CHAPITRE IV
Les principes dïrecteors : les devoirs de rinstitateur en tant qa'homme.
la la vigiluncB.
Lorsque nous comparons avec notre condition la vie ! misérable de nos lointains ancêtres, nous sommes tout \ d'abord Trappes de l'oppi-ession que Taisait peser sur eux leur ignorance des lois nécessaires de l'Univers. Les grands phénomènes de la nature, qui éveiUent à un haut ^ degré notre sentiment du sublime, excitaient une sorte de terreur douloureuse. Cette terreur constituait, sous ' la variété des émotions diverses, comme un accompagnement Tondamental et persistant.
L'arrivée de la nuit, qui marque pour nous l'bcuro des
joies de la famille et du repos, ramenait autour d'eux les
hurlements des bfiles féroces, et, en eux, une recrudes-
L cence d'inquiétudes : les dangers réels que recelait
I l'obscurité ne suTlisaient pas, ils la peuplaient encore
[ de dangers imaginaires.
it, les efforts de millions d'observateurs et de savants nous ont adrancliis. Nous savons maintenant que cette nature, en apparence si désordonnée, obéit fi dus lois éternelles, immuables. Dans ces lois, lentement déchiffrées, nous trouvons des collaboratrices bienveillantes, souples et dociles h servir qui leur obéit.
Saisis par l'ordre admirable que nous découvrons non seulement parmi les phénomènes cosmologiques et physiques, mais encore parmi les quatre cent mille espèces végiïlales et parmi les six cent mille espèces animales en qui s'épanouit la nature terrestre, nous nous sommes élevés jusqu'à la conception d'une nature divine calme, éternellement identique avec elle-même, qui n'agit que par des décrets immuables. Combien cette conception n'est-elle pas plus rassurante que celle du Dieu que se figuraient nos ancêtres, Dieu despotique, vindicatif, jaloux, quinteux, intervenant constamment dans les affaires humaines, pour en détourner le cours naturel, et jugeant les hommes, non sur l'ensemble des efforts de la vie entière vers le bien, mais sur l'étal do la conscience à l'instiint de la mort, instant d'ailleurs fixé par lui !
Par conséquent, la première conquête qu'a faite l'humanité, condition de toutes les autres c'est la découverte d'un ordre éternel; c'est la confiance en la nature considérée non plus comme une ennemie, mais comme une collaboratrice d'une puissance prodigieuse, à qui toutefois l'humanité doit arracher, un par un, ses secrets.
Quel calme nous est venu de savoir que tout, dans l'Univers, est soumis à d'immuables lois! Celte connaissance a affranchi notre esprit de toute vaine terreur, et elle assure à l'intelligence humaine la royauté consti-
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tutionnelle du monde, c'est-à-dire la souveraineté par l'humble obéissance aux lois naturelles.
L'instituteur devra se pénétrer de cette idée de l'ordre immuable des choses, alin d'en pénétrer ensuite la conscience populaire et do l'alTraDchir, du même coup, de toutes les superstitions malfaisantes.
Nulle idée, d'ailleurs, n'est plus propre à calmer les impatiences et à préparer l'esprit à accepter pour la société, l'idée de lois lentes et immuables qu'il faut respecter si l'on vent construire et non bouleverser. Les instituteurs gagneront en outre à cette considération un respect ému pour la science qui démêle avec une patience tenace l'éche veau si compliqué des lois naturelles; noua disons respect ému, parce qu'en réalité, ce respect s'adresse au touchant spectacle delà solidarité humaine. Chaque génération accroît le trésor des connaissances communes, et des milliers de savants apportent à ce trésor commun le fruit de leur labeur et de leur courage. Comment oser parler de banqueroute de la science, quand la science représente le résultai des elTorts solidaires de toute notre race, et quand elle nous a affranchis et qu'eUe nous a révélé l'ordre et la beauté des choses!
Non seulement les efforts solidaires des penseurs nous ont débarrassés des vaines terreurs, mais du même coup, en habituant la pensée k l'observation des choses, ils l'ont habituée à l'observation des sentiments et des idées; observation si tardive dans le développement de l'humanité et dans le développement individuel I Ils l'ont habituée à induire et à généraliser sainement.
La vie des premiers hommes était misérablement
bornée au présent. N'ayant aucune idée de l'ordre de la
nature; croyant à l'intervention capricieuse et incessante
de puissances bienfaisantes, ou plus habiliiullement,