SAINTETÉ LÉON XIII
Nous sommes tous à genoux et confondus aux pieds du Souverain Pontife, comme des enfants autour de leur père.
Monseigneur présente d'abord M. le vice-recteur. " Québec, Montréal ! dit le Pape, il y a longtemps qu'on en parle. Lorsque je suis monté sur ce trône, il en était question alors. Même, cela m'a causé quelque ennui. Bientôt, je l'espère, je pourrai, avec le secours du ciel, rétablir la paix. Il faut que là-bas on donne à la jeunesse une instruction solide ".
Lorsque Ment le tour des élèves du Collège canadien: " Je suis heureux, dit-il, de vous voir. Un séminaire canadien à Koine, c'est une bonne idée. Vous vous y trouvez bien, n'est-ce pas ? " Entendant prononcer le nom de Chicoutimi : " Chicoutiuni ! Le cardinal Taschereau a demandé pour eoadjuteur l'évêque de Chicoutimi ".
A la demande de nous bénir, nous, nos parents, nos amis : " Ah oui ! je vous bénis, vous, vos familles, vos amis, et les objets de piété que vous avez apportés, suivant toutes vos intentions ".
Nous faisons ensuite appliquer les indulgences toties quoties aux crucifix que nous tenons dans nos mains.
" Les familles canadiennes, continue le Saint-Père, sont de bonnes familles. Il y a de la foi dans votre pays, et, lorsque le Saint-Siège a eu besoin de défenseurs, il en a trouvés au Canada. — Encore aujourd'hui, reprend Mgr Racine, les Canadiens seraient prêts à venir au secours du Pape, si c'était nécessaire. — Malheureusement, ajoute Léon XIII de sa voix lente, forte et majestueuse, les temps sont bien changés. Vous restez à Rome, vous; vous savez quelle pression on fait subir au Saint-Siège. On veut l'opprimer ".
Et la figure du Pape avait pris une expression de grande tristesse, et des larmes étaient dans sa voix. " Mais, ajouta-t-il en levant les yeux et les mains vers le ciel, ils ne comptent pas avec Dieu !•..."
Le vénérable octogénaire paraissait fatigué. Depuis plusieurs heures il donnait des audiences à des évêques pour traiter avec eux des intérêts de l'Eglise universelle. Nous baisons une dernière fois ses pieds, ses mains et ses habits, et nous nous retirons en faisant de nouveau trois génuflexions, et marchant à reculons.
Nous sommes heureux, mais notre joie n'est pas sans mélange. Nous sentons bien que nous venons de visiter un captif dans le palais qui lui sert de prison.
Depuis son élection, Léon XIII n'a pas franchi le seuil de sa demeure, et sa réclusion volontaire est une protestation continuelle contre l'ordre de choses établi. Il ne pourrait d'ailleurs, sans s'exposer à des insultes, se montrer dans cette ville que la Papauté a faite et a toujours comblée de ses bienfaits, tandis que le premier venu a droit d'y circuler en liberté. Le travail évident des francs-maçons haut gradés a pour but de rendre la position du Pape insoutenable dans Rome, et de le forcer à prendre le chemin de l'exil. Les sectaires ne sauraient voir sans dépit le spectacle de l'auguste Victime du Vatican attirant à elle les sympathies et l'admiration du monde entier.
Mais en vain l'enfer et le monde s'unissent pour déchaîner les flots des passions humaines; la barque de Pierre porto le divin Pilote à son bord et ne peut périr.
Dimanche, (5 décembre. — Depuis trois semaines, je commence la journée du dimanche par un pèlerinage souterrain. Le '2'1 novembre, je parcourais les étroits et sombres corridors des Catacombes; dimanche dernier, je descendais dans les profondeurs de la prison Mamertine; aujourd'hui, j'ai visité la prison de saint Paul, placée sous l'église Sainte-Marie in Via Lata.
Le converti de Damas avait été arrêté en haine de la religion qu'il prêchait. Le gouverneur Félix, par la crainte des Juifs, le laissa languir pendant deux ans en prison ; son successeur Festus reconnut l'innocence de son prisonnier, mais celui-ci, en ayant appelé à César, à titre de citoyen romain, fut envoyé à Rome pour y subir un nouveau procès. Son voyage fut une longue marche triomphale. On venait de toutes parts pour le voir et l'entendre. Parti de la Judée à la fin de l'été de l'an 60, il arriva à Rome au printemps suivant. Il entra dans la ville escorté de nombreux fidèles dont quelques-uns avaient fait plus de quinze lieues pour aller à sa rencontre.
