ET APRÈS
Eh bien ! après l'exposé de ce bilan vital — bilan qui doit nous réjouir, parce que la balance à notre crédit se chiffre à 50,000 vies humaines de plus, ce qui, estimé au minimum de sa valeur économique, représente $1,000. par tête, ou $50,000,000 d'excédent annuel — ce bilan vital, dis-je, doit aussi nous porter à réfléchir et à nous demander :
Que faisons-nous de ce surplus? En d'autres termes, la province s'agranditelle en proportion de l'accroissement de sa population ? La terre reçoit-elle la part qui lui revient de droit de ce surplus, soit environ 50 pour cent ou 25,000 colons ? Les chancres urbains n'attirent-ils pas une proportion trop forte de travailleurs, que le sol réclame ? Combien de cantons nouveaux sont ouverts à la colonisation, chaque année, où pourrait se déverser le trop plein des vieilles campagnes ? Quelles sont les paroisses qui ont pris l'initiative
de fonder une société de colonisation, ayant pour but d'aider à rétablissement de colons ? Quand et où l'initiative privée, dans nos campagnes riches, a-t-elle songé à fonder un crédit agricole pour aider les jeunes gens à se créer un foyer ? Sur les 300 académies de cette province (où les élèves reçoivent généralement une formation commerciale) s'en trouve-t-il dix où l'agriculture soit à la base de l'enseignement ?
Voilà des questions fort pertinentes, je crois, et qui méritent considération, si l'on veut placer sagement cet avoir vital qui boucle notre bilan, chaque année, dans la province de Québec.
Ce sont là problèmes tout posés pour les économistes qui s'intéressent à notre développement agricole et, partant, à une plus grande prospérité générale. Il est assez rare que l'on soit en peine de ses richesses, en ce bas monde. Il y a toujours moyen de placer ses capitaux, mais l'important est de savoir comment les
placer pour qu'ils s'accroissent davantage.
Nous sommes riches en capital humain.
Le plaçons-nous à bon escient, pour notre plus grand bien? Ce problème est l'un des plus importants qui se pose à notre attention, à l'heure actuelle. Nous possédons dans nos mains des éléments de force que nul ne peut nous enlever, même nos adversaires les plus acharnés. Saurons-nous les canaliser pour en obtenir le maximum de rendement?
Encore une fois, je laisse la question ouverte aux économistes et aux vrais amis de la race.
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*N gourmet, je viens de déguster par petites tranches, comme un gâteau des anges, les neuf chapitres de l'opuscule du Dr Aurèle Nadeau, sur la Grande erreur du pain blanc.
Ce fut une neuvaine salutaire en même temps qu'un régal littéraire qui couronna, au foyer, neuf jours de menu statistique — puisque ma tâche quotidienne consiste à présenter au public ce mets riche en arguments solides qui s'appelle la statistique officielle. Il n'en coûte nullement à mon amourpropre de confesser que j'ignorais à peu
(1) Article écrit à la suite de l'apparition de la 44 Grande erreur du pain blanc ", du Dr Aurèle Nadeau, en 1916. Cet opuscule a été distribué à plusieurs milliers d'exemplaires, par le gouvernement de Québec.
près complètement que le pain blanc est ce pelé, ce galeux d'où nous viennent tant de maux. Piqué au vif par le titre apparemment paradoxal de la brochure cardinale, j'en entrepris la lecture avec un brin de scepticisme.
Aujourd'hui, je crois à la grande erreur du pain blanc, et tout le mérite de cette conversion revient au savant hygiéniste, dont la doctrine alimentaire est aussi appétissante et nourrissante que le bon pain d'habitant.
S'il est vrai de dire que le Ciel se réjouit plus à l'arrivée d'un pécheur converti que du triomphe final de quatrevingt-dix-neuf justes,le médecin beauceron a droit de se féliciter, et il mérite aussi les congratulations de ses compatriotes pour l'œuvre méritoire qu'il a accomplie.
De plus — et ceci ne gâte rien à la sauce — il a su donner à son travail une forme originale et dire de grosses vérités, en les assaisonnant du meilleur sel gaulois. A mon sens, c'est encore le moyen le plus sûr de faire avaler la pilule sans trop de
grimaces : la science, tout comme la vertu, ne doit pas avoir une enveloppe de porc-épic, quand on veut la populariser, la vulgariser.
" Pour lire en attendant bébé ", " La constipation habituelle et son traitement par le régime ", et " La grande erreur du pain blanc " constituent une trinité d'études hygiéniques de la plus haute importance, et dont la race devra profiter grandement, grâce au patriotisme éclairé du Dr Aurèle Nadeau, leur auteur.
Le gouvernement de cette province a fait distribuer libéralement le dernier au sein de la population avide d'enseignements éclairés et de conseils marqués au coin de la sagesse.
Autrefois, nos pères semaient du blé et les convives de la table québécoise connaissaient le fumet du savoureux pain d 'habitant , riche en principes nutritifs. Sans être bonhomme, je me rappelle ce temps-là.
Pourquoi a-t-on abandonné cette coutume pour recourir à la, fleur forte qui donne cet anémique gâteau d'amidon que Ton appelle généralement pain de boulanger?
A cause sans doute de l'appauvrissement des terres que Ton a exploitées en esclave, sans leur rendre les éléments enlevés, et ensuite parce que les minoteries de TOuest canadien ont enfariné notre marché, grâce à la modicité du prix de ce produit saigné à blanc, c'est le cas de le dire, par des cylindres multiples, et aux facilités de transport fournies par les voies ferrées qui relient aujourd'hui l'Est aux prairies de l'Ouest.
Avec la campagne du retour à la terre et la croisade d'une production agricole intense qui se prêche depuis l'ouverture des hostilités sur le Vieux continent, il est heureux de constater que le blé a reçu sa bonne part d'attention, chez les cultivateurs de la province de Québec.
Il était temps, grand temps, que l'on s'en occupât, car le blé était en train de disparaître du groupe de céréales que
nous cultivons. Encore cinquante ans de ce régime d'oubli et nos petits-fils auraient été forcés de se rendre aux musées agricoles pour faire connaissance avec le grain de blé !
Pour preuve, on n'a qu'à se référer au chapitre de l'agriculture de Y Annuaire Statistique de la province de Québec et constater que, de 1830 à 1914, sa production a constamment diminué. La superficie ensemencée en 1850 était de 410,043 acres, tandis qu'en 1914, l'année de la déclaration de la guerre actuelle, elle n'était plus que de 55,000 acres — ce qui est moins de 1-9 de la superficie ensemencée 64 ans auparavant. En revanche, le rendement par acre a considérablement augmenté, ainsi que l'indique le tableau suivant. De 7.05 boisseaux par acre, en 1850, il s'est élevé à 14.08 boisseaux en 1900, à 14.85 en 1910, et à 19.88 en 1915. Cette année, à cause du printemps tardif et pluvieux, la superficie ensemencée a été moins grande qu'en 1915, et le rendement inférieur.
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