SCENE III
Les mêmes, Pepuso, vêtu du costume caractéristique de la Huerta de Murcie: larges culottes blanches, ceinture rouge, gilet clair, foulard de soie noué autour de la tête, chapeau calafies et mante sur l'épaule.
Pepuso, entre ses dents et mâchant un cigare. — Maudite soit la semence des fripouilles !...
Anton. — Qu'y a-t-il, Pepuso? Tu rages déjà?
Pepuso, durement. — Ma mère m'a fait ainsi.
Anton. — Et toujours avec tes belles culottes, quand les quitteras-tu ?
Pepuso. — Ça ne te regarde pas, tout alcade que tu sois !
Anton. — Mais personne ne s'affuble plus de cette façon.
Pepuso. — Il me plaît d'être vêtu ainsi, et nul ne me dépouillera des habits qui sont sur moi. Avec ces culottes ma mère m'a mis au monde... Je les porterai quand on me donnera les saintes huiles et ce n'est pas près d'arriver. Je ne vous empêche pas de vous habiller comme bon vous semble. Pour ceux qui veulent s'empaqueter de toutes les fantaisies de maintenant, le tailleur est là pour sangler les côtes à faire craquer les coutures... Moi, je m'habille selon mes goûts et mes sentiments, je suis fidèle à notre vieux costume, larges
culottes, boutons de chemise en or fin, mante sur l'épaule jusqu'à la Fête-Dieu et je m'en fais gloire, comme de ce tabac de contrebande... quoi qu'il ne brûle pas. Ah ! malédiction, c'est ainsi que nous devrions tous être.
Anton. — Quel sauvage tu es resté.
PepuSO. — Tu ne me changeras pas.
Anton. — Que Dieu te garde !
Andres. — Et qu'il vous calme.
Pepuso, entre ses dents. — Allez-vous en à tous les diables !