‹ Aux instituteurs & institutrices: consoils & directions pratiquesChapitre 65 sur 78 · AVANT DE · texte numérisé non relu

AVANT DE

malfaisaules, ils ue pouvaient reposer leur pensée : ]'»veiiir, qui éLait tout 6 fait incertain. De pins, î triomphe brutal de la force, la dcfecluosité des arrange monts sociaux, rendaient le lendemaio inquiétaDt, surlendemain redoutable. Dans de telles conditions, coa ment s'étonner que chacun se contentât de vivre dans H présent et pour le présent? Au contrairo. notre pens^ se reporte fort avant dans l'avenir : nous savons noiâ priver d'un plaisir parce que nous songeons à notK vieillesse et à la maladie possible ; nous faisons de lonf sacrifices pour élever nos enfants... La prévoyance ( donc une des grandes acquisitions humaines; la prévoyance, c'est-à-dire notre affranchissement de l'immédiat, et notre libération dans le temps.

L'esclavage de l'esprit enfermé dans le présent, et tôt b, SCS idées et à ses sentiments actuels, prend ti forme que l'imprévoyance. L'imprévoyance, c'est courte vue quant à l'avenir; la routine est la courte vid quant aux leçons h tirer du passé. La routine résulfl d'observations superR ci elles considérées comme pn bantes, de généralisations hâtives, d'absence d'esprf scientifique, c'est-à-dire d'esprit de critique. Elle estl résultat d'une puissance intellectuelle très amoindrïl d'idées étroites et de l'entêtement inévitable des esprifi bornés.

Heureusement, nous pouvons > frotter », conime i Montaigne, nos cervelles à des cervelles étrangères : lecture, l'etiseignement, nous fournissent la possîbilïfl de nous affranchir des idées reçues autour de r d'entrer en commerce avec les plus vigoureuse! licences humaines. Les âmes viriles peuvent allui leur enthousiasme à la flamme sacrée des génies 1 plus nobles, el trouver ainsi la force de braver l'op^

LÈS PRINCIPES "DlftECtEUUs.

nioD publique de leur temps et de franchir le cercle des idi'ps, des usages étroits qui menaçaient de les parquer avec le commun du troupeau.

L'Univers tout entier, ainsi que tout le passé qui va se perdre dans la nuit des temps préhistoriques, sont ouverts à tous.

D'où nouvel affranchissement de l'esprit, et apport d'uni! riche moisson d'observations et de gonéralisa lions dcsf]ue)les l'humanité peut tirer de nouvelles vues de génie : cet affranchissement marque, dans le progrés humaiu, l'avènement de l'imagination créatrice et le recul de la mémoire imaginative.

Cette llhération do la pensée a des conséquences morales immenses, car, en l'éclairant, l'homme a affranchi sa propre volonté; nos actes ont cessé d'être à courte portée. Entre la poussée des appétits et leur sutisfaction immédiate et violente, l'expérience nous a enseigné ù mettre un intervalle, à réfléchir d'avance aux conséquences de notre action. Notre conduite est devenue, d'impulsive, délibérée. Le lent passage de l'acte violent et immédiat à l'acEe réfléchi, marque une conquête capitale pour nous, la conquête de notre liberté morale. Nos instincts brutaux ont enfin cessé de faire la loi en nous, et peu à peu, les animaux irascibles, orgueilleux, paresseux, violemment sensuels qu'étaient les premiers hommes, ont fait place à des êtres plus doux, moins dédaigneux de la sensibilité d'autrui, plus actifs et ouverts à des plaisirs supérieurs aux grossiers plaisirs des sens. Du point de vue égorste, duquel on considère la société comme un champ clos où triomphent les plus habiles et les plus forts, l'humanité s'est élevée, par une vue pins soine do la réalité, à l'idée do la solidarité de tous les hommes

d'une mému gi!'néraUon el des générations entr^ elles,

A l'orgueil du propriétaire d'esclaves ou du baron ait milieu de ses serfs, et qui se croyaient d*uiie aulr^ essence que le commun des hommes, asuccédé l'orgiieS du manieur d'argent : mais c'est la dernière étape dani l'inhumanité, parcequo les conditions de la vie moderne ont rendu manifeste la dépendance sociale des individus

Nul ne peut ignorer que sans la communauté de^ elTorts, chacun serait en proie à une misère physique îrilellectuelle et morale irrémédiable. On commence A voir que la fortune est un larcin fait à la société, lorsqu celui qui la détient ne la considère pas coni fonction sociale; on découvre de plus en plus que 1 personne humaine, que l'intelligenc*, que la volonté que la bonté ont une valeur infiniment supérieure celle de l'argent. A l'orgueil, qui est le grand obstach à la solidarité, fait place dans les âmes d'élite le senti ment profond et religieux de notre intime dépendance non seulement de tous ceux qui nous entourent, i encore des générations qui ont précédé la nôtre. Cett dépendance acceptée n'est autre chose qu'une dei grandes idées religieuses : celle de la fraternité j fonde d'une humanité qui est elle-même l'expressioa 1 plus haute du principe divin et éternel des choses.

Celte notion de solidarité est encore toute neuve à le monde : elle est comme une Afrique nouvelle d.OI on n'a guère visité que le littoral. L'effort essentiel C l'instituteur doit être d'en tenter l'exploration palîenl et i'écondo. Bien comprise, cette notion doit transforme lu conscience morale ■ elle nous amène, ainsi que noii levons esposè plus haut, h iiiintiigrer dans les devoir de justice stricte, ce qu'on appelait les devoira

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