DE FRONTENAC ET KONDIARONK
Echangeant leurs reflets, cristal, argent, faïence, Miroitent; le plat fume, ainsi le calumet; La carafe au long col a du vin plein sa panse : C'est à mettre en extase une faim de gourmet.
« Vois, dit le gouverneur, comme on t'a mis la table « Préfères-tu ces mets à la sagamité ? »
- * Je pense, Ononthio, que je suis plus capable « De m'en nourrir, que toi, de ma frugalité. »
— « Surtout si tu n'as rien au fond de ta chaudière. »
— « Pourquoi m'épuiserais-je à me donner des soir. * Vois : le Blanc s'évertue à remuer la terre,
« Et jamais ce qu'il a n'égale ses besoins. « Etant, pour son palais, plein de sollitude, « Il mange avec excès au prix de ses loisirs ; « Puis, avec l'abondance, il a l'inquiétude, « Et rien ne va jamais au gré de ses désirs. »
« Moi je vis sans souci, comme l'oiseau qui vole, « Et cours les bois avec la liberté d'un dieu; w Je sors de mon wigwam sans craindre qu'on me vole. « Et suis riche, sachant me contenter de peu. n
228 AUX TEMPS HÉROigUES
— « Il te faut des colliers, de la frange et des plume; * Des souliers, des habits fleuris de vermillon ;
« Tu semblés des oiseaux envier les costumes,
« Et veux avoir le corps mieux peint qu'un papillon.
— « Mes colliers sont légers ; sonores mes mitasse:
w Dont les fauves ont peur; mais que vaut la toison « Qui te charge le dos, et dont tu t'embarrasses. ft Comme pour défier l'ardeur de la saison ? »
— « Le chevreuil n'orne pas sa robe de fourrure; « L'insecte a des atours qui ne lui coûtent rien; « La fleur, du frais bouton, sort avec sa parure;
« L'homme intelligent fait l'habit qui lui convient 8
« Faut-il que, sous l'habit, le corps soit en otage ;
— « Doit-il cuire au soleil, nu comme un manitou ? i
— ■ « Là, n'es-tu pas nu. toi ? »
• Là, tu vois mon visag
— « Ne vois-tu pas que j'ai le visage partout : l
« Tu l'as au moins si long, qu'il rase ta ceinture