LE « NOYEUX » DU RECOLLET
Les airs ont retenti de leurs cris de détresse ; Les vagues ont roulé sur le père Viel ; Le bourreau fuit, sa nef redouble de vitessse; Deux âmes, en un vol, s'élancent vers le ciel.
Par ce crime attristé, le saut, inconsolable, Semble encore ce soir étouffer des sanglots ; Il pleure dans son lit de cailloux et de sable . . . Mais d'où vient ce sauvage assis au bord des flots ?
Est-ce une ombre ? . . . Accoudé, la paume sous la joue, Devant un feu mourant il rêve dans la nuit. Avec son noir panache ébréché le vent joue, Et son calumet traîne à terre devant lui.
Il a son tomahawk, des flèches empennées Plein son carquois de cuir, une chape en lambeaux; Et les plis de son front trahissent tant d'années, Qu'il semble appartenir au peuple des tombeaux.
Il a changé de nuit ce vivant d'un autre âge: Plus on scrute ses traits, plus on pense au noyeux. Ce fantôme n'est pas chez lui sur ce rivage: Il sort de ce rapide obscur, mystérieux.
C'est le cruel yioyeux faisant sa pénitence, Et tel que l'ont décrit plusieurs graves anciens : Taciturne, mouillé, si morne d'apparence Que sa vue épouvante et fait hurler les chiens.
Car pour avoir jeté le père dans l'abîme,
Il y reste captif, et, s'il peut s'arracher
Parfois aux Ilots témoins et vengeurs de son crime,
11 n'est vent ni soleil qui le puisse sécher.
L'eau, le temps, la misère, ont ridé sa peau brune. yeux d'ombre où jamais le chagrin ne s'endort, ardent sans le voir son feu. Le clair de lune
Lui tombe sur le dos comme un linceul de mort.
Trois siècles ont vu là sa mine pénitente,
a que, de son vivant, il eût un cœur de fer;
. en priant pour lui, sous la vague écumante, La victime a sauvé le bourreau de l'enfer.
ta tentation du Père de Brebeaf
LA TENTATION du PÈRE de BRÉBEUF, S. J.
L'Illusion
Premier soir du jésuite en terre canadienne.
Devant l'air sauvage des bois Il sent frémir sa chair, mais a l'âme sereine
De l'apôtre en face des croix.
Une apparition ! . . . Quel joli météore ! . . .
Au sein d'une rose vapeur, Une face enjouée, irradiant l'aurore,
Et, surprise! au verbe charmeur.
Elle chante: « Je suis l'Illusion doreuse,
« Créatrice d'enchantement; « Je lance, en modulant mes refrains de berceuse,
« L'escarpolette au firmament. •
■ Je sais faire oublier que la vie est La flamme « Oscillante qu'éteint le vent.
Kl l'ombre fugitive, allant de lame en lame. \u passage <Yun goéland. »
« Je tire mes bienfaits des horreurs que j'effai
<- Je souris comme l'arc-enn « Lorsque, aux yeux éblouis, il montre l'autre fa
« De l'orage torrentiel. »
« Tandii que le temps fait la passementerie
« De la peint avec le plaisir, i Je montre l'allégresse, ô douce menterie!
• Nichée au fond de l'avenir. •
« Et je fais miroiter la fantasmagorie
I I )e Les villes d'or;
i Je berce doucement la croyance qui prie
« Et la confiance qui dort. »
« J'exalte les espoirs et séduis par des songes
« Plus beaux que des réalités.
« L'eau brille de reflets* je reluis de mensonges
« Que l'on préfère aux vérités. »
« Je suis dans la gaîté, l'assurance et l'audace,
« L'écrin, la coupe et l'encensoir, « Dans l'ingénu sourire et le bonheur qui passe
« Comme les feux au front du soir. )>
(( J'allume dans l'esprit cette invisible étoile
<( Que l'homme suit avec entrain; (( Dans le cœur ce désir qui donne plus de voile
« Que de gouvernail et de frein. »
« Le monde est océan: ses promesses sont vagues,
« Et fantaisistes ses égards; (( On n'y connaît jamais l'intention des vagues
« Et les caprices des hasards. ))
« En revanche je ris à travers les prunelles,
« Et, de la naissance au trépas, « J'embellis les projets, je hante les cervelles
« De ceux qui passent ici-bas. »
« C'est ma force: j'habite encor moins dans les choses
« Que dans les cœurs et les esprits « Qui de voir les futurs répudier les roses
« Seraient moins tristes que surpris. »
mi croit apercevoir, dans un riant mirage, « La fin du trouble et du labeur; I Un fantôme montrant, debout sur un rivage, I La direction du bonheur. »
« On prend les feux follets pour de sûres étoiles,
« Et, confiant dans ces lueurs.
