-éducateur. doit arracher l'âme de l'enfant à l'animalité pour l'élev* à l'humanité.
La démocriitie devant nécessairement se développi dans le sens d'une moralité supérieure, sous peine périr, pour l'instituteur le rôle d'éducateur se coofo] avec le rôle républicain.
Toutefois, il est deus dangers graves de notre é social, que nous devons particulièrement signaler : sont les dangers que font courir au bon sens public à ceux qui sont chargés de la direction des afTaires, I' prit d'envie, et l'esprit de parti.
Vespril d'envie qui a été le mal de la république aV nienne dans l'antiquité, semble aujourd'hui être an n spécial il notre démocratie. Cette envie s'attaque à t( ce qui dépasse le niveau de la médiocrité moyenne. Angleterre et en Amérique, ce sentiment n'existe pas rafime degré que chez nous, parce qu'un homme yi supérieur en tant qu'homme. Tandis que notre press dite d'opposition, s'acharne à critiquer avec animosi quiconque réussit, les Américains sont orgueilleux d^ compatriote qui leur fait honneur, à quelque point < vue que ce soit. Les Anglais et les Américains ne , jalousent pas, comme nous le faisons en France. D'aba ils considèrent l'énervement produit par l'envie comn
LES PRINCIPES BIRECTEUHS
un a d'aiTaiblisfiement, et comme une perte de t mp 1 l mps passé à médire, à calomnier, à chercher D ent toutes les raisons qui peuvent amoin-
lutn
L n t une dégénérescence de l'émulation; elle
est un signe de dé courage m ont. Le succès d'aotrui donne aux volontés Tories comme un coup de fouet qui les excite à redoubler d'énergie; pour de telles !5mes ce succès n'est qu'un encouragement, une preuve palpable de ce qu'on peut faire si on veut sérieusement agir. Pour les volontés nonchalantes, au contraire, le succès d'autrui est un blûme direct, et comme l'amour-propre est tenace, on ne veut pas, même devant soi-même, accepter la le*;on ni le blâme : on se met, avec une mauvaise humeur amusante pour le raorahste, à atiênuer le succès d'autrui qui gène et à l'expliquer par des circonstances extérieures imprévues, par le manque de scrupules, en un mot par la malhonnêteté et par le hasard.
Le grand dommage causé par ce triste travail intérieur, c'est qu'on tue en soi le désir du mieux, et qu'on empêche, par avance, les bons mouvements, les élans causés par l'émulation; aussi l'envieux devient-il de plus en plus impuissant, et par suite, de plus en plus envieux. C'est un cercle infernal d'où il est diflicile de s'évader '.
I. Si le regard pénétrait «iaas les plis caetiés de la. ci peut-être révélerait-il que, même chez lea meilleurs, le premier mouvement, en présence du succès d'autrui, d'un ami, si l'on veut, est un mauvais muuvemeut.
Mais nous ne sommes pas responsables des inslincta bestiaux qui grouillent en nous, et qui nous ont été légués par nos aati~ très en voie d'opérer leur évolution hors de l'animalité ; peu importe le premier mouvement! .N'oua ne sommes responsiries
201» AVAKT D'KNTRER DANS LA VIE
L'ellV-t de l'envie sur autrui est aussi très fâcffl Cette envie, en s'expriment, éveille la haine sourde dei autres envieux qui sont légion. Une opinion publiques*
crée, qui tente de paralyser loule initiative. Est-ce m auteur nouveau qui apparaît? Vite, on cherche à l'acca bler sous les critiques malveillantes. Est-ce un inven tenrî on le confond avec les pires charlatans. Heurcu sèment, l'envieux, qui est toujours un paresseux, m prend pas la peine d'asseoir solidement ses insinuations, et il remplace volontiers les raisons par def injures : or les injures ont cessé d'èlro dangereuses. par l'abus qu'on en fait.
Toutefois, l'envie tue chez nous l'esprit d'entreprise. Toute entreprise, quelle qu'elle soit, étant toujours considérée comme véreuse, les capitaux deviennent timides et s'immobilisent, tandis que chez nos adversaires commerciaux et industriels les initiatives fécondes abondent, énergiquement soutenues par l'opinion et par l'épargne. Là est le danger national, rendu mena Çant par le développement de l'esprit d'envie.
En lui-mémo, cet esprit est inquiétant, car sa cause essentielle c'est la paresse : • Ceux qui, tout en désirant ce que les autras possèdent, n'emploient aucune énergie pour l'acquérir, ceux-là se plaignent incessamment de ce que la fortune ne fait pas pour eux ce qu'eux-mêmes n'essaient pas de faire. Ils débordent d'envie et de malque du dcutiâme. Les natures droites et énergiques profilenl de l'émoi tout nnimal cauâé par le succès d'autrui, comme d'un âlao pour mettre en branle des sentiments supérieurs et pour fortitier leur éni^rgie; chez les natures médiocres, le second mouvement, au lieu d'être un changement de direction du premier, en est la continuation. Ils pensent el sentent, comme pen saientet se niaient leurs anoêlres non encore BOrlis de la a" ' zoo logique.
LES PRINCIPES DinEGTEURS 281
veiliance contre ceux qui possèdent ce qu'ils aimeraient avoir.
• L'envie se développe comme un trait de caractère natioual d'autant plus que le succès dans la vie passe pour fatalité, d'autant moins qu'il passe pour la récompense d'un eflbrt. Les êtres les plus envieux de la terre sont les Orientaux'... •
L'instituteur ne manquera pas de revenir souvent sur les dangers immenses, pour le pays, de l'esprit d'envie, et il saura les exposer avec force.
L'esprit de parti n'est pas moins funeste. Rien ne résiste à cette gangrène des États républicains, ni l'esprit de justice, ni même simplement l'esprit. Un homme inféodé à un parti renonce à son libre jugement, à aa libre décision; il devient l'esclave des opinions qui font la cohésion de ce parti; il en épouse les violences, les injustices, les folies. Aucune question ne se pose sainement devant un esprit dévoyé par l'esprit de parti. On a tort ou raison devant lui, non parce qu'on a tort ou raison en réalité, mais parce qu'on est pour ou contre le parti.
L'esprit de parti a perdu la Révolution, et, quand un historien sincère essaie aujourd'hui, ainsi que nous l'avons dit, de découvrir en quoi consistaient les désaccords qui ont conduit les partis révolutionnaires à se décimer par la guillotine, il ne trouve pas, et il demeure stupéfait de la folie de nos prédécesseurs qui se tuaient pour des nuances qui nous échappent
Quel cliagriu pour une âme patriote que ce gaspillage de vies humaines, qui a affaibli la France, et préparé les voies à la dictature! Oui, l'esprit de parti est comme une épidémie morale qui dte la raison auK plus intelli-
^Li. SI