SCENE III
Les mêmes, moins Domingo.
FUENSANTICA, s'en allant. — Moi, avec votre per mission...
Don Fulgencio. — Viens ici. Tiens-moi compagnie, pendant que j'attends... A moi et à l'alcade.
FuENSANTICA. — Moi, de quoi voulez-vous que je vous parle?
Don Fulgencio. — Conte-nous tes amours. (A Anton en riant.) Je suis son confident. {A Fuensantica.) Et comment vont-elles, tes amours? As-tu vu aujourd'hui Jusepico?
Fuensantica. — Deux fois déjà, et d'ici peu, ça fera trois.
Don Fulgencio. — Et quand est-ce qu'il t'enlève?
Fuensantica. — Ah ! ça... c'est à voir !
Don Fulgencio, à Anton, en plaisamcnt. — Elle s est mis dans la tête qu'on doit l'enlever.
Anton. — Ici, dans la Huerta, nombreuses sont les jeunes filles qui filent avec leur fiancé.
Don Fulgencio. — C'est une vilaine coutume.
Anton. — L'autorité ne peut pas l'empêcher.
Don Fulgencio. — Elles fuient leur maison, se cachent dans celle à côté et le lendemain s en vont à l'église.
Fuensantica. — Et la bénédiction du curé efface tout.
Don Fulgencio. — Ah ! petite tête d'amadou !
Mais Jusepico ne fera pas pareille sottise ! Veillez sur eux, père Anton !...
Anton. — Comme ils ne préviennent pas...
Don Fulgencio. — Qui sait? Cela peut avoir lieu bientôt, n'est-ce pas?... A quand la fuite?
Fuensantica. — Peut-être tout à l'heure... Mais à vous, je ne le dirai pas.
Don Fulgencio. — Patience, petite, patience...
Anton. — Toutes sont pressées.
Fuensantica. — Pressée de me marier? C'est vrai, oui, je le suis. Pour en finir avec les ennuis et les brouilles, pour ne plus voir des gens se regardant de travers; pour rire toute la journée, chose que je ne peux pas faire ici, dans la maison de mon parrain, où le rire paraît un péché mortel ! Je veux qu'on me conduise à la promenade, à la foire, aux processions, parée de mon châle à fleurs, de mon chignon à fleurs et de mon visage
en fleur, et aussi pour que cette chanson qu'on chante ici, et que toutes les jeunes filles nous savons, soit la vérité (1) .
Le jour où je me marierai Je serai la fiancée, dame !
Et du chocolat je prendrai Comme une belle dame.
Don FulgeNCIO. — Vive, vive la fiancée!... On dirait un vrai pétard qui éclate ! Cette humeur lui passera.
Anton, agitant la main. — En digérant le chocolat.
Don FulgencIO, riant. — C'est ça; vous ave? raison.