‹ Aux jardins de Murcie; pièce en trois actes. AdaptéeChapitre 29 sur 61 · SCENE II Les mêmes et Don Fulgencio, entrant par la gauche · texte numérisé non relu

SCENE II Les mêmes et Don Fulgencio, entrant par la gauche

Don Fulgencio. — Dieu soit dans la maison du père Maticas !

Domingo. — Et avec vous aussi, Don Fulgencio. Voulez- vous entrer?

Don Fulgencio. — Non. Restons ici au frais. La treille est le salon des gens de la Huerta.

FuenSANTICA. — - Bonjour, docteur.

Don Fulgencio. — Holà ! Fuensantica ! Tu soignes les petits vers à soie?

Fuensantica. — Je leur donne la pâture.

Don FulgeNCIO. — Et tu peux t' occuper de ça, toi, avec tes frêles petites mains?

FUENSANTICA. — Les vers à soie veulent les soins de la femme, de même que les petits enfants. Je les ai là, au soleil qui les réjouit.

Do'^ FuLGENCIO. — Ont-ils déjà fait leurs quatre

mues

FuENSANTICA. — Mais c'est trop tôt!... Ils s'éveillent de la troisième.

Don Fulgencio. — Et ils s'éveillent en bon état?

FuENSANTICA. — Si VOUS les voyiez, comme ils sont ieaux et guillerets !...

Anton. — Cette année, tous fileront leur cocon.

Domingo. — Il faut l'espérer.

Don Fulgencio. — Il y aura bonne récolte.

FuENSANTICA, sautant. — Oh ! quel plaisir !

Don Fulgencio. — Comme tu serais belle si quelqu'un t'habillait avec toute la soie qui sortira d'ici !

FuENSANTICA. — Mon amour pour ces petites bêtes... mon plaisir de les soigner me suffisent; mais, parfois, je pense aussi qu'on emporte ces cocons loin, très loin, qu'on les file et qu'on les teint... et alors, je me dis pour moi seule : lorsque les belles dames trament leurs robes si longues sur les parquets des grandes maisons, peu d'entre elles soupçonnent qu'elles doivent ce luxe à l'amour et aux soins d'une petite paysanne restée dans la Huerta.

Don FulGENCIO. — Allons, quel grelot elle a cette petite. {S'asseyant, à Domingo.) Et ton garçon, n'est-il pas ici?

Domingo — Je lui ai recommandé de ne pas tarder...

FUENSANTICA. — Il est sorti plein de courage...

Domingo. — Aujourd'hui, il ne tient pas en place. La joie remplit son âme et il a voulu aller avec ses camarades; il les a invités et il doit être en train de festoyer avec eux.

Don FuLGENCIO. — Ta, ta, ta !... Attention à cela, beaucoup d'attention, car ton fils n'est pas en état d'aller à cette allure... Rien de mieux que de lui procurer de la joie et qu'il voie ses désirs satisfaits; cela lui reposera l'esprit et nous lui aurons donné la meilleure médecine; mais pas d'excès imprudents.

Domingo. — Je dois tâcher de le contenter...

Don Fulgencio. — Même sa satisfaction de maintenant, il doit la savourer avec calme ; des amours reposées et tranquilles et nous verrons après si nous pouvons aller jusqu'au mariage. Je te le dirai.

Domingo. — J'y compte bien.

Don Fulgencio. — Je l'ai observé, ce matin pendant la messe, ensuite chemin faisant, et finalement ici.

Domingo, avec anxiété. — Et qu'est-ce que vous en dites?

Don Fulgencio. — Il n'est pas bien. Je n'assure rien encore, mais je crains...

Domingo. — Vous savez que je suis disposé à donner tout mon bien pour payer sa guérison. Et vous le guérirez...

Don FULGENCIO. — Tu n'auras pas à me payer de tout ton bien, pas plus que je ne puis répondre de sa guérison. Jusqu'à maintenant, je ne suis guidé que par des conjectures. Je suis venu pour l'examiner. Quand je l'aurai ausculté, nous parlerons.

Domingo. — Je vais le chercher.

Don FulgencîO. — Laisse-le venir.

Domingo. — Mais, s'il s'attarde... Tout à l'heure, sa fiancée va venir avec ses parents et d'autres personnes pour signer l'engagement et assister aux accordailles.

Don FuLGENCIO. — Vous pourriez bien laisser ça pour un autre jour.

Domingo, — Nous ne savons pas quand on pourra aller à l'église et, à tout hasard, il vaut mieux, docteur, pour pins de sûreté, que l'affaire soit bien nouée et enchaînée. Je vais chercher Xavier.

Don FulgencîO. — Bon, va et amène-le.

DoMîNGO, à Anton. — Toi, tiens compagnie à Don FulgencîO.

Anton. — Entendu.

DoMJNGO, qui s'en allait et qui revient. — Et à moi, Monsieur le Docteur ?... A moi, vous me direz bien toute la vérité ?...

Don Fulgencio. — Certainement, à toi je la dirai tout entière.

Domingo. — Je vais chercher mon fils.

{// s'en va.)

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