« On espère voguer, la chance dans ses voiles,
« Vers d'éternels Edens en Heurs. »
« On Voit l'attrait des Ilots, non L'écueil qu'ils déCOU-
I En Levant leurs lames d'azur; [vrent
■ n'entend que leur chant .jamais, lorsqu'ilss'entr'ou-
I Les menaces du gouffre obscur. )) | vrent.
« On ne voit partout rien, excepté Ce qu'on aime: I Les SUCCès et non les -
• Les hilares Festins, non la Famine blême i Qui vous regard* de travers. »
« On voit très grand le cercle étroit où l'on s'agite,
« Enthousiaste ou solennel ; « Et l'on pense, qu'on soit monarque, rien, jésuite,
« Pousser le char de l'Eternel. »
« Et lorsque, à bout d'entrain, l'ambition déchante
« Devant l'obstacle triomphant, « On est loin de trouver l'illusion méchante:
« On se console en en changeant. »
« La bulle de savon n'est pas plus tôt crevée, « Qu'une autre sort du chalumeau ;
« Convertir l'Indien: illusion trouvée « En attendant rêve nouveau. »
Le père : « Avec ce rêve on attend le tombeau. »
L'Esprit du Monde.
La figure s'efface et, devant le bon père,
Apparaît un dieu si brillant, Qu'il semble avoir pillé le roi de la lumière
Drapé clans les ors du couchant.
Il parle et dit: « C'est moi qui gouverne le monde
« Et la terre, ce paradis; « J'ai la clef du bonheur et protends qu'il se fonde
« Sur le respect de mes édits. »
« Qui jette son mépris à la mère commune « Pour (U de séraphin,
« Et se taille d S dans le ciel OU la lune,
(( N'est qu'un prince des meurt-de-faim. »
t Qui s'élève au sublime en doit vile descendre:
« Rien ne séjourne dans l'azur; f La flamme, en s'envolant, s'éteint ; paix à la cendre,
« Aux pieds foulant le sol obscur. ))
« Je ne veux pas qu'on frappe aux portes du mystère-, « Ni qu'on arrache aux profondeurs
« Le voile, en leur disant : Montrez votre lumière « Ou votre nuit et vos horreurs. »
« Point d'essor orgueilleux vers le ciel solitaire.
« Qu'aucun mortel à l'œil de lynx « Ne se pique de lire, en dehors de la sphère,
« L'énigme dans les yeux du sphinx. »
« La terre est la patrie unique, et le vrai sage,
« Y trouvant tout l'essentiel, « N'y voit pas qu'un champ d'où l'homme, oiseau de
« Reprendra son vol vers le ciel. » [passage,
« Insensé le mortel qui vit de confiance
« Dans l'avenir plus qu'incertain, « Et, d'un fantôme épris, le suit de préféreiuv
« Au plaisir qui lui tend la main. »
« Les fleurs ne disent pas à l'aube souriante:
« Garde ta joie et ton soleil.
« La forêt, quand le soir la cache sous sa mante.
« Ne repousse pas le sommeil. »
« Qu'on laisse au vent sa harpe, à l'oiseau son ramage, « Aux feuilles leurs frémissements,
« Son cristal à la source, à l'île son image, « A la mer qu'on laisse ses chants. ))
« Aux feux de crépuscule ou d'aurore qu'on laisse « Leur évanescente beauté; ne le jour ait L'éclat, l'enfance l'allégresse, « Le sauvage sa liberté. »
être ingénu jouisse de la terre (( E1 vive en paix avec ses dieux.
I Pour encombrer son ciel d'un nouveau luminaire, « Ti rtS me sont odieux. )>
(( J' mp calme et la vague mobile,
11 Le i" ml superbe et le ciel bleu; Mit l'insecte vile, x chaque être en son milieu. »
« A l'amant des haul tire l'échel]
in qu'il vr tent.
