JERUSALEM
Notices historiques.
Mont du Calvaire. — Mont Sion.
— Vallée de Josaphat.
Mont Moriah.
Jérusalem, dimanche, 21 février 1892 — Jérusalem ! Jérusalem ! Quel nom rappelle de plus grands souvenirs ! Quelle ville fut jamais le théâtre de plus extra- ^* ordinaires événements ! Dans sonenceinte se déroula le drame sanglant et divin de la passion et de la mort du Dieu-Rédempteur; fait unique dans les annales du monde, qui a réconcilié le ciel avec la terre. Devant pareille destinée pâlit la gloire de Rome où de faibles mortels luttèrent pour des conquêtes terrestres, tandis qu'à Jérusalem, c'est Dieu qui conquiert aux hommes le royaume céleste. Elle est la ville sainte que les patriarches ont habitée et vers laquelle se pressent encore les générations humaines, heureuses de baiser le pavé de ses temples, de s'agenouiller sur les pierres de ses chemins, de respirer cette atmosphère surnaturelle qui se dégage de ses monuments, de ses ruines, et de tout son sol, d'adorer l'Homme-Dieu dans les lieux qu'il a sanctifiés de sa présence, de ses miracles, de ses paroles, et de tout son sang. Et c'est ce bonheur dont nous jouissons aujourd'hui ; bonheur tellement inattendu que nous n'aurions pas osé en avoir seulement la pensée.
Suivant la tradition, Jérusalem est l'ancienne Salem fondée deux mille ans avant Jésus-Christ par Melchisédech, roi et prêtre du Très-Haut, contemporain d'Abraham. Les Jébuséens la conservèrent cinq cents ans, alors qu'elle tomba au
pouvoir des Hébreux au retour de la terre d'Egypte, mais la citadelle même de Sion résista à tous les assauts. David s'en empara enfin vers l'an mil avant Jésus-Christ.
Le gouvernement du peuple de Dieu fut d'abord théocratique. Seulement Dieu désignait des juges pour le conduire à sa place dans des circonstances solennelles. Las d'obéir à un chef qu'ils ne voyaient pas, ils demandèrent des rois à la manière des autres nations. Dieu leur accorda Saûl. David lui succéda ; il transporta l'Arche d'alliance à Jérusalem dont
JÉRUSALEM. Emplacement du temple de Salomon.
il fit la capitale de son royaume. Pour la recevoir, Salomon bâtit le temple qui porte son nom et qui est le monument religieux le plus riche et le plus célèbre de l'antiquité.
Le royaume d'Israël était alors à l'apogée de sa gloire ; il ne fit que diminuer ensuite. Et d'abord, sous le règne du fils de Salomon, eut lieu le schisme des tribus ; dix se séparèrent pour former le royaume d'Israël, tandis que le royaume de Juda, formé des tribus privilégiées de Juda et de Benjamin,
resta la véritable Terre Sainte où se conserva le dépôt de la vraie foi et des traditions messianiques.
La Palestine est une étroite lisière de terre d'une dizaine de lieues, entre la Méditerranée et le Jourdain, qui s'étend vers le nord à une trentaine de lieues jusqu'aux premières ondulations du Liban. Elle a toujours été l'objet des convoitises des nations voisines, habitant les contrées arrosées par le Tigre et l'Euphrate ou les bords du Nil ; elle devint la proie de leur ambition quand elle ne les domina pas, et elle servit de théâtre à leurs combats sanglants.
Morcelée, affaiblie, rejetée de Dieu à cause de ses infidélités incessantes, elle fut attaquée par ses ennemis. Mais la Providence veillait sur son peuple ; elle la châtiait pour le ramener, elle ne l'abandonna jamais complètement. L'ange du Seigneur extermina l'armée innombrable de Sennachérib ; les murs de Béthulie virent porter en triomphe la tête du général Holopherne qu'une pauvre femme avait apportée pendant que les ennemis épouvantés de la mort de leur chef, prenaient la fuite. Des prophètes, suscités de Dieu, vinrent en temps opportun, ranimer de leurs discours enflammés le patriotisme de leurs compatriotes et les ramener au Dieu de leurs pères. Entourée des peuples idolâtres, la nation juive de cessait de glisser sur la pente de l'apostasie. Le royaume d'Israël, le plus coupable, le royaume schismatique, prévariqua le premier et tomba sous les coups des Assyriens, et ses habitants furent déportés en terre étrangère dans le royaume du roi de Ninive, et remplacés par ceux qui les avaient vaincus, afin d'introduire en Israël les mœurs et les divinités païennes. Ils formèrent le peuple des Samaritains qui resta toujours distinct du peuple juif. Moins de deux siècles plus tard, en 721, Juda, à son tour, fut vaincu par Nabuchodonosor, et ses habitants furent déportés. Privés de leur temple et de leurs cérémonies sacrées, ils firent entendre sur les rives étrangères les chants de l'exil, et pleurèrent sur les bords de l'Euphrate Jérusalem et sa grandeur évanouie.
