‹ Aux mains de l'AllemagneChapitre 3 sur 7 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

Ce n'est pas seulement par des scènes analogues que la barbarie teutonne nous est révélée ; c'est aussi par les choses que le captif a vues et entendues au cours de sa captivité . Dans ses récits, les épisodes se succèdent, toujours plus révélateurs et plus suggestifs, mêlés de portraits de personnages dans l'àme desquels brille rarement une flamme de compassion et de générosité. Pour une ou deux figures à l'expression bienveillante, on voit se multiplier des visages méchants et, dans la plupart des yeux, s'allumer la haine. Elle se manifeste parfois en des scènes révoltantes, celle-ci par exemple :

« M..., un charmant garçon, originaire du Midi, amputé comme moi, revient du pansement. Les deux infirmiers qui le portent secouent le brancard avec force ; ils vont comme des fous à travers les couloirs. Le malheureux, opéré depuis peu, craint l'hémorragie. Mais les infirmiers n'en ont cure. Ils font S'Enter plus haut, balle vivante et doulou-

reuse, le corps affaissé et meurtri. Et ce deviendra leur méthode. Ils l'appliquent bientôt sur une grande échelle. »

On dirait que ces barbares veulent se venger sur les blessés de n'avoir pu conquérir Paris comme ils s'en étaient flattés.

Ainsi ce livre émouvant écrit en marge des opérations militaires n'en est pas moins terriblement révélateur. Dans l'exemple d'un seul de nos blessés prisonniers, il nous montre ce que le grand nombre a dû souffrir. Je n'en dirai pas davantage pour ne pas atténuer les impressions diverses et profondes qu'éveillera chez le lecteur la lecture de ce livre oti l'on sent la vérité couler à pleins bords. L'auteur nous l'expose avec une simplicité qui la rend plus saisissante et, si j'ose dire, plus pénétrante et plus incontestable.

En achevant ces pages qu'elle éclaire d'une si vive lumière, je me suis senti dans le même état d'âme qu'après la lecture que je fis pour la première fois, voici déjà long-

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