« Si tu rends le sauvi - m destin rebelle,
« Il ne mourra plus en chantant. ))
« La terre est son séjour; je défends qu'il en change
« Et qu'on en force les verroux.
« De ses vains contempteurs la nature se venge
« Et je partage son courroux. »
« J'ai les esprits des airs, de la terre, de l'onde
« Et de l'abîme sous ma loi.
« Si la terre jamais doit cesser d'être ronde,
«Je cesserai d'en être roi. »
« Malheur à qui m'insulte : où qu'il aille ou se cache,.
«D'ici-bas il ne peut sortir; « Au besoin le couteau, le fer rouge et la hache
« Lui rappellent mon souvenir. ))
Le père: « C'est ainsi que je voudrais finir. »
!•• .MX TEMPS HÉROÏQUES
ls Doute.
Au dieu se substitue une face douteuse
El l'œil dans l'ombre du sourcil . .
I.< père entend sa voix et la trouve moqueuse. Il écoute : elle dit ceci :
" L'esprit du monde fou touche au plus la surface
• 1 )e L'intelligence qui croit ; <( Le Doute que je suis fait mieux: il débarra
(( Le co ur et l'esprit de la foi. »
nfants d'Israël, au son de leurs trompettes. " N'ont fait s'écrouler que des mti]
[a muse ensorcelée, en bas de lenrs assietfc
(< Jette les dogmes les plus sûrs. »
« Dans mon cercle magique, on rit de l'équilib
De la b e et de son nord,
1 D'Adam qui ter immortel était lib
" Et du retour des âges d'or. »
« La certitude prend une mine pensive ;
« On voit les colonnes pencher, « Jonas hocher la tête en pensant à Ninive,
« Et tout l'entrain se relâcher. ))
« Ne me crains pas : Je suis l'humble ami qui délivre
« Des tyranniques préjugés, « Du fanatisme étroit que sa lubie enivre
« Et des fers que l'on s'est forgés. )>
« Qui réfléchit me trouve au fond de ce qu'il creuse :
« J'habite les obscurs dessous, tt Et vois la vérité cacher, l'astucieuse,
« Dans les ténèbres ses deux bouts. ))
« Il n'est rien de certain, il n'est rien d'immobile:
(( Transformation, mouvement, * Tel est cet univers; la mort seule est tranquille
« Sous son masque, le monument. ))
« Tout, sur la mer du temps, finit par le naufrage;
« Les plus vieilles convictions « Ont la plus triste fin; chaque vague de l'âge
« Ajoute aux disparitions. »
" ! tes cultes ont, jadis, vécu de leurs mystères,
« Et l'oubli fut leur commun sort.
(l ( )ù sont-ils? — On demande en vain leurs noms aux pierres
« Des Baalbek et des Louqsor. »
« Convaincu que la foi, comme elle vient, s'envole
« Avec son ^rec et son latin, « L'homme sensé délaisse et le temple et l'idole,
« Et l'encens qui flotte incertain. »
" Moins sage et moins heureux, l'apôtre qui soupire
« Vers son céleste Eldorado, " Voit les événements composer la satire
(( Des articles de son credo. »
• Après de longs travaux, l'insuccès formidable
" Lui prend le coeur dans son étau; « Plus le rêve était Leau. plus son départ accable: « ("est un effondrement de château.»
" Non, vive ce qu'on tient; dans l'esprit tout s'écroule: 1 V que l'on sait, ce que l'on croit;
• En bas de son autel, il n'est dieu qui ne roule.