Mais les descendants d'Abraham, d'Isaac et de Jacob avaient des destinées, et ils ne pouvaient s'y soustraire. Les événements préparaient l'avènement du Messie en groupant le monde sous un seul sceptre. A cette fin les quatre empires prédits par le prophète Daniel allaient apparaître, chacun à son tour, sur la scène du monde.
Celui des Mèdes, d'au-delà du Tigre, ne dura pas longtemps ; il dut céder devant les Perses, peuple jeune et fort qui habitait
plus à l'Orient. Cyrus le conduisit à la victoire ; il s'empara de Babylone et permit aux Juifs de retourner dans leur patrie, afin de restaurer leur temple et de rétablir le culte du vrai Dieu. Le troisième empire fondit du Nord comme la foudre ; Alexandre traversa les nations en les subjuguant. A Jérusalem, le guerrier, auquel rien ne résistait, voit venir à lui, au lieu d'une armée rangée en bataille, une procession de prêtres, revêtus des ornements sacerdotaux, et portant devant eux les Livres Saints ouverts à l'endroit où est raconté, plusieurs siècles à l'avance, le récit extraordinaire de ses victoires. Le héros macédonien, interdit et flatté, sent tomber sa colère et laisse à Jérusalem son autonomie.
Alexandre, après avoir étonné le monde, finit sa brillante carrière à l'âge où les autres hommes commencent la leur. Il meurt sans héritier et laisse ses conquêtes à ses généraux. Les Ptolémées régnèrent en Egypte, où ils eurent des années glorieuses ; les Séleucides, en Syrie, avec des destinées moins brillantes. Ces deux dynasties se disputèrent le pays mitoyen, la Palestine qui étouffait sous l'étreinte des deux adversaires rivaux. Antiochus, prince impie de la race des Séleucides, résolut d'établir définitivement l'idolâtrie chez le peuple juif qui ne voulait pas apostasièr complètement et gardait toujours la foi dans sa mission. C'est alors que se leva une famille de héros qui ranima une dernière fois la flamme mourante du patriotisme ; les Macchabées, chez qui les sentiments de religion s'alliaient au plus pur patriotisme, par des prodiges de valeur, arrachèrent le royaume de Juda à la Syrie, et régnèrent pendant cent soixante ans. Les temps étaient arrivés où le sceptre devait sortir de la maison de David. Le quatrième empire annoncé parDaniel, s'étendait sur toute la surface delà terre. Pompée attaqua la Palestine et la fit entrer dans le grand tout romain. Les Hérodes régnèrent sous le protectorat de Rome ; ils avaient des idées de grandeur, mais pas de patriotisme ; le pouvoir était leur ambition. Enfin Rome envoya un procurateur pour régner en son nom. Les temps étaient accomplis : le sceptre était sorti d'Israël ; le Messie naissait à Bethléem. Mais il ne fut pas reçu chez « les siens », qui le méprisèrent et le firent mourir à Jérusalem.
Jérusalem devint un monceau de ruines. Elle se releva sous Adrien, mais avec les livrées du paganisme. Le Calvaire fut surmonté des statues de Jupiter et de Vénus. Mais qui peut prévoir les vues de la Providence ? Les idoles sacrilèges restèrent là comme des témoins authentiques pour permettre
à l'impératrice Hélène, deux cents ans plus tard, de découvrir l'endroit précis du tombeau du Sauveur.
La domination romaine dura six siècles ; les Arabes sous Omar, successeur de Mahomet, s'emparèrent alors de la Terre Sainte ; vint plus tard le grand mouvement des peuples d'Occident pour la délivrance des Lieux Saints ; le royaume de Jérusalem dura moins d'un siècle, et Jérusalem retomba de nouveau au pouvoir des Musulmans, et le Croissant n'a cessé depuis, à la honte de la chrétienté, de flotter au-dessus de ce pays conquis.
Dans le cours tragique de son existence mouvementée, Jérusalem fut ruinée bien des fois, et les décombres s'accumulèrent. Après le siège inoubliable de Titus, eut lieu le passage sanglant du cruel Chosroès de Perse, et celui non moins terrible du fanatique Hakem d'Egypte.
Jérusalem obéit aujourd'hui à la Sublime-Porte ; le sultan de Constantinople est son maître. Les personnes qui remplissent les charges importantes de l'État viennent de la Turquie, et le langage officiel est le turc, tandis que l'arabe est la langue du peuple.
Jérusalem est déchue de son ancienne grandeur ; elle est couverte d'un voile de deuil ; la malédiction de Dieu pèse sur elle.
La cité de David, la patrie des croyants, est devenue la ville cosmopolite des religions. Elle est restée la ville sainte des chrétiens qui viennent y adorer leur Dieu mort dans ses murs, vénérer le tombeau qui n'a pu retenir son hôte divin ; les Juifs viennent pleurer les malheurs de leur nation sur un pan de mur en ruine échappé à la destruction du temple, tandis que les disciples de Mahomet ont fait de la mosquée d'Omar un lieu de pèlerinage.