On lui assigna pour prison la demeure de son gardien Martial, et il lui fut loisible de sortir, en restant toutefois attaché par le bras droit au bras gauche de son geôlier au moyen d'une chaîne. Il profita de cette demi-liberté pour prêcher Jésus-Christ, Mais les Juifs, au lieu de l'écouter avec docilité, se mirent à disputer entre eux. " Eh bien ! leur dit l'apôtre, sachez que la nouvelle que vous repoussez sera prêchée aux Nations." Il tourna alors tout son zèle du côté des Romains, et les conversions se multiplièrent sous le souffle de sa parole ardente. Elles s'étendirent dans les premières familles, et jusque sur les marches du trône. Paul lui-même, dans son épître à Philémon, présente à son disciple des saluts de la part de ceux " qui sont de la maison de César ".
N'était-ce pas la Providence qui avait amené de si loin dans la capitale du monde l'apôtre des Gentils, afin qu'il pût répandre au cœur du paganisme la semence féconde de l'Evangile ?
C'est de sa prison que, rempli de sollicitude pour les églises qu'il avait fondées, il envoya ses admirables lettres aux chrétiens d'Ephèse, de Philippes, de Colosse et de la Judée, ainsi qu'à Philémon et à Timothée. C'est encore durant le temps de sa captivité qu'il dicta a saint Luc, son disciple, les Actes des Apôtres.
La prison de saint Paul est aujourd'hui divisée en deux pièces. Dans l'une est l'autel orné d'un bas-relief représentant les apôtres Pierre e1 Paul, sainl Luc et le geôlier .Martial. Dans l'autre on voit encore la colonne à laquelle Martial, avant sa conversion, attachait son prisonnier Elle est surmontée d'un vase sur lequel sont écrits ces mots : l < rhum h< i non < si alligatum La parole de 1 >ieu m'est pas enchaînée. Tout auprès est la source qui jaillit miraculeusement pour le baptême de Martial et d<- plusieurs cathécumènes.
C'est dans ce lieu à jamais célèbre, témoin des souffrances et des travaux apostoliques de saint Paul, ou se réunirent tant de fois les premiers chrétiens, « | u« ■ j'ai <-n le bonheur de célébrer ce matin les saints M \ Btèr<
Nous gommes au niveau de la Rome ancienne, à une douzaine de pieds au-dessous! de la Rome actuelle. On entend le bruit des chevaux qui battent le pavé du Corso au-dessus de nos têtes, et par d'étroites croisées on a vue sur la rue. On peut presque apercevoir la place Coîonna où s'élève la célèbre colonne que surmontait autrefois la statue de Marc-Aurèle, et qu'a remplacée celle de saint Paul.
Le prisonnier de Martial, l'homme méprisé, a détrôné auprès du théâtre même de ses humiliations l'orgueilleux philosophe, le puissant empereur. Empruntons le langage de l'Apôtre, pour nous écrier "Infirma nmndi eligit Deus, ut confundat fortia — Dieu a choisi ce qui est faible selon le monde, pour confondre ce qui est fort ".
Petit à petit je fais connaissance avec la Ville éternelle. D'abord je me suis familiarisé avec les environs du Collège canadien, et avec les quartiers de la Minerve et du Collège romain où je me rends pour les •cours (Je théologie; puis j'agrandis le champ de mes excursions, non cependant sans m'égarer parfois dans les rues tortueuses de la vieille cité. Il n'est pas rare dans ces courses d'arriver tout à coup au Tibre ; c'est une bonne fortune, car il nous fournit des points de repère pour nous remetre sur la bonne voie.