<( A la fin, tout revient à moi. »
« La grâce, dit le père, est plus forte que toi. »
« 0 Doute plein d'orgueil, tu flottes et chancelles;
« Plus fermes que toi, les roseaux « Fixent au moins leur pied par quelques radicelles
« Au sol que recouvrent les eaux. »
« Je méprise le guide ignorant qui s'égare, « Comme le vent dans les forêts,
« Comme la nef qu'une onde en courroux désempare « Et dépouille de ses agrès. »
« Tu boites, n'as qu'un œil et radotes sans gêne;
« Pour toi le dogme est la prison « Où la science meurt en traînant une chaîne,
« Où s'ankilose la raison. »
« Eh bien! moi, j'ai deux yeux: celui de ma croyance
« Aidant celui de ma raison, (( Je vois deux univers dans une providence,
« Des fenêtres de ma prison . »
« L'un est masque, figure, et l'autre s'appelle âme,
« Principe, règle et vérité; <( Le premier vit d'effets: matière, temps et flamme;
« Le second de causalité. »
• Derrière ce qui meurt, renaît et périclite,
« Je vois ce qui ne change pas; « Je vois le roi du jour suivre, dans son orbite, « La pointe du divin compas. »
« L'ombre de Dieu paraît à travers la nature;
« On cherche en vain l'homme sans loi, « Ayant pour sûr chemin celui de l'aventure,
« Et pour Lonheur le désarroi. »
« Les dieux muets et sourds ont mordu la poussière;
« Mais i )hmi, l'âme, n'ont pas vieilli; " De i temples ruinés il sort de la lumi
« Et le nom du Très-Haut jaillit. »
« Ce que li pour montrer que l'histoire
« Gravite autour de Jésus-Christ,
• El ce qui tut ont construit d'illusoire.
« 1. îcrit. •
« Avec le genre humain la vérité chemine :
« L'erreur, la contradiction, « Isis, Brahma, Vichnou, le bonze, le flamine,
« Et témoignent à leur façon. »
« Dieux et prêtres païens la tiennent en tutelle,
« Pour la plier à leurs desseins.
« Si cette vérité n'était pas immortelle,
« Ils en seraient les assassins. »
« Sur le dogme éternel l'erreur est parasite,
« Et ton œil doublé d'un lorgnon, (( Voyant trop les détails et peu l'ensemble, hésite
« Entre l'arbre et son champignon.»
« L'illusion ne fait que d'innocents mensonges,
« Puis autant de bien que de mal ; « Au lieu que toi, cancer acéphale, tu ronges
« La joie autant que l'idéal. »
« Je vois la vérité; l'amour me donne une aile,
« Mon autre est la conviction ; « Et mon âme s'envole en riant de ton zèle
« Et de ton érudition.»
26 ATX TEMPS HÉROÏQUE
« Ta voix sourde n'a pas ce charme de sirène • Dont on raffole malgré soi,
" Et les éclairs que fait ta logique incertaine « N'aveuglent pas encor ma foi. »
Ce premier jour de Iftontreal
(18 mal 1642)
« Entre le fleuve de Saint- Laurent et une petite rivière qui s'y décharge . . . une prairie fort agréable ... il y avoit . . . dans la prairie . . . tant d'oiseaux de différens ramages et couleurs, qu'ils étoient fort propres à apprivoiser nos Français en ce pays sauvage. » Dollier de Casson
O rive qu'as-tu fait des nids sous la feuillée, Des herbes et des fleurs, des taillis pleins de voix, Du sable d'or qu'ourlait la vague ensoleillée ? Ah ! te voilà fameuse autant que dépouillée Des charmes d'autrefois.
Sur la côte où le faon dormait dans la fougère, L'étage ambitieux sur l'étage s'assied; Le nuage est jaloux de la corniche altière; Au lieu du pré s'étend, brutale, utilitaire, L'œuvre du terrassier.
A la place d'un mont se creuse une vallée; La foudre qui volait, farouche, dans les cieux, Ronge le frein et tire, aux charrois attelée; Aux verres des palais sa crinière étoilée Mire en courant ses feux.
L'acier fond, rougissant l'air épais des usin Ou se dresse arc-bouté, squelette curieux De lancer un regard par-dessus les collines. Le flot perd son orgueil dans les ombres voisines Des murs vertigineux.
De longs quais assaillis par une onde eourante
Retiennent amarrés cent navires de fer.
D'un jet de vapeur sort une voix mugissante, Quand l'un d'eux, retournant sa proue impatiente. Fuit vers le gouffre amer.
0 titans du progrès, trêve à votre délire. Taisez-vous, éléments, engrenages, essieux. 0 nature, reprends en ces lieux ton empire. Pour une heure, ô forêt, reviens avec ta lyre Et l'ombre des aïeux.
Est-ce un rêve ? ... Je vois cette pointe Callières Comme elle fut jadis, dans le recul des temps ; Puis trois barques, des mâts couronnés de voilières. Un prêtre, des guerriers et deux femmes austères, Au milieu des courants.