C'est un spectacle étrange pour un catholique, solennel en même temps que triste, de voir tous les chrétiens, même les protestants et les schismatiques, se presser autour du tombeau du Christ, dans cette ville qui a vu passer tant de peuples, subi tant de jougs, mais est restée la terre qui a été le théâtre de la vie de l'Homme-Dieu.
Le Calvaire ou le Golgotha — Nous logeons en^ dehors de la ville, près de la porte de Jafïa. L'hôtel Howard est bâti dans un quartier nouveau à l'aspect européen. Nous ne tardons pas à nous rendre à la Casa nova des Pères Franciscains
où nous rencontrons le Frère Liévin, l'auteur bien connu du Guide de la Terre Sain e, qui veut bien nous accompagner. Sous une barbe blanchie par les ans, il paraît encore alerte ; ses yeux et sa démarche sont vifs ; sa conversation est agréable et instructive ; sa robe de bure, la ceinture à nœuds autour de ses reins, des pauvres sandales qui laissent les pieds à découvert : tout en lui prêche la pénitence. Depuis plus de trente ans qu'il habite la Terre Sainte, il l'a parcourue en tous sens, et il en connaît l'histoire dans tous les détails.
Nous traversons d'abord le quartier juif. Les maisons sont
Basilique du Saint Sépulcre
basses et mal bâties ; les rues sont sales et étroites. Des comptoirs avec des marchandises étendues pêle-mêle les bordent, et ce sont bien des Juifs ces hommes aux épaules larges et voûtées, au regard cupide, qui s'en détachent. On sent que la malédiction pèse sur cette race déicide, sur ces ruines qui nous entourent de leur solennelle et lugubre immobilité.
Notre première visite, ou notre premier pèlerinage est à la basilique du Saint-Sépulcre. Et lorsque nous descendons
les marches nombreuses qui y conduisent, nous pouvons à peine croire à notre bonheur. Est-ce bien ici le Calvaire, le tombeau du Christ ? Où est-ce bien nous qui sommes ici ? Nos cœurs battent bien fort lorsque nous franchissons le seuil de l'enceinte sacrée. Nous allons d'abord nous jeter à genoux au milieu des pèlerins qui se succèdent autour de la pierre de l'Onction, et nous baisons pieusement l'endroit où fut d'abord déposé le corps de Jésus à la descente de la croix. Puis nous prenons, tout auprès, l'escalier qui monte au Calvaire. Le voilà donc ce rocher qui reçut l'instrument du supplice de notre divin Sauveur, et but son sang adorable ; nous ne pouvons que nous prosterner, le front dans la poussière. Le péché est donc un bien grand mal puisqu'il a été la cause de la mort de l'Homme-Dieu ! Les hommes sont donc bien méchants puisqu'ils continuent à le commettre ! Dieu est donc bien miséricordieux puisqu'il ne cesse de leur pardonner ! Sur le Golgotha tout orgueil disparaît pour faire place aux sentiments de l'humilité et de la contrition .
Et si le cœur ne s'ouvre pas à la componction et à l'amour de Dieu, c'est qu'il est plus dur que la pierre du rocher qui se fendit à la mort du Sauveur. On perd le sentiment de son entourage et de son être pour s'anéantir dans la contemplation d'un Dieu mort pour nous, et des larmes repentantes et douces coulent en silence. Il semble que le plus grand bonheur de l'homme soit de s'offrir en sacrifice au lieu même où Dieu expira pour lui.
Nous descendons du Calvaire pour aller au saint Sépulcre. Nouvelles émotions non moins profondes. Sur cette pierre du tombeau repose toute notre foi ; elle est divine, puisque cette demeure sépulcrale n'a pu retenir celui que la mort lui avait confié. Jésus en est sorti glorieux sans briser le sceau que les hommes avaient apposé : « Il n'est plus ici, dit l'ange aux saintes femmes, il est ressuscité, comme il l'avait annoncé ». Et la voix des siècles s'élève imposante, forte du témoignage des martyrs et des docteurs, qui répète à tous les échos : « Celui que vous cherchez parmi les morts, n'est plus ici ; il est ressuscité ». Et nous entendons en nous la voix de notre conscience et de toutes nos convictions qui nous crie : « C'est ici qu'on avait déposé la dépouille mortelle du Sauveur, mais il est sorti triomphant du Sépulcre ».
La basilique du Saint-Sépulcre présente un aspect étrange et unique.
Au centre est le rocher dans lequel était taillé le tombeau
de Joseph d'Arimathie. On l'a isolé, de sorte qu'on peut en faire le tour, et que cette rotonde s'élève comme un monument glorieux au-dessus du sépulcre vide. Un escalier d'une vingttaine de marches monte au Calvaire ; un autre s'enfonce dans la terre jusqu'à la piscine où furent enfouis les instruments du supplice de Jésus et des deux larrons, afin que leur contact ne pût communiquer une souillure légale.
