‹ Aux temps héroïques; poèmesChapitre 4 sur 23 · LA TÊTE DE SAINT-PÈRU · texte numérisé non relu

LA TÊTE DE SAINT-PÈRU

* Nous sommes par ici les maîtres :

« Ne venez pas nous déranger ;

H La terre où dorment nos ancêtres

* Est pour vous pleine de danger. »

« Tu peux nous menacer, ô tête; « Mais nous sommes indifférents

* A l'inoffensive tempête

« Qu'un mort déchaîne entre ses dents. »

w Tempête, soit, » reprend la voix de l'autre monde

* Oui, semblable à l'éclair, brille la vérité,

* Et je me fais l'écho du tonnerre qui gronde. « Au fond de l'invisible, à votre iniquité. »

* Rieurs à qui le mal n'arrache pas un blâme « Et qui de l'équité méprisez le chemin.

(< On doute si, rivaux de la bête sans âme,

* Il reste encore en vous quelque chose d'humain. »

* La terre aura vos corps, vous garderez vos hontes; « Il n'est tombe où l'on puisse enfouir ce qu'on a fait « Il est une autre vie où se règlent les comptes.

« Où la peine éternelle accueille le forfait. »

« Tantôt ils la mettoient dans un en droit, tantôt dans un autre, »

DOLLIF.R de CASSOM

« Tête, » dit le jongleur, (( assez, plus de chicane. » Alors, par les cheveux, il la porte en un coin, Sous un tas de fourrure, au fond de la cabane, Et lui dit de se taire, en lui montrant le poing.

Mais la tête reprend: (( Un jongleur en démence « Et vomissant l'oracle imbécile à grands cris. « Exploite à son profit votre sottise immense « Qui croit ses hurlememts inspirés des esprit

* Vous partez, sur son ordre, en maraudes funèbres « Et promenez la mort au milieu des vivants;

« Vous souillez de festins horribles les ténèbres. « On vous entend hurler d'où que viennent les venl

* Tendre un piège ou frapper des amis en ani « Est pour votre bravoure un illustre combat ;

* Et pour faire la cour au démon de la guerre, « Vous profanez la nuit en menant le sabbat. »

LA TÊTE DE SAINT-PBRE \'à

* L'ombre est votre élément : vous rampez sous les herbes, « Cherchant quelqu'un de seul afin de l'égorger ;

* Un enfant immolé vous rend aussi superbes

* Que vous êtes poltrons en face du danger. »

H Doublé de lâcheté, le crime . est plus infâme « De repaires voisins, la chouette et l'Iroquois, " L'une terreur du nid et l'autre de la femme,

* Sortent lorsque la nuit enténèbrent les bois. »

« Vous avez l'appétit de votre mère immonde.

* La noire Atta qui vit de vers et de serpents.

w Et l'on vous trouverait en promenant la sonde H Dans la fange du mal où vous êtes rampants. 0

«Enfin ils l'écorchèrent et en jetèrent le crâne de dépit . . . toutefois ils ne cessoient. pas d'entendre la voix du côté où ils met. toient la chevelure. »

Dollier de Casson

En maugréant, la voix de colère étouffée,

Le chef hacha la tête aux reproches cinglants ;

Mais il en conserva le scalpe, ce trophée'

El lança les morceaux, un par un. dans les champs.

De nouveau suspendant au toit la chevelure. Il lui dit: (( Désormais tu ne parleras plus. » Mais, dans l'air enfumé, sous la basse toiture, Le scalpe répliqua: (( Châtiments superflus. »

« Votre conduite, avant d'ouvrir ma bouche morte.

« Déshonorait déjà vos fronts de malfaiteurs, Vos regards de vautour, votre allure, de sorte Qu'elle appelait sur vous l'ire des Cieux vengeurs. »

Soyez obscurs, fuyez la céleste lumière. Et d'un voile d'erreurs entourez vos esprits: Vous n'empêcherez pas qu'au fond de la tanière De votre abjection vous trouve le mépris. »

La forêt est suave et la bête innocente En rayons clairs et doux s'épanche le ciel bleu; Dans les rochers la source avec la brise chante. Le nuage et la foudre obéissent à Dieu I

Eh bien! elle vous hait, cette aimante nature; Même l'astre des nuits vous éclaire à regret ; La terre de vos pieds abhorre la souillure ; La fleur ne sourit plus quand votre ombre paraît »

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