Je vois le vent drapé des couleurs de la France, Et Chomedey qui montre une rade aux marins. Plus douce qu'un berceau, la vague les balance Et mêle ses reflets à ceux que l'espérance Met sur leurs fronts sereins.
( )h ! comme leurs regards retiennent embrassée La terre que peut-être arrosera leur sang, La terre de désir si longtemps délaissée ! Oh ! comme, dans leurs yeux, le zèle et la pensée Font un accord puissant !
32 Ai.x rEMPS HEROÏQUES
Les voici débarquant sur la rive sauvage ( )ù s'ouvrent les bourgeons et maints gosiers chanteurs • -ce leur drapeau blanc qu'on voit ? est-ce un nuage ? Est-ce eux ou le matin que fête le langage Des oiseaux et des fleurs
qu'un gazouillis, ce n'est qu'une lumière,
Qui rendent le moment encor plus solennel. " Au bon Dieu qui nous donne une aussi belle terre M Dit le prêtre, faisons d'abord une prière H Et dressons un autel. »
« On donna le loisir à Made de la Peltne et a Madelk: Mance, d'y préparer un autel, oe qu'elles firent avec une joie difficile à exprimer. » Dollibr de Casson.
• Allons cueillir des fleurs. » dit Jeanne à Madeleine ' Voyez cette i -raine iblable à l'Eden :
« Des trille^ rose paie et blanc de porcelaine.
* Des [ris comme en France, excepté cette veine
■ ( 'h ' c'est un vrai jardin '
sonnant au bruit de leurs i>.ts témérain cueilleuses bienl trent dans un bois
ayon, plus rar< mvstèn
13e mine, où l'écho, du fond de ses repaires. Répercute leurs voix.
I>es voici, plein les bras de fleurs à peine écloses, De branche ttes d'érable aux jeunes feuilles roses . .
De leur moisson l'autel se pare; ieb rameaux Se passent la guirlande et lèvent les drapeaux
Ce soir, autour de Dieu, se dresseront les tentes.
Du Kyrie, soudain, les notes suppliantes S'élèvent, et les bois répondent vaguement. Les grives, les pinsons, qui chantaient si gaîment Se taisent, écoutant la grave mélodie.
La solitude semble elle-même ébaudie De s'entendre nommer par le père Vimont : « Beau rivage où régna si longtemps le démon. a Fête avec nous ton Dieu, fête ta délivrance. »
« Mes Frères, le soleil aujourd'hui s'est levé « Sur une ère nouvelle. Un avenir commeno
SI AUX TEMPS HÉROigi'iiS
,( La toi jette à ce sol un grain de sénevé
" Dont la grâce du Ciel fera sortir un arbre.
" Par vous, ses instruments, Frères, sachez-le bien.
u Ces troncs vont se changer en colonnes de marbre,
n Et la horde païenne en un peuple chrétien. »
Alors, sa voix, mêlée au murmure des grèves,
Au son clair des fourreaux qu'on vide de leurs glaives,
Sur ce rivage plein de mânes d'Iroquois,
Appelle l'Homme- Dieu pour la première fois.
Une cité va naître autour du tabernacle; Elle y prendra sa force, en sera le miracle, Tomme jadis, autour de l'arche, les Hébreux
« On n'% avoit point de lampes ardentes
■ levant le St. Sacrement, maison y avoit certaines mouches luisantes . suspendues par des filets d'une façon admirable et. belle.* Dollibb de Casson.
Dut blancs sur le pré ténébreux,
Invitent au repos C'est L'heure où la magie Allumait autrefois ses feux L'onde, rougie,
Montre à peine une ride et quelques filets d'or; Dans un calme infini la nature s'endort.
Ayant incendié l'océan des nuages.
Le soleil a passé, les horizons sauvages. Le ciel s'est renversé dans le fleuve miroir. A l'orient la nuit montre son buste noir. Ses voiles que chérit la nature lassée ; Et la porte que fait la vigne entrelacée, S'ouvre et laisse partir le fauve à l'œil de feu.
Les deux femmes, ayant adoré le bon Dieu :
« Voyez, » dit Madeleine à Jeanne, sa compagne.
« Le rayon n'atteint plus qu'au sommet la montagne.
« Et l'ombre a dépassé la tête des forêts.