Cet après-midi j'ai voulu faire une promenade sans but déterminé. Laissant derrière moi Sainte-Marie-Majeure, je gravis la montée du Quirinal. C'est au sommet, à l'intersection des rues des Quatre-Fontaines et du Vingt-Septembre, que sont placées les quatre célèbres fontaines qui donnent leur nom à la rue. A cet endroit, on a le palais du Quirinal à sa droite ; à gauche, on aperçoit au loin la porte Pie, par où les troupes de Victor-Emmanuel entrèrent dans Rome le 20 septembre 1870. J'ai été de ce côté la semaine dernière; j'ai vu l'endroit où la brèche a été pratiquée; j'ai lu les noms des garibaldiens morts en combattant contre les zouaves pontificaux, et l'inscription qui le proclame, et j'ai détourné les yeux des couronnes de laurier attachées à la muraille. Un jour pourtant on fera disparaître ces marques, hélas! trop évidentes, du triomphe passager des loges maçonniques.
Je descends le versant nord-ouest du Quirinal ; j'admire, en passant. la façade du palais Barberini; je traverse la place de ce nom, et j'entre dans la rue Sixtine qui est le prolongement de celle des Quatre-Fontaines. Arrivé à l'église de la Trinité-des-Monts. an lien de continuer au Pincio, je descends par le vaste et imposant escalier d'Espagne jusqu'à la place désormais célèbre par la colonne de l'Immaculée-Conception qu'inaugura Pie IX le 8 décembre 1857.
Je me dirige enfin vers l'église Saint-Joseph a Capo 7c Case. C'est à peine si je puis y pénétrer, tellement nombreuse est la foule <|iii se presse pour entrer et sortir. On y célèbre, en oïïot, le troisième centenaire de la mort de saint Jean de la Croix, réformateur de l'ordre des Carmes: ces religieux desservent ceffe église ainsi que Notre-Dame- '1 es- Victoires. Un prédicateur était dans la tribune et la parcourait en tous sens en faisant force gesticulations. L'auditoire paraissait prêter grande attention an discours: pour moi je ne pouvais suivre
l'orateur qui parlait en italien. Mais que cette déclamation me parut théâtrale! Comme l'homme apparaissait avec l'ambition de produire de l'effet, et combien peu Ton sentait le prêtre simple et sans prétention qui ne cherche que le bien des âmes et la gloire de Dieu ! Il faut avouer que le caractère italien se prête volontiers à ce genre d'éloquence qui peut sembler quelque peu exagéré à celui qui habite les froides régions du Canada.
Je m'en retournais au collège lorsque je vis venir un homme qui attira mon attention; sa démarche et tout son maintien me rappelèrent un de mes paroissiens, et soudain je me trouvai transporté par la pensée au milieu de mes ouailles. En pays étranger, l'imagination est si facilement mise en éveil pour raviver le souvenir des choses du pays ! L'illusion ue dura qu'un instant, la réalité la remplaça bientôt et me laissa seul, coudoyant des étrangers que je ne connaissais pas et qui ne parlaient pas la langue que j'ai apprise de ma mère.
8 décembre. — Je ne suis pas musicien, et je ne puis sentir toutes les beautés d'une œuvre de maître. Ce que j'aime, ce qui m'émeut, c'est Te chant grégorien. Est-il rien de plus solennel que la messe royale ou celle du second ton ? Il y a tel introït, telle antienne qui vous ravissent. Le chant des psaumes respire une simplicité pleine de grandeur qui fait passer dans nos âmes les sentiments qui animèrent le saint roi David; on soupire avec lui au souvenir de ses fautes ; avec lui on se laisse entraîner aux élans de la reconnaissance à la pensée des bienfaits du Seigneur, et l'on se réjouit du bonheur qu'on éprouve à son service.
Le chant grégorien ressemble aux cloches qui ont le privilège de faire vibrer nos âmes à leur unisson. Quelquefois elles rendent un son triste comme la mort, qu'adoucit cependant une note d'espérance: ce Sont les glas. L'Eglise compte-t-elle un enfant de plus, c'est alors un cri d'allégresse que jettent à tous les échos les joyeuses volées du carillon.
Le plain-chant, les cloches, sont, avec les orgues, les trois grandes voix de l'Eglise qui suffisent à tout et que rien ne peut remplacer.
Aux jours de réjouissances publiques, vous avez entendu retentir sous les voûtes de nos temples le chant sublime du Te Daim, alors que Forgue de ses puissants accords soutient la niasse ilvs voix, et que les cloches portent jusqu'au ciel les vœux de la reconnaissance. Dites-moi, y a-t -il ii«ii de plus propre à élever les esprits et les cœurs ?