Il y a des chœurs, des couloirs sombres, un déambulatoire, des autels pratiqués dans le roc, des rosaces incrustées dans le pavé pour indiquer les endroits plus particulièrement sanctifiés dans cette église où chaque pouce de terrain est une relique.
La basilique renferme de plus des logis pour tous les sacristains et employés des différentes églises qui ont droit d'y pratiquer leur culte : des galeries intérieures sont garnies de chambres. Le soir, les portes se ferment à clef sur tout ce monde qui ne peut plus sortir, et reçoit sa nourriture par un guichet pratiqué dans la porte d'entrée.
Nous assistons à la procession qui a lieu tous les jours à quatre heures et quart de l'après-midi. Elle se fait aux principales stations qui rappellent la passion, la mort et la résurrection du Sauveur.' On les parcourt en chantant des hymnes et formulant des prières. Les Pères nous offrent un processionnal et un cierge allumé. En sortant de la sacristie nous nous trouvons d'abord dans les chapelles de l'Apparition de Jésus à sa sainte Mère et à sainte Marie-Madeleine ; de là nous gagnons le déambulatoire et nous nous arrêtons à la grotte étroite et sombre qui servit de prison au Christ pendant les préparatifs du crucifiement ; nous prenons l'escalier qui conduit à la chapelle de Sainte-Hélène où l'impératrice priait pendant que l'on faisait des fouilles pour trouver la vraie croix, et, descendant encore davantage dans la terre, nous arrivons à la chapelle de l'Invention de la Croix. Nous montons au Calvaire d'où nous revenons à la pierre de l'Onction, et nous terminons au saint Sépulcre. La procession s'arrête à l'autel du Saint-Sacrement où se font des cérémonies plus ou moins solennelles suivant la fête du jour.
Cette procession est vraiment impressionnante et pieuse ; je me propose d'y revenir tous les jours.
L'église actuelle n'est pas le monument qu'éleva la pieuse munificence de la mère de l'empereur Constantin ; elle a été détruite et reconstruite plusieurs fois. Le temple actuel appartient au Gouvernement ottoman en vertu du droit
de la force brutale. Le sultan, comme le dernier de ses sujets, se fait payer des bakchiches sous toutes les formes. C'est ainsi que chaque pied de terrain dans l'église du Saint-Sépulcre a été vendu et appartient au plus haut enchérisseur. Les Latins, les Grecs, les Arméniens non-unis, les Coptes-Abyssins payent pour l'usage des chapelles qui leur appartiennent, ou pour le privilège d'avoir des offices aux autels communs à plusieurs religions. L'église elle-même est gardée par des soldats turcs qui se tiennent à l'entrée, à demi-couchés sur des divans, et ouvrent la porte de la basilique moyennant finances.
Les religions qui se partagent l'église du Saint-Sépulcre, à part les Latins, appartiennent toutes aux rites orientaux et remontent aux premiers siècles de l'ère chrétienne, alors qu'on se séparait de l'Église non pour se donner une vie plus facile, mais après des controverses théologiques. Les premiers chrétiens n'étaient pas exposés à tomber dans le schisme ; on n'avait que le temps de rivaliser de zèle dans la foi ; on se donnait de mutuels exemples d'édification tout en se préparant dans le silence et la prière au martyr. Mais lorsque le grand Constantin arbora le Labarum au Capitole, la foi chrétienne obtint droit de cité. La lumière du grand jour et la gloire du triomphe éblouirent les esprits ; l'orgueil développa des ambitions ; les discussions commencèrent, discussions dangereuses dans un temps où la doctrine n'était pas incrustée dans des formules précises, et alors que l'infaillibilité de l'évêque de Rome n'était pas encore définie. Il fallait beaucoup d'numilité et d'esprit de foi pour ne pas se laisser entraîner au désir d'innover. Des esprits inquiets et aventureux se demandèrent d'abord si le Christ était Dieu et si Marie était la Mère de Dieu. Arius, simple prêtre, parut qui dit : « Non, le Fils de Dieu n'est pas Dieu, puisqu'il n'est pas éternel ; il n'est pas éternel, puisqu'il a été engendré. Donc, la mère du Fils de Dieu n'est pas la mère de Dieu ». Le premier concile fut convoqué à Nicée ; plusieurs centaines d'évêques y assistèrent et l'évêque de Rome le présida. Il décida que le Fils de Dieu a été engendré, et non fait, que la parole substantielle de Dieu ou son Verbe, est éternel comme Dieu le Père, et de même substance, « consubstantiel à son Père ». Marie est donc la Mère de Dieu.
Nestorius, patriarche de Constantinople, soutint la divinité du Verbe de Dieu contre Arius ; mais il recula devant les conséquences. « Le Fils de Dieu, dit-il, en s'unissant à la nature humaine, lui a laissé sa personnalité propre comme il a
conservé la sienne distincte et éternelle. Il a habité dans la créature comme dans un temple. Donc Marie n'est pas la mère de Dieu, mais seulement de la personne surhumaine à laquelle Dieu s'unit intimement.
