RETOUR A LA TERRE
Bref, après m'avoir exposé son plan d'exploitation, ses projets, ses espérances, il me demanda : " Qu'en penses-tu, toi ? "
— Je pense que, de tous les projets dont tu m'as fait part depuis dix ans, celui-ci est le meilleur et j'ai la conviction que tu n'auras pas à le regretter, si tu le mets à exécution. Tes économies vont te rapporter bon intérêt dans l'industrie agricole, par le temps qui court. De plus, pendant les mortessaisons, ton métier t'aidera encore à te créer un joli pécule. Ta santé, ébranlée par une vie trop sédentaire, devrait recevoir, dans cette occupation, un regain de vigueur. Et puis, tu trouveras à la campagne une compagne vertueuse, solide et peu exigeante, qui saura se contenter d'un foyer simple et d'une table frugale, tandis qu'en ville, le mariage est devenu un luxe que seuls, bientôt, les millionnaires pourront se payer. Au lieu de te caserner entre les quatre murs étroits et dénudés d'une
chambre de pension, tu auras toute une maison où tu pourras, sans que le voisin grogne, siffler, chanter, battre de la semelle et danser, quand ça te le dira. Ici, tu sais qu'à tous les jours, des douzaines de quémandeurs nous assaillent et font l'assault de notre bourse, à part les mille et une occasions de dépenses qui s'offrent à tous les pas : restaurants, cafés, arènes de joutes, théâtres, cinéma, etc. Là-bas, dans ton domaine champêtre, tu verras tout au plus un quêteux s'amener une fois la semaine et, avec un gros sou noir ou un tapon de laine, tu feras son bonheur : "Que le bon Dieu vous le rende ", te souhaitera-t-il, en partant.
Je ne veux pas être prophète, mais je crois que tu ferais bien de tenter l'aventure et que tu ne le regretteras pas. En ville, tu n'es qu'un déraciné.
Sur une terre, tu devrais être dans ton élément, comme un poisson dans l'eau. D'autre part, ton habileté, ton