‹ Aux temps héroïques; poèmesChapitre 5 sur 23 · LA TÊTE DE SAINT-PERE · texte numérisé non relu

LA TÊTE DE SAINT-PERE

Alors le chef jeta le scaple dans la flarmne ; Mais au sein du foyer, la voix éclate encor : « Ni le fer, ni le feu, ne peuvent tuer l'âme « Que le grand Juge attend sur le seuil de îa mort . »

« Ce Juge, avant qu'un ver n'atteigne vos vertèbres. « Sur vos âmes en pleurs fermera la prison a Où l'œil, desespéré, n'aperçoit que ténèbres, « Jamais un coin d'azur, un astre, un horizon. »

* Là, captifs à jamais et brûlés vifs, ô traîtres

« Qui jetez notre chair en pâture aux corbeaux,

« Vous saurez que les Biancs de vos fils sont les maîtres,

« Et que le morne oubli pèse sur vos tombeaux. »

Les Iroquois sortaient, qui frémissants de rage. Qui muets de frayeur ; plusieurs grinçaient des dents Et, témoins de ces faits, les mains sur le visage, Quelques femmes fuyaient avec des cris perçants. .

Detus Reroine$ de la Charité

deux héroïnes de la charité

Math urine, veuve Godé, et Françoise, sa fille, veuve Saint-Père.

Si calme était Godé, si brave était Saint-Père Que l'avenir brillait à travers son rideau. Ils sont morts; leur foyer s'ouvre au spectre Misère, Et l'angoisse y soupire à coté d'un berceau.

La chaumière manquait, certes, de bien des choses, Mais elle suffisait à loger le bonheur. La voilà triste, hélas! malgré ses enfants ros* L'aurore à l'aquilon n'ôte pas sa fureur.

Quel doux gazouillement dans quel poignant silence Font ces nouveaux venus à ce monde cruel ! Qu'ils sont navrants et beaux dans leur insouciance

D'oiseaux encore au nid, ne voyant que le ciel'

Hier on enterrait leur aïeul et leur père;

'.aient deux corps sanglants dont l'un décapité. Us n'ont vu que les pleurs et non la peine amère. Que les tombes et non l'horrible vérité.

Us gazouillent, contents . . Leur mère et leur meule Songent au crève-cœur qu'elles vont essuyer, Car, si les orphelins font la maison moins seule. ux, l'indigence est plus triste au foyer

Biles conversent peu. n'échangeant, à voix ha Que des mots soupires de résignation;

Mais leur regards dolents narrent ce qui m Derrière le cristal qu'en est l'expression.

La mère s'oubliani pour consoler sa fille,

Lui dit : (( Dieu l'a permis, adorons ses décrets; " Lorsqu'il a pris le père, ii nourrit la famille; " \'c i: injuste à nos • \ »

* Il n'est bonheur si long qui ne soit éphémère . . . « Heureux qui sait bénir les coups et les fardeaux . « Et, comme le Sauveur, regarder sans colère « Et le traître hypocrite et les cruels bourreaux »

Saintes âmes à qui, pour dominer l'épreuve, Il suffit de trois mots : foi, charité, devoir ! Le chagrin vous grandit autant qu'il vous abreuve Et Tésus trône en vous comme dans l'ostensoir.

(xrande nouvelle: on dit qu'hier un certain nombre D'Iroquois, compagnons des lâches meurtriers. Traqués par Lambert Closse, ont été mis à l'ombre. Kt que. vraiment, la mort attend les prisonniers.

H<>! s'ils n'ont pas tué, c'est qu'ils n'ont pu le faire

l>es relâcher serait encourager leurs plans.

Leur perfidie exige une peine exemplaire,

Car, c'est par le rigueur qu'on dompte les brigands.