Les évêques se réunirent de nouveau à Éphèse, la ville de Marie, et proclamèrent que dans le Christ il n'y a qu'une seule personne, que cette personne est la seconde personne de la Sainte -Trinité, que Marie est sa mère véritable, selon la chair, et que, par conséquent, Marie est véritablement la mère de Dieu.
Le peuple soutenait la cause de Marie, mère de Dieu. Lorsqu'il connut la décision de l'Église, il déborda d'enthousiasme. Il fit un triomphe aux Pères du Concile en chantant : « Marie est la Mère de Dieu » ; on se saluait, en disant : « Marie est la Mère de Dieu ».
C'est alors que parut le moine Eutychès. Il prétendit contre Nestorius qu'il n'y a qu'une personne en Jésus-Christ, mais il alla plus loin en soutenant qu'il n'y a aussi qu'une nature, la nature divine ayant absorbé la nature humaine, de sorte que c'est la nature divine qui a souffert la mort pour nous.
Et de nouveau l'Église se réunit à Chabédoine, et, sous le souffle du Saint-Esprit, décida que la personne du Christ a deux natures, dont l'une a souffert et expié, et l'autre a communiqué un mérite infini aux actions de la première. Marie n'est pas la mère de la divinité, mais bien la mère de l'Homme-Dieu.
Plus tard les Grecs subtils discutèrent sur la personne du Saint-Esprit.
Ils nièrent qu'il procédât du Fils comme du Père, mais soutinrent qu'il avait été engendré comme le Fils, du Père seul. Ils refusèrent en même temps dans leur ambition orgueilleuse, de reconnaître la suprématie de l'évêque de Rome, successeur de saint Pierre.
Les Ariens, les Nestoriens, les Eutychéens, les Grecs Orthodoxes non-unis se séparèrent de Rome, mais en corps, et ils gardèrent tout le rite extérieur. La hiérarchie ecclésiastique se conserva intacte ; au contraire de ce qui est arrivé chez les hérétiques modernes où prêtres et évêques, ne sont que de simples laïques.
Ce sont les descendants de ces premiers dissidents qui se partagent le Saint-Sépulcre avec les catholiques romains ; et, sur tous les autels, s'offre vraiment pour le salut du genre humain la même victime qui s'immola une première fois sur le Calvaire. Et toutes les religions rivalisent ainsi de zèle
et de piété pour proclamer le même Christ, Jésus de Nazareth, adorer sa divinité, et lui rendre un culte public et solennel.
C'est au milieu de la nuit que le Saint-Sépulcre appartient une première fois aux catholiques. Mes compagnons de voyage, un peu fatigués, retournèrent à l'hôtel, et je restai pour dire la messe. Un frère me conduisit au réfectoire où je rencontrai le R. P. Diez, de l'Ordre des Dominicains, mon compagnon d'autel, car il y a du temps disponible pour deux messes.
Je me mets au lit, mais sans pouvoir clore l'œil. Mon esprit est trop rempli de toutes les émotions de la journée et de la pensée de la messe que je vais dire, pour me permettre de reposer. Je commençais toutefois à m'assoupir lorsque dans le silence de la nuit arrivent à mon oreille des chants lointains qui cessent lentement et reprennent. C'est que des offices religieux se célèbrent toute la nuit, et que des prières et des chants s'élèvent sans cesse sous les voûtes du temple le plus auguste de l'univers. Sur les quatre heures, nous entendons des coups redoublés à la porte de notre chambre avec des cris : « Vite ! vite ! Dépêchez -vous ! » C'est qu'il ne faut pas perdre de temps pour laisser la place libre à temps. Autrement des risques regrettables peuvent subvenir. Nous nous rendons en hâte à la sacristie. On comprend mon émotion lorsque, revêtu des ornements sacrés, je suivis dans une demi-obscurité le servant qui me conduisait ; à l'entrée du saint Sépulcre, je dus me baisser pour pénétrer à l'intérieur. J'ouvre le missel; il ne contient qu'une messe celle de Pâques. Ici il n'y a ni Noël, ni Pentecôte, ni Avent ni Carême, ce sont toujours les alléluias, les cris de reconnaissance et du triomphe de Pâques. A la communion je sortis du caveau sépulcral pour distribuer aux fidèles Jésus ressuscité. Je jetai un coup d'œil dans la basilique, et j e vis errant dans les ténèbres quantité de personnes, en même temps que j'entendais des chants venir de différents endroits.
Ah ! vraiment, le tombeau de Jésus est glorieux. Les peuples y viennent de partout y entretenir une garde d'honneur. Et nous-mêmes, nous ne craignons pas d'étendre notre prière ; je prie pour ma famille et mes amis, pour mes paroissiens et mes supérieurs, pour les vivants et pour les morts, pour la patrie et pour le monde entier. Car Jésus est ressuscité pour tous, afin que tous ressuscitent un jour pour la vie éternelle. C'est le vœu ardent de Jésus ; nous prions pour qu'il se réalise.
