LA TÊTE DE SAINT-PERE
On n'a pas inventé cette tête qui parle : Son histoire commence au bord des bois suspects. Dans un champ isolé de la pointe Saint-Charle Où l'Iroquois massacre en marge de la paix.
Trois habitants: Godé, Noël et de Saint-Père Couvrent en chaume un toit et travaillent gaîment En bas des Onneyouts qui les regardent faire. Tapis sous des buissons, attendent leur moment.
14 i k rsidps héroïques
( octobre a tout flétri; des feuilles rougissantes <Jue l'érable abandonne au vent d'un air chagrin Enluminent le sol; par bandes croassantes. Des corneilles s'en vont., volant dans l'air serein.
• Cruellement 'assasinés à coups de fu 5îls , en couvrant une maison. »
Doli.ikr de C kSSON
Sort I hineyouts, l'air bon Sans défiaiuv
Nos chrétiens, avec eux. partagent leur souper La charité leur fait oublier la prudence Leurs doucets visiteurs songent à les scalper
Ils regagnent leur toit, sans armes, tant la m A masqué les bourreaux d'airs bénins et contents Mais leurs hôtes, soudain, épaulant l'arquebuse i font dégringoler à terre, palpitants.
Ht comme les cheveux ornent bien la ceinture,
lé, vieillard tout gris Noôl à cheveux courts,
Sont scalpes; mais Saint-Père à belle chevelure, Ils i ■ un sac, à leurs bour
LA TÊTE DE S Al NT- PERI- 45
« La tête de feu St.-Père . . . leur fit quantité de reproches. »
DOLLIER DE CASSOM.
Ce soir, les Onneyouts fument dans leur repaire, Noir wigwam où se voit, suspendue aux chevrons. Une tête de Blanc, celle de Jean Saint-Père, Aux yeux creux, entr'ouverts parmi des cheveux blonds.
Le reflet du foyer grime la face pâle; Un meurtrier hideux raconte son exploit . . . Ricanements. . . Soudain se fait entendre un raie: Tous les yeux étonnés, regardent vers le toit .
La tête se réveille et sa bouche s'anime;
On dirait qu'elle essaie en vain d'articuler
On ne sait quelle phrase ... On comprend le mot crime
Puis enfin nettement tous l'entendent parler:
* Ce que je vois est vil: un lâche qui se vante w Et d'un acte inhumain flatte sa vanité ;
* La honte satisfaite et la fange contente ;
* La cruauté reoue en veine de gaîté. »
tt") m X TEMPS HÉROÏQUES
M Pour les fiers Iroquois l'opprobe est un mérite; « Leur gloire est de trahir en feignant l'amitié;
* ïls voilent de sourire une haine hypocrite,
rt Et, traités en amis, massacrent sans pitié. »
■ Leurs cœurs putréfiés s'ouvrent par des ulcères ; ,f 11 en coule sans cesse un venin meurtrier. ,f Ils font tant de serments et si peu de sincères
* Que l'on perdrait sa peine à vouloir les trier »
' En donnant des colliers de blanche porcelai'
" 11^ mêlent le mensonge à des airs ingénus.
l( C'est la peur qui les bride et l'orgueil qui les mène
* Les prendre par l'honneur, c'est les prendre tout nus »
IjG chef répond : (< Tête méchante.
* Tes airs, sur nous, ne peuvent rien :
« Nous dormons lorsque le vent chante ({ Dans le feuillage aérien »
* Garde tes vaines remontrances " Ou va les faire à tes pareils.
* Nous avons, au bout de nos lanc
* De quoi répondre à tes conseils. »
« Tu peux nous menacer, 6 tête; Mais nous sommes indifférents A L'inoffensive tempête Qu'un mort déchaîne entr nts.»