Françoise dit : » Sauvons ces criminels complices » Alors, s 'agenouillant aux pieds d'un crucifix. Les veuves d'implorer, d'offrir leurs sacrifices, Ht d'imiter le Dieu qui nous donne son Fils

Et, grands ouverts, leurs cœurs exhalent la prière; Elles pardonnent tout pour se faire écouter. Leur charité sublime amollirait la pierre : Est-ce le bon Jésus qui peut leur résiste

Mathurine et sa tille ont ferme la chaumière. Françoise porte Agathe, et France, à petits pas. Se hâte en tenant bien la main de sa grand'mere Dont un panier prend l'autre bras

Qu'enferme cet osier ? Où vont -elles sereines 5 Quel dessein leurs grands cœurs ont-ils pu concevoir ' Qu'est-ce qui brille ainsi sur leurs fronts où les peines Ne veulei voir 5

Le gouverneur, ému, les voit, calmes et graves, Entrer chez lui, se lève, étend les bras et dit : « Ah ! Saint-Père et Godé, je pleure ces deux braves, « Et mon cœur, indigné, bondit. »

Et Françoise : « Me voilà seule ; « Mes deux enfants sont orphelins « Ils n'ont pas tout perdu: leur mère et leur aïeule w Ont des courages masculins. »

« Le sort des prisonnniers nous touche « Autant que nos propres malheurs : « Laissez-nous consoler ces gueux de notre bouche « Et leur parler comme des sœurs. »

(< Lâchez le droit pour la clémence :

« Ils sont captifs en deux prisons :

« L'une faite de pierre et l'autre d'ignorance ft Notre foi sait d'autres raisons. »

« Allez » . répond de Maisonneuve, <( Tout s'ouvre avec la charité :

i l'risons et cœurs. Donnez l'obole de la veuve « Et le pain de la pauvreté.))

Wl AUX TEMPS HÉROÏQUES

La prison dont la porte crie.

A des murs sourds comme la mort .

glacis, des créneaux et de l'artillerie, Car c'est un bastion du fort.

Quatre Onneyouis, mis à la chaîne,

Y sont assis, mornes et cois,

Sans panaches, ayant leurs longs cheveux d'ébène Dans la figure, et l'air sournois.

Crrisés par l'odeur des victimes.

Ils ruminaient de noirs desseins.

< >n les a pris guettant l'heure propice au crime Lorsque fuyaient les assassins

Eux qui chérissaient les ténèbr»

V digèrent leur insuccès,

Rêvant aux fers rougis, aux appareils funèbn Dans l'attente de leur procès

Dans la prison, les visiteuses Marchent vers l'endroit le plus noir, < >u les fins égorgeurs aux figures menteuses, Font semblant de ne les pas voir.

Mais en entendant leurs voix douces, Ils regardent du coin de l'œil . . .

Le panier s'ouvre et met sur leur figures rousses. Un sourire de bon accueil.

* Prenez », leur dit l'une des femme- . rt Vous avez sans doute grand'faim. »

< .«pendant l'une et l'autre ont des regards de flammes, Et d'émotion le cœur plein.

Ces ruseurs, comme pour leur plaire, Mangent sans répondre merci.

Lorsqu'ils eurent fini, la veuve de Saint-Père, Se contenant . leur dit ceci:

" Nous avons essuyé nos Larmes:

« Ce sont mon père et mon époux • Que vos gens ont tués; mais le mur et les arm « Qui vous sauvegardent, c'est nous. »

tt2 AUX TEMPS HÉROÏQUES

* Ne craignez pas notre colère :

« Dieu veut les astres souriants, « L'eau claire, l'homme doux; c'est lui qui fît la terre « Maternelle pour les vivants.»

ft C'est pour lui plaire que les plantes

* Savent si bien fraterniser.

• Et qu'aux mêmes rameaux, plusieurs tiges grimpantes « S'attachent sans se jalouser.»

« Vous avez des âmes altières; « N'ayez pas des cœurs inhumains.

« Dieu vous hait lorsqu'il voit que vous tuez vos frères " Et que leur sang rougit vos mains. »

* Nous rêvions, en quittant la Franc* (( De vous donner ses douces lois.

« Nous offrons notre exil, nos labeurs, nos souffrances. « Pour le bonheur des Troquois. »

Le geôlier, debout dans la porte, Avait les yeux sur les brigands, Et la chienne de Closse, en lui faisant escorte, Grondait sans desserrer les dents.

Le jour, entrant, lustrait dans l'ombre Les captifs qui ne disaient rien, Et semblaient confesser, les yeux bas, le front sombre, Que ces Blancs leur voulaient du bien.

rexpedition de Dollard

( avril dt mai Î660 )

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