Le Mont Sion — 22 février. — Jérusalem repose sur deux rangées de montagnes. Bézétha, Moriah, Ophel, à l'Orient, sont séparés de Gareb, Acra et Sion par la vallée de Syrapéon. Le mont Scopus la borne au nord ; de tous les autres côtés elle est entourée de ravins et du torrent de Cédron ; les monts des Oliviers, du Scandale et du Mauvais-Conseil lui servent de contreforts.
Grâce à cette conformation de terrain exceptionnelle, Jérusalem occupait une position stratégique qui la rendait presque inexpugnable ; aussi la forteresse de Sion resta la possession des Jebuséens, lorsque tout le pays appartenait au peuple conquérant, David s'en empara, y transporta la capitale de son royaume qui avait été jusque-là Silo d'Ephraïm, et lui donna son nom : Turris Davidica. Aujourd'hui le mont Sion est isolé et inhabité ; la charrue a passé sur cette terre qui était couverte d'une population si dense ; et la citadelle s'élève solitaire. Seuls les Arméniens non-unis habitent en petit nombre ces lieux ; -un monastère de religieuses est bâti sur l'emplacement du palais du grand-prêtre Anne, l'âme du Sanhédrin qui condamna le Juste. C'est dans cette demeure qu'on amena d'abord Jésus enchaîné ; il y subit son premier interrogatoire et y reçut son premier soufflet. De là on le conduisit chez le .grand' prêtre de l'année, Caïphe, gendre d'Anne. Là il fut condamné à mort au moment même que Pierre, son disciple, le reniait dans la cour d'entrée. Le palais épiscopal des Arméniens s'élève à l'endroit traditionnel où, sur l'ordre d'Hérode Agrippa, petit-fils d'Hérode le meurtrier de Jean-Baptiste, fut décapité saint Jacques le Mineur, le premier évêque de Jérusalem, à son retour d'une course apostolique dans l'Espagne dont il est resté le patron.
C'est sur le mont Sion que Jésus envoya, le Jeudi saint, ses apôtres Pierre et Jean pour préparer le repas pascal. Jésus y célébra la dernière cène avec ses apôtres, institua la sainte Eucharistie et le sacerdoce, et épancha sa tendresse extrême pour les hommes dans un dernier discours, le plus beau sorti du cœur d'un Dieu.
Le Cénacle a été la première église de la Loi nouvelle. Après le Calvaire et le Sépulcre, il n'est pas de lieu plus vénérable sur la terre. Sur la Croix Jésus-Christ s'est immolé ; dans le Cénacle Jésus-Christ continue l'œuvre de la Croix par l'immolation mystique de son corps et de son sang, et livre aux
hommes son corps à manger et son sang à boire. Malheureusement la salle du Cénacle appartient aujourd'hui aux Musulmans et leur sert de mosquée. Les chrétiens n'ont pas droit d'y pénétrer. Ils ne peuvent qu'entrevoir de loin un lieu qui leur appartient, prier et gémir à la vue du sacrilège, et soupirer après des jours meilleurs.
Lorsque Jésus tomba au pouvoir de ses ennemis au jardin des Oliviers, les apôtres effrayés se retirèrent au mont Sion ; c'est là que les saintes femmes vinrent leur annoncer la grande nouvelle de l'enlèvement de leur maître, puis de sa résurrection. Le soir du même jour, Jésus leur apparaît dans la salle du cénacle où ils s'étaient retirés, les portes closes. Huit jours après il est encore au milieu d'eux ; et il force l'apôtre Thomas, absent lors delà première apparition, et resté incrédule, à mettre les doigts dans ses plaies et à s'écrier : «Mon Seigneur et mon Dieu ». Il leur donna alors le pouvoir de remettre les péchés.
Les apôtres retournèrent en Galilée où Jésus leur apparut à différentes reprises ; ils revinrent pour le temps de l'Ascension ; et c'est encore là, au Cénacle, qu'ils reçurent le Saint-Esprit au jour de la Pentecôte ; là aussi qu'ils élurent l'apôtre Mathias à la place du traître Judas.
Jean, à qui Jésus mourant a confié sa sainte Mère, réside sur le mont Sion. Tous les jours il offre les saints Mystères et tous les jours Marie reçoit dans son cœur Jésus, son divin fils. Là elle mourut vers l'an 58, à l'âge de soixante-douze ans.
L'apôtre Thomas avait une maison sur le mont Sion. On y montre la grotte où l'apôtre Pierre pleura si longtemps son péché. Là demeurait Marie, mère de Jean-Marc. Un jour les quelques chrétiens qui composaient l'Église primitive étaient dans la désolation. Leur chef, Pierre, avait été jeté en prison, et l'on s'attendait d'apprendre la nouvelle de sa mort. On était à offrir des prières bien ferventes pour sa délivrance, lorsqu'on entendit frapper à la porte. La servante alla ouvrir, mais apercevant Pierre lui-même elle crut à un revenant et referma la porte sur lui. Lorsque Pierre se montra, on crut que c'était son bon ange ; il fallut que l'apôtre leur raconta comment Dieu l'avait délivré des mains de ses ennemis, et tous rendirent grâces au ciel. On a bâti à cet endroit une église, qui appartient aujourd'hui à la secte des Syriens- Jacobites.