Voilà un bien long préambule pour arriver à dire ma joie ce matin, en entendant, pour la première fois depuis mon dépari de Québec, une messe eu plain-chant dans notre petite chapelle du collège. Mon émo- '< ion :i été d'autant plus grande que tout y était canadien : c'était le même chanl d<- l'épître, de l'évangile, et des oraisons, les mêmes cérémonies qu'au i»:i\ s.
de compris «mi relie ci ivonsl ;i née combien l'a l.| acliemeiil des Orientaux pour leurs traditions ;i des racines profondes dans la nature, cl
comme l'Eglise agil Bagemenl a leur égard. Dans ses efforts pour les ramener ;i l'unité, elle s'applique a les convaincre qu'il n'est nullement
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question de changer leurs cérémonies pour y substituer celles de Rome. L'Eglise, dans la conquête pacifique des nations, ne cherche pas à détruire les nationalités; au contraire, elle s'identifie avec elles, et. autant qu'elle le peut, sans nuire à l'intégrité de la foi, elle tolère la langue, la loi et les usages de chacun des peuples qu'elle range sous sa bannière.
En Occident, c'est différent ; les Souverains Pontifes ont toujours travaillé ;à établir l'unité liturgique là où la chose peut se faire. Il est de fait que ces innovations dans le culte, qui tendent sans cesse à s'introduire chez les peuples, nuisent à l'harmonie universelle, et souvent préparent les voies pour l'établissement d'églises nationales.
Rome — Le Quirinal.
Après le souper, je sortis faire une promenade. Je fus attiré du côté de Quirinal par les sons d'une fanfare. Une foule considérable mais sans entraînement était attroupée sur la place, pour voir le roi Humbert qui devait se montrer quelques instants au balcon de son palais.
Quelle différence, disions-nous, mon compagnon et moi. avec ce qui devait se passer, lorsque Rome appartenait à son véritable possesseur: Toute la place était alors encombrée par une foule avide d'acclamer son Pontife et Roi, et lorsqu'il apparaissait à la loge papale, revêtu des insignes de sa double souverahieié, les cris d'enthousiasme éclataient de toutes parts. Le silence se rétablissait au milieu de cette foule frémissant sous le souffle de la religion et du patriotisme, el la main du successeur de saint Pierre se levait sur toutes ces têtes courbées, el donnait d'abord la bénédiction à son peuple bien-aimé de Rome, son peuple-sujet, puis à tous les chrétiens répandus dans l'univers: Urbi et Orbi. Avec les derniers accents de la voix pontificale éclatai! le carillon <]>>< centaines de cloches de la ville, et, du château Saint-Ange les coups répi
du canon allaient porter au loin la bonne nouvelle de la bénédiction du Saint-Père, en même temps que des vivats s'échappaient de toutes les poitrines, mêlés aux applaudissements de la foule électrisée.
Espérons que cet heureux temps viendra encore réjouir l'Eglise.
Pour le moment, la situation se tend de plus en plus. Il faut une solution à la crise actuelle. Les insultes du 2 octobre sur la place de la Minerve, la conduite injuste et impolitique du gouvernement français îi l'égard des catholiques et surtout des évêques peuvent l'amener. Déjà la question du Pouvoir temporel a été soulevée. Les partisans de l'unité italienne ne sont pas sans appréhension. Et le Vieillard du Vatican, du fond de sa retraite, ne cesse de protester au nom de la justice et de la religion, et de montrer au monde les entraves que l'on met à l'exercice de son ministère.
Unissons toutes nos prières à celles du Vicaire de Jésus-Christ afin de hâter l'heureux jour de la délivrance.
Mardi, 15 décembre. — Le lendemain de mon arrivée à Rome, je célébrais la messe dans notre chapelle du collège; je la dis ensuite à Bainte-Marie-Majeure jusqu'à la fête de saint Stanislas Kostka; j'adoptai alors Saint-André du Quirinal; depuis la fête de l'Immaculée-Coneeption je vais à Sainte-Marie-des-Anges.
