‹ Aux jardins de Murcie; pièce en trois actes. AdaptéeChapitre 6 sur 61 · SCENE IV Pepuso, Roque et jeunes gens · texte numérisé non relu

SCENE IV Pepuso, Roque et jeunes gens

Roque, quand Anton, Andrès et les autres sont sortis. — Qu'est-ce que c'est que cela, père Pepuso ? Que se passe-t-il?

Pepuso. — Il se passe... il se passe qu'on ne peut plus vivre ici et qu'un homme s'y damne à force de rager! Plaise à Dieu qu'une nuée de sauterelles, ou même d'éléphants nous réduisît tous en poussière, moi le premier, le père Maticas le deuxième et tous les autres ensuite!

Roque. — Comme vous avez raison !

Pepuso. — Et voilà qu'après tous ces embêtements, des jeunes gens viennent vous demander s'il se

passe quelque chose ?... Malédiction ! On dirait que vous avez été nourris avec des pépins de coing.

Roque. — Allons donc ! c'est du piment en poudre que nous mangeons.

Pepuso. — Ça ne vous démange guère.

Roque. — Avec ça, que nous ne nous grattons pas !

Pepuso. — \'ous vous grattez en cachette, alors ?

Roque. — Nous ne pouvons pas faire autrement.

Pepuso. — Vous ne pouvez pas faire autrement?.-. Parce que vous ne me suivez pas. Moi,... vous savez où j'ai été ? Eh bien ! je n'ai pas changé depuis le temp? où je soufflais dans mon clairon à me rompre les veines du cou, là-haut, sur la colline de la Crête-du-Coq î On avait encore du sang dans les veines dans ce tempslà et on se révoltait ! Oui, je suis resté le même, moi. et si j'avais le pouvoir d'arranger les choses à ma guise... une nuit flamberait une maison, une autre nuit une grange, et puis un champ de maïs... toute la province y passerait.

Roque. — Ce n'est pas possible.

Pepuso. — Précisément parce que vous n'avez pas de sang dans les veines. Il n'y en avait qu'un qui savait faire jailhr de vous des étincelles, à force de battre le briquet, c'était le jeune Pascualo ; mais depuis qu'il est parti, notre Pencho. vous êtes comme le troupeau qui sent le loup.

Roque. — C'est vrai.

Pepuso. — Les autres savaient bien pourquoi ils le faisaient fuir. Mais attendez, car si le garçon a du sang...

Roque. — S'il a du sang...

Pepuso. — S'il en a, il reviendra, et bientôt. Je lui ai envoyé une lettre... Parce que nous nous écrivons...

Roque. — Oui, nous le savons.

Pepuso. — Je lui dis sur ce papier des choses qui lui incendieront l'âme. Je lui dis, oui, je lui dis : « Ici, tous tes amis sont persécutés. Ton père, on le bafouille et on le vole, ton frère est obligé de travailler aux mines. Et, en plus de ton bien qu'on pille, on te souffle ta fiancée, qui est déjà celle d'un autre... » Il me semble que si un pareil chambard ne le ramène pas à toute vitesse...

Roque. — Pour le père et le frère, soit ; mais pour la fiancée, vous vous trompez, Maria del Carmen n'oublie pas Pencho.

Pepuso. — Comment, elle ne l'oublie pas, elle qui aujourd'hui n'a de regards que pour le fils du père Maticas !...

Roque. — Ce n'est pas elle... Ce sont ses parents qui...

Pepuso. — Ce sont ses parents qui l'ont obligée à rester au chevet de Xavier ? Allons donc ! si elle est aux petits soins pour ce garçon depuis dix mois... Si elle a

essayé de le guérir de sa blessure, c'est que ça lui plaisait.

Roque. — Mciis la pauvrette a fait cela pour amadouer les Maticas et qu'ils ne tentent rien contre Pencho.

Pepuso. — Tu crois, toi, qu'une femme est capable de tout cela ?

Roque. — Certainement ! et de bien plus encore si le sort de son amoureux est en jeu.

Pepuso. — Es-tu nigaud ! Moi, je suis moins naïf, jamais une femme ne m'a fichu dedans.

Roque. — Vous en avez aimé beaucoup ?

Pepuso. — Aucune !... Tu vois donc si je dois bien les connaître ! Quant à la fille du père Migalo... Rien n'est plus clair ! Pourquoi faisait-elle aujourd'hui ce que je viens de lui voir faire ?... Oui, je l'ai vue, moi !... pourquoi cette quête pour faire dire une messe de santé en faveur du fils Maticas ?

Roque. — Non, père Pepuso, si elle désire si ardemment la guérison de Xavier, c'est seulement pour arranger les choses, pour que Pencho revienne et qu'ils puissent se marier !

Pepuso. — Tu verras qu'il y aura mariage avant que celui d'Oran soit là ! Et ce sera tant mieux, car après Pencho reviendra et de rage il chambardera tout ici comme je le demande à Dieu depuis si longtemps.

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