On croit généralement que les Frères-Mineurs, sous la conduite de leur vénère fondateur, vinrent d'abord s'établir au mont Sion, en 1219.
Nous parcourûmes ces lieux déserts et désolés, la tristesse
dans l'âme. *
Mont Moriah ou de l'Éternel — Avant Jésus-Christ il n'y avait qu'un seul peuple qui fut le peuple de Dieu, et qu'un seul temple consacré au culte du vrai Dieu : le peuple Juif et le Temple de Salomon sur le mont Moriah. David en réunit les matériaux, mais Dieu ne voulut pas que ce fût lui qui le bâtit, à cause de tout le sang qu'il avait versé dans ses guerres ; cet honneur échut à Salomon, son fils, le roi Pacifique. Le jour de la dédicace, le Très-Haut descendit d'une manière sensible dans le nouveau temple et le remplit de la majesté de sa présence. Le temple dura quatre cents ans jusqu'à Nabuchodonosor qui le livra aux flammes, et emmena le peuple en captivité. Après sept semaines d'années, Cyrus, roi des Mèdes, le nouveau conquérant, permit de le rebâtir. Il s'éleva de nouveau sur le Moriah, mais combien moins beau que le premier ! Cependant ses destinées furent plus glorieuses puisqu'il devait recevoir le Christ, le Messie attendu. Quelques années avant la naissance du Sauveur, Hérode, qui aimait à faire grand et cherchait à s'attirer les bonnes grâces des Juifs, en fit un monument étincelant d'or et d'argent comme le premier. C'est ce temple qui fut détruit de fond en comble, par les Romains, sans qu'on ait jamais pu le relever de ses ruines, suivant les prophéties.
C'est que les figures ont fait place à la réalité, et au Temple unique de Salomon ont succédé les églises catholiques répandues sur toute la surface de la terre. L'immolation sanglante des victimes ne se pratique plus, mais sur l'autel s'immole mystiquement la victime sainte, pure, immaculée. Nos lieux saints si silencieux avec leurs tabernacles solitaires ne peuvent nous donner une idée du Temple de Salomon rempli du bruit des animaux qu'on amenait pour les sacrifices.
Au centre des parvis concentriques était le temple proprement dit, et, au centre du temple une salle carrée d'une trentaine de pieds où l'on conservait ce qu'on avait de plus précieux alors : les Tables de la Loi données sur le mont Sinaï, la Verge d'Aaron et la Manne du désert. Le coffre qui les renfermait était protégé par le propitiatoire sur lequel étaient posés deux anges dont les ailes étendues remplissaient toute la salle. C'était le Saint des saints où ne pénétrait que le seul grandprêtre, une fois l'an pour offrir un sacrifice au Très-Haut et prononcer le nom trois fois saint de Jéhovah.
Un voile ou étoffe précieuse le séparait du « Saint » qui renfermait l'autel des Parfums, les Tables de la Proposition, et le Candélabre à sept branches.
On descendait par un large escalier de quinze marches au parvis intérieur réservé aux prêtres et aux lévites. C'est la qu'on amenait les animaux pour les sacrifier sur l'autel des Holocaustes. Il y avait deux autres parvis ou cours avec galeries ouvertes ; l'un était destiné aux Juifs ; et le plus éloigné du centre, aux gentils. C'est là que se faisait le commerce des animaux pour les sacrifices, et l'échange des monnaies pour les offrandes. Ce sont ces marchands que Jésus chassa du temple ou du troisième parvis, avec un fouet. Jésus ne mit jamais les pieds dans la partie réservée aux prêtres.
Nous avons dirigé notre course aujourd'hui du côté du mont Moriah, et nous sommes revenus par la vallée de Josaphat. A la place du Temple de Salomon s'élève la mosquée d'Omar qui fait de Jérusalem la troisième ville sainte pour les Mahométans. Après La Mecque et Médine c'est ici que les Musulmans viennent en plus grand nombre. C'est ainsi que Jérusalem est la ville sainte pour les catholiques, les Juifs et les partisans de Mahomet.
On ne peut se défendre d'un sentiment de piété, en même temps que de tristesse et de curiosité, en pénétrant dans la mosquée. En apercevant à travers la grille dorée qui l'entoure et la protège, la cime dénudée du mont Moriah qui sort péniblement de terre tandis qu'une riche coupole semble l'élever vers le ciel; notre pensée remonte les siècles jusqu'aux patriarches. C'est ici la montagne que gravit Abraham avec son fils portant le bois du sacrifice ; c'est ici, au-dessus de l'aire d'Onan que se tenait l'ange du Seigneur, lorsqu'il remit dans le fourreau le glaive de la vengeance divine. Tout le temps que dura le Temple de Salomon, ce rocher, sanctuaire de l'Arche d'alliance, fut soustrait aux regards profanes. Aujourd'hui le Saint des saints appartient à l'erreur, mais il est encore l'objet de la vénération d'un peuple nombreux qui vient s'y prosterner et adorer la divinité.