L'église Sainte-Marie-des-Anges, l'une des plus remarquables de Rome, a été construite à même les thermes de Dioclétien. Les thermes étaient les bains publics des anciens. Ils existaient dans toutes les villes et bourgs un peu importants, et contenaient, outre les salles de bains froids, chauds ou à vapeur, des salons, des bibliothèques, des promenades, des portiques et tout ce qui peut procurer le délassement du corps el de l'esprit. Les thermes du Dioclétien étaient les plus considérables; leur enceinte mesurait un mille de circonférence, et trois mille personnes pouvaient s'y baigner à l'aise.
Ponr construire cet immense édifice, on n'employa pas moins de quarante mille chrétiens qui travaillèrent comme forçats, et furent ensuite immolés par milliers, lorsqu'on n'eut plus besoin de leurs services.
Commenl se fait-il que ce monument, témoin de tant de débauches, ait été transformé en un lien de prières^ el que sur ce sol, arrosé par les sueurs el le sang des chrétiens, s'élève aujourd'hui un temple au vrai Dieu ?
Antonia de] I > u«n vivait au XVIe Biècle. C'était un homme de bien. Se sentant inspiré de bâtir urne église en l'honneur des saints Anges, il vini ;i Rome. On jour il fut transporté dans une vision aux thermes de Dioclétien, el il entendit une voix qui lui «lisait: " Ici doit être yotre église." Il se mit tout de suite à l'œuvre, et, quoique dénué de ressources el sans influence, il réussit, après bien des déboires et des persécutions, a assurer la réalisation de l'œuvre de bs vie.
I<«' 15 aoûl 1550 eut lieu la bénédiction solennelle «les thermes, et
Michel-Ange fut chargé de la construction du nouveau temple. Se promenant au milieu des ruines, l'artiste avait remarqué une vaste salle dont les murailles étaienl encore solides, el la voûte soutenue par huit
colonnes de granit d'un seul bloc. Le plan de Michel-Ange fut vite conçu; il résolut d'en faire la nef principale du monument qu'il méditait.
Sainte-Marie-des-Anges a la forme d'une croix grecque. On y pénètre par une porte basse et étroite; le vestibule est une ancienne salle des thermes appelée laconium (étuve). Les murs de l'église sont ornés de tableaux des grands maîtres; la plupart viennent de la basilique yaticane où ils ont été remplacés par des copies en mosaïque. On remarque aussi un grand nombre de statues, entre autres celle de saint Bruno. " Il parlerait, disait un jour le pape Clément XIV, si la règle de son ordre ne le lui défendait ", tellement le ciseau du statuaire a su répandre le souffle de la vie sur le marbre.
Le latin est une langue morte; elle n'est donc plus soumise aux variations, et c'est pour cette raison que l'Eglise l'a choisie pour en faire sa propre langue. Seule la prononciation est sujette à changer ; ainsi le Français, qui prononce Vu fermé, dira tuus; l'Anglais qui donne à cette lettre le son de ou en français dira par conséquent tou-ousse.
De même que Paris doit donner le ton pour la prononciation du français, Londres pour celle de l'anglais; de même aussi, à Rome il appartient de fixer celle du latin. Le latin était autrefois la langue du peuple-roi, et l'italien d'aujourd'hui est encore l'idiome qui s'en rapproche le plus; c'est d'ailleurs la langue de l'Eglise universelle qui a son chef à Rome, et, si l'on devait un jour adopter une prononciation uniforme, c'est dans la ville des Papes qu'on devrait aller la chercher. Cette question pourrait bien devenir actuelle, maintenant que, par suite de la facilité des communications, les séminaristes et les prêtres viennent de partout, et en si grand nombre, perfectionner leurs études philosophiques et théologiques au centre de la catholicité. Ces étudiants tout d'abord doivent se faire l'oreille à une prononciation toute nouvelle pour eux, quitte à l'abandonner de retour au pays. Viendra un temps où les élèves devenus professeurs, garderont la prononciation qu'ils ont apprise à Rome, et la feront passer dans les mœurs.
Donnons ici quelques explications qui aident à faire connaître la manière de prononcer le latin comme en Italie.