« Voici venir la nuit avec ses grands secrets.
(( La première où Jésus reposera dans l'île;
« Et comment lui trouver une lampe et de l'huile.
• Hors la lune sur l'eau sans barques et sans voiles.
• ( )ù se mirent déjà les premières étoiles ; n
— « Il y a dans ce pré des étoiles aussi.
w Et qui filent. Venez, Madame, par ici.
(( Cela voltige et luit, voyez, jusque BOUS l'herbe.
AUX TEMPS HÉRulgi
ut-ce des feux follets ? Quelle lampe superbe,
* S'ils allaient scintiller près du Saint-Sacrement . « Tous ces petits éclairs tombés du firmament,
■ Bel essaim dont la nue a l'air d'être la ruche ' «
Mademoiselle, allons, prenez votre capuche, courons attrapper ces petits feux follets,
* Ou ces grains de soleil perdus dans les forets.
1 11 nous faudrait bien cent de ces jolis prodiges
* Voyez-les, éclairant le dédale des tiges. »
" Attrapons celui-ci Courez après ceux-là •
l'en vois un trio. I
" Bon. j'en tiens un »
« Le voilà
1 li enflamme la toile Oh! comme il est farouche! » « Vraiment Levez un peu
,( lia I Mme, une moue 1 Et je L'avais pensé c'est une mouche à feu.
* Etincelle vivante
" Ohl le> prendre esl un jeu
■ Viens lu bon Dieu, je te tais prisonnière
* Tu n'iras plus briller, la nuit, dans la baissière
* Plus d'un» partagera ton sort.
Jfe
Jeanne, avei enj< nui uni : « J'en attrape enci >re uni .
* Ah ! que ne puis-je faire une aussi belle mort
* Que celle qui t'attend près de l'Hostie aimante,
* Sous les pins endormis dans la brise chantante! »
Elles chassent longtemps : deux voiles sont remplis : Et la lumière sort du fond de leurs replis. Ainsi que d'un nuage où se cache la lune. Jeanne, avec enjoûment : ff J'en attrape encore mie, « Et puis ce sera tout. »
Sous les arceaux touffus Les voici de retour. On ne voit déjà plus. Sur le fleuve calme\ luire le crépuscule.
• En France, j'en aurais, dit Jeanne, du scrupule;
" Mais en un tel pays, on fait comme l'on peut :
" Pour emblème l'amour prend des mouches a feu. »
Madeleine, allumant un reste de chandelle. Va s'asseoir en sa tente, avec Jeanne auprès d'elle Là. chaque mouche est prise entre leurs doigts très fins Qu'envîraiem les trois sœurs fileuses de destms.
3fc AUX TEMPS HÉROigUES
Et, dans l'aile d'azur que l'adresse déploie, La fine aiguille passe avec un fil de soie. Et ces chapelets d'or, les dames, pour finir. Viennent prier Jésus captif de les bénir.
Suspendant aux rameaux les claires bestioles,
Les unes sur des fils, d'autres en des fioles,
Elles nimbent l'Hostie avec ce feu des champs;
Et, dans leurs cœurs émus, Dieu lit ces mots touchants
* Ces insectes qui font de petites colères,
* Enchaînés près de vous, inspirent nos prières ;
« Car ces pauvrets, Seigneur, vous le savez, c'est nous
* Loin du pays natal, nous sommes, sur ces rives,
* D'humbles mouches à feu que vous tiendrez captives
(( Et qui luiront pour vous. »
« Seigneur, vous qui donnez aux mouches L'étincelle
* Qu'elles portent, volant, le soir, à tire d'aile,
* Embrasez-nous d'un feu sorti de votre cœur;
* D'un zèle hostile au mal. comme à l'ombre une flamme,
* Qui montre à l'égaré sa route, et. dans chaque âme.
(( Reconnaisse une sœur »
LE PREMIER JOUR DE MONTRE Ai- 3t>
« Mais, au lieu que la mouche appréhende une brise. M Dans ces vierges forêts, nous braverons la bise. « La faim, le tomahawk, sans jamais défaillir. * Jusqu'au jour redoutable où la faulx qui moissonne « Les vieux arbres penchés et les feuilles d'automne (< Viendra nous v cueillir. »
Ca mt te Satat-Pert