Mais comme il est pénible de constater jusqu'où peut aller l'aveuglement d'un peuple dominé par un imposteur qui le séduit. C'est ainsi qu'on nous montre la partie du rocher qui voulut suivre Mahomet comme il partait pour aller chercher ses instructions au ciel ; heureusement l'archange Gabriel arrêta à temps le rocher lorsque déjà il ne touchait plus à la terre, de
sorte que la foi musulmane le voit encore suspendu sans support. On nous montre de même l'empreinte que laissèrent les pieds du faux prophète en cette circonstance. Il y a trois clous qu'on conserve précieusement et pour cause ; la fin du monde arrivera lorsqu'ils seront arrachés. Il y en avait d'abord dix-neuf dont un seul devait être enlevé tous les cent ans ; mais un jour le mauvais esprit s'amusa méchamment à les arracher ; on s'en aperçut à temps pour prévenir une catastrophe, mais il n'en restait plus que trois qu'on nous montre encore, mais de loin seulement.
Nous visitâmes la mosquée d'El-Aksa à l'endroit de la Présentation au Temple.
Nous nous arrêtâmes longtemps dans la plaine que couvraient autrefois les parvis du Temple. Devant nous passèrent des femmes juives, la figure complètement couverte par un long voile blanc. Quelques-unes portaient un enfant sur leurs épaules, à la mode du pays ; la mère paraît à l'aise sous son fardeau, et l'enfant, si haut juché, est tout à fait chez lui.
Il était près des trois- heures. Nous vîmes apparaître sur les minarets des mosquées les prêtres de Mahomet ; les muézins firent le tour des galeries en chantant les louanges d'Allah et de Mahomet son prophète, et en invitant le peuple à la prière. Institution touchante et éloquente que ces voix humaines, cloches vivantes, invitant le peuple à faire trêve à leurs occupations journalières pour adorer l'Éternel.
Vallée de Josaphat — La vallée de Josaphat est un lieu rempli de souvenirs impressionnants et pénibles qui inspirent des pensées graves et salutaires. Il n'y arrive que des échos de mort et de silence; tout porte à la méditation et à la prière.
Elle commence au nord de Jérusalem, non loin du Tombeau des Juges, descend entre le Moriah et les Oliviers et s'étend au sud en une vaste plaine où la tradition place le jugement général à la fin des temps. Au fond coule le torrent de Cédron : petit filet d'eau dans la saison de la sécheresse qui devient une rivière tumultueuse dans la saison des pluies.
Une étroite lisière de terre, des petits coteaux précèdent la côte abrupte des Oliviers. C'est un lieu solitaire où Jésus se rendait avec ses apôtres ; il y passait des heures et des nuits entières en prière. C'est dans une grotte, conservée telle qu'elle était alors, mais transformée en chapelle, que Jésus se retira pour prier, le soir du Jeudi saint ; cette terre a bu le
sang de l'agonie ; elle est un calice précieux. A un jet de pierre, est le jardin des Oliviers qui fut témoin de la trahison de l'infâme Judas, et de l'arrestation de Jésus. Plus bas sont des monuments funéraires : celui de la Sainte Vierge qui est devenu l'église de l'Assomption, ceux d'Absalon, le fils rebelle, du pieux roi Josaphat, de l'apôtre Jacques et de Zacharie. Là commencent les cimetières : celui des Juifs, celui des Musulmans, et Haceldama, le champ du Potier, le fruit des trente deniers, devenu le cimetière des étrangers.
C'est sur ces collines en amphithéâtre que Salomon et des rois impies bâtirent des hauts lieux infâmes, élevèrent des au-
Olivier du Jardin de Gethsémani.
tels aux divinitésrpaïennes : Baal, Molok, Astaroth — d'où les dénominations de Mont du Scandale, de Vallée de Géhenne ou de l'Enfer. C'est sur le mont du Mauvais-Conseil que Caïphe avait réuni ses conseillers dans sa maison de campagne et décida avec eux la mort de Jésus de Nazareth.
Le torrent de Cédron, après avoir dépassé le mont Scopus qui vit la rencontre du conquérant Alexandre avec le grandprêtre Jaddus, prend sa course vers la mer Morte où il se jette
après avoir traversé les terrés de Benjamin et de Juda. Sur tout son parcours il coule sur un lit creusé dans des gorges profondes et au fond des précipices.
Nous remontons à la ville par Siloé et nous nous arrêtons à la célèbre piscine où Jésus guérit un aveugle de naissance avec de la salive et de la boue. Sur le haut de la côte, nous passons près de l'endroit où vivaient isolés les pauvres lépreux. Nous en rencontrons plusieurs qui nous demandent l'aumône.