Prononcez :
u comme ou. . . . seou (seu) ;
c comme tch. . . tchètchidèrount (ceciderunt) , si le c est suivi de c, de i,
ou de la diphtongue œ; ch comme k. . . . kèroubin (chérubin) ; gn. est toujours doux et mouillé — a-gno I comme agm </"
en français ) ;
htommek miki (mihi), si h est suivi de i dans Le corps d'un mot;
/commet iamdoudoum (jamdudum) ;
m et n n'ont jamais le son misai; il faut les prononcer avec force, en les faisant raisonner: inn i>ri>inf<-hi}>i>> u» principio).
Vous aurez soin de ne jamais faire entendre de son nasal, car il n'existe pas en latin, pas plus que l'unique émission de voix des diphtongues.
Maintenant, s'il vous plaît, nous allons réciter ensemble le Pater :
Pater noster, qoui es inn tchèlis, sanctifitchètour nomenn tououni, adveniat regnoum tououm, fiât yolountas toua, sicout inn tchèlo et inn terra.
11 suffit, n'est-ce pas ?
Qui sait si dans un temps, plutôt rapproché, la prononciation romaine du latin ne deviendra pas la prononciation de toute l'Eglise, et si on ne s'étonnera pas de l'ancienne prononciation, alors qu'on parlait français en latin. Et l'on citera le Pater pour montrer la prononciation mesquine du temps passé.
• I avoue en toute sincérité que je ne compris guère les premières lerons des professeurs; les siffiements des ous et les roufiements des oum me remplissaient les oreilles. Je m'y habituai cependant, et je résolus d'adopter la prononciation du pays dans la récitation du bréviaire et la célébration de la messe. Dans les commencements l'effet fut des plus [étranges. Les mots, en effet, tendent à se confondre avec l'idée qu'ils [expriment ; l'on sait tout l'attrait du nom de Jésus pour les âmes pieuses; changez-en la prononciation, et vous lui enlevez une partie de sa saveur. Aussi, je né tardai pas à mettre de côté les ous et les oum pour revenir à nos. . . us et coutumes, tout en admettant que notre prononciation du latin est locale et défectueuse; des Français, pour être conséquents, en sont venus à dire: Per Dominon nostron... Et pourquoi pas ? Pour l'habitant des bords du Tibre, Dominommc ne vaut pas mieux que Dominon. Cependant, il faut avoir égard au génie de notre langue, et, si vous prononcez u comme ou, il vous arrivera dans un moment de distraction de dire, par exemple: Tou fou oune... au lieu de: Tu fus un. . .
Ma résolution cependant était plus patriotique que praticable. Je me sentis bientôt envahir de toutes parts par la prononciation ambiante. Elle pénétrait chez moi par tous les sens, ces sens presque sans défense contre les impressions du dehors. Que ne peut l'habitude ? Au coin des rues de Rome, vous voyez sur la braise chaude des marrons. Approchez-les <le vos lèvres; vous les trouverez fades et amers. Continuez ;i les goûter; croyez-m'en, votre palais s'y accoutumera, et les galli deviendront pour vous un mets favori. Entre tous, l'oreille est esclave de L'habitude; elle se fait à tous les sons, et les noms les plus étranges souvent répétés lui deviennent familiers; c'est ainsi qu'à force d'entendre lu prononciation italienne, je finis par m'y faire.
Heureusement, les premières impressions sont les plus fortes, et il me sera facile en temps et lieu de reprendre La prononciation "canadienne " du Latin.
Bncore un beau jour que celui <lu 17 décembre, nu jour de grandes
<t douces (''motions, de ces émotions qu'on n'éprouve qu'à Rome. C'est qu'aujourd'hui j'ai en Le bonheur insigne de revoir Notre-Saint-Père le Pape.
A dix heures j'étais rendu dans la cour Saint-Daniase, et je prenais l'escalier qui conduit à la salle Ducale que le Pape doit traverser pour se rendre au Consistoire. Elle était remplie, et je dus prendre place parmi les personnes qui attendaient déjà à la porte.
Bientôt de l'intérieur parvinrent jusqu'à nous des applaudissements avec les cris de: " Evviva il Papa!... Evviva il Papa Re! . . . Vive le Pape ! . . . Vive le Pape-Roi ! . . . " C'était Léon XIII qui faisait «on entrée solennelle à l'autre extrémité de la salle. Les acclamations s'élevaient sur son passage, et, comme une marée montante, s'avançaient de notre côté; elles devinrent plus distinctes lorsque le Pape passa devant nous; nos cœurs battirent plus fort. Puis les voix s'éloignèrent et cessèrent tout à fait; le Souverain Pontife avait pénétré dans la salle Royale où devait avoir lieu la collation de la barrette à deux cardinaux}, dont l'un est l'archevêque de Vienne.
