‹ Aux temps héroïques; poèmesChapitre 3 sur 23 · LA TÊTE DE SAINT-PERE · texte numérisé non relu

LA TÊTE DE SAINT-PERE

On n'a pas inventé cette tête qui parle : Son histoire commence au bord des bois suspects. Dans un champ isolé de la pointe Saint-Charle Où l'Iroquois massacre en marge de la paix.

Trois habitants: Godé, Noël et de Saint-Père Couvrent en chaume un toit et travaillent gaîment En bas des Onneyouts qui les regardent faire. Tapis sous des buissons, attendent leur moment.

14 i k rsidps héroïques

( octobre a tout flétri; des feuilles rougissantes <Jue l'érable abandonne au vent d'un air chagrin Enluminent le sol; par bandes croassantes. Des corneilles s'en vont., volant dans l'air serein.

• Cruellement 'assasinés à coups de fu 5îls , en couvrant une maison. »

Doli.ikr de C kSSON

Sort I hineyouts, l'air bon Sans défiaiuv

Nos chrétiens, avec eux. partagent leur souper La charité leur fait oublier la prudence Leurs doucets visiteurs songent à les scalper

Ils regagnent leur toit, sans armes, tant la m A masqué les bourreaux d'airs bénins et contents Mais leurs hôtes, soudain, épaulant l'arquebuse i font dégringoler à terre, palpitants.

Ht comme les cheveux ornent bien la ceinture,

lé, vieillard tout gris Noôl à cheveux courts,

Sont scalpes; mais Saint-Père à belle chevelure, Ils i ■ un sac, à leurs bour

LA TÊTE DE S Al NT- PERI- 45

« La tête de feu St.-Père . . . leur fit quantité de reproches. »

DOLLIER DE CASSOM.

Ce soir, les Onneyouts fument dans leur repaire, Noir wigwam où se voit, suspendue aux chevrons. Une tête de Blanc, celle de Jean Saint-Père, Aux yeux creux, entr'ouverts parmi des cheveux blonds.

Le reflet du foyer grime la face pâle; Un meurtrier hideux raconte son exploit . . . Ricanements. . . Soudain se fait entendre un raie: Tous les yeux étonnés, regardent vers le toit .

La tête se réveille et sa bouche s'anime;

On dirait qu'elle essaie en vain d'articuler

On ne sait quelle phrase ... On comprend le mot crime

Puis enfin nettement tous l'entendent parler:

* Ce que je vois est vil: un lâche qui se vante w Et d'un acte inhumain flatte sa vanité ;

* La honte satisfaite et la fange contente ;

* La cruauté reoue en veine de gaîté. »

tt") m X TEMPS HÉROÏQUES

M Pour les fiers Iroquois l'opprobe est un mérite; « Leur gloire est de trahir en feignant l'amitié;

* ïls voilent de sourire une haine hypocrite,

rt Et, traités en amis, massacrent sans pitié. »

■ Leurs cœurs putréfiés s'ouvrent par des ulcères ; ,f 11 en coule sans cesse un venin meurtrier. ,f Ils font tant de serments et si peu de sincères

* Que l'on perdrait sa peine à vouloir les trier »

' En donnant des colliers de blanche porcelai'

" 11^ mêlent le mensonge à des airs ingénus.

l( C'est la peur qui les bride et l'orgueil qui les mène

* Les prendre par l'honneur, c'est les prendre tout nus »

IjG chef répond : (< Tête méchante.

* Tes airs, sur nous, ne peuvent rien :

« Nous dormons lorsque le vent chante ({ Dans le feuillage aérien »

* Garde tes vaines remontrances " Ou va les faire à tes pareils.

* Nous avons, au bout de nos lanc

* De quoi répondre à tes conseils. »

« Tu peux nous menacer, 6 tête; Mais nous sommes indifférents A L'inoffensive tempête Qu'un mort déchaîne entr nts.»

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