En ce moment la porte de la salle Ducale s'ouvrit, et la foule qui la remplissait s'écoula pour céder la place aux arrivés de la dernière heure.
On ne peut assister à un consistoire que sur présentation d'une carte d'admission; elle est jaune pour la salle Ducale, et bleue pour la salle Royale.
Aussi, tous les invités doivent être vêtus suivant l'étiquette du Vatican. Les hommes ont le frac avec la cravate blanche; les dames portent une robe noire, et sur la tête un voile de même couleur qui. couvre le front et descend sur les épaules; les ecclésiastiques sont tenus au manteau romain.
De temps en temps nous voyons se détacher des rangs des gardes aux brillantes armures ou de hauts personnages. J'ai remarqué surtout un ministre plénipotentiaire avec son épouse et ses deux petites tilles habillées comme au jour de la première communion.
Cependant la cérémonie du Consistoire est terminée, et la procession, composée des chanoines de Saint-Pierre, des chargés d'affaires des nations catholiques, de la cour pontificale, des évêques et des cardinaux, défile depuis quelque temps, lorsque tout à coup les applaudissements éclatent: le Pape vient de faire son apparition du côté où tous les regards l'attendent.
Qui pourrait rester froid devant pareil spectacle ? Qui pourrait retenir les transports de son cœur et les accents de sa voix ? Il y a dans la personne de Léon XIII un cachet de grandeur qui le distingue; sa peau comme transparente, le sourire plein d'intelligence qui illumine ses traits amaigris, ce regard perçant qui va jusqu'au fond de Pâme, sa vieillesse elle-même: tout se réunit pour l'entourer d'un caractère surnaturel qui semble faire de sa personne un esprit céleste. Il s'avance porté sur la sedia (jestoria, tandis que des serviteurs l'accompagnent tenant élevés au-dessus de sa tête des flabelli, énormes plumes d'autruche qui se déploient en éventail. Il va lentement, el sa main tremblante bénit la foule prosternée. Nous le voyons qui s'éloigne avec son cortège royal. Au fond de la salle, la sedia s'abaisse, le Pape en desçend et se dérobe à la foule qui lui fait une dernière ovation.
Oui, celui qui compte des sujets dans toutes les parties du monde est vraiment roi, et le pontife devant qui se courbent tous les fronts est vraiment le chef de l'Eglise universelle. La puissance du Pape es1
encore la première dans le monde, et ses triomphes sont les plus beaux. La crainte ni l'intérêt n'y ont part; tout est spontané et vient du cœur. Le Captif du Vatican attire dans sa royale prison les peuples de la terre et les princes des nations, tandis que le roi Humbert tremble dans son palais usurpé, ne jouit pas de la liberté, et ne possède ni l'affection ni la confiance de ses sujets; jamais il ne sera l'objet de démonstrations comme celles dont le Vatican est si souvent le théâtre.
La première fois que je vis Léon XIII, c'était pour ainsi dire, dans l'intimité. Il était dans son cabinet de travail ; nous étions à ses' genoux, baisant ses pieds, ses mains et ses habits ; nous lui parlions, et lui nous répondait avec la bonté d'un père pour ses enfants. Aujourd'hui le vieillard, si modeste dans sa vie privée, est devenu le monarque que tous acclament. En ces deux circonstances, les impressions qu'on éprouve sont de celles qui ne s'effacent pas. La vérité est au-dessus de l'idéal. On ne nous avait pas dit tout ce qui en était, et nous-mêmes nous ne pourrons le décrire aux autres.
Dimanche, 20 décembre. — Ce matin j'ai dit la messe dans l'église Saint-Alphonse de Liguori, appelée aussi l'église du Très-Saint-Rédempteur ou Notre-Danie-du-Perpétuel-Secours, à cause de la célèbre image de ce nom que l'on conserve au maître-autel. Elle a été construite en 1855, et elle est tout entière en style gothique; c'est la seule de ce genre à Rome. Attenants à cette église, les Révérends Pères Rédemptoristes y possèdent leur couvent et leur noviciat.
De l'église Saint- Alphonse, je me rendis à Sainte-Marie-Majeure. Un confrère du Collège canadien devait dire sa première messe dans la crypte même de la Confession, là où l'on conserve les cinq planches qui servirent de berceau à l'Enfant Jésus. Est-il à Rome endroit mieux choisi pour faire naître une première fois sur l'autel celui qui naquit miraculeusement de la Vierge Marie et fut déposé dans la crèche !
M. Labrosse est un ecclésiastique rempli de vertus et de science. On conçoit son recueillement, sa piété angéliqne en semblable lien et à pareil moment, Sa voix tremble, des larmes viennent mouiller ses paupières attendries. En le voyant, on se rappelle le refrain du cantique :
Est-ce un Dieu qui vient sur la terre ? Est-ce un mortel qui monte aux cieux ?
Cependanl il manque quelque chose à cette touchante et imposante cérémonie. -Te sais le seul a y assister avec un confrère. Où donc est le père qui a donné ce prêtre à l'Eglise? Où est la pieuse mère qui a développé h- germe de la vocation dans cette âme privilégiée? Où sont les frères, les sn-urs et tons les amis ? On sent un vide antonr de l'antel.
Vous avez assisté à la première messe d'un prêtre dans sa paroisse natale. Vous vous souvenez de l'assistance nombreuse et sympathique accourue pour la circonstance. Au premier rang sont les parents du nouvel élu; ils ont la première place, quelle que soit celle qu'ils occupent dans le monde: ils sont les privilégiés du jour. Leur vue seule suffit pour produire dans l'âme du célébrant des émotions qu'il ne peut contenir. Et n'est-ce pas dans cette église qu'il a été apporté au jour de son baptême, et qu'il est venu depuis s'agenouiller tant de fois ? A la communion, l'attendrissement redouble lorsqu'il aperçoit à la Table sainte son père, sa mère et tous les membres de sa famille; son cœur déborde, et à peine peut-il, de ses lèvres encore teintes du sang de son Dieu, prononcer les paroles de la liturgie.
A la sacristie, nouvelle scène. Tous les parents et intimes s'y sont donné rendez-vous. Contemplez au milieu d'eux ce père dont les travaux, encore plus que les années, ont blanchi la tête, et, auprès de lui, l'heureuse mère, les mains jointes et comme ravie dans son bonheur. Le nouveau prêtre lève les yeux et les mains au ciel, trace le signe du salut et appelle les bénédictions de Dieu sur ce petit peuple qui lui est si cher.
Puis, tous baisent la main qui vient d'offrir l'Hostie sainte, et les cœurs se rencontrent dans un même élan d'amour et de reconnaissance ; et, tout le jour, les joies du Seigneur se continuent dans le cercle intime de la famille. Ne sont-ce pas là des heures ravies au bonheur des élus ? Les parents y trouvent la compensation des sacrifices qu'ils se sont imposés pour leur enfant, et celui-ci est heureux des instants de douce félicité qu'il procure aux auteurs de ses jours.
Dites-moi, l'avantage de dire sa première messe dans l'un des sanctuaires de Rome l'emporte-t-il sur le bonheur qu'on goûte en ce jour dans l'église de son village ? Dans le premier cas, il y a plus pour la foi; dans le second, le cœur jouit davantage.
23 décembre. — Avec la fin de décembre nous arrive l'hiver. Son approche sous le ciel d'Italie, n'a rien de bien redoutable pour un enfant du Canada. Cependant je ne suis pas sans appréhension ; les voyageurs nous disent si souvent qu'ils n'ont jamais tant souffert du froid qu'à Rome ou à Paris. Dans nos pays les aquilons soufflent avec violence, mais de puissants appareils de chauffage en neutralisent les rigueurs, tandis que, par ici, nous n'avons que nos vêtements et la chaleur de notre haleine pour nous protéger contre la rigueur des saisons; ceux-là sont privilégiés qui peuvent se donner le luxe de quelques morceaux de bois brûlant lentement dans Pâtre du foyer. Il est vrai de dire que le soleil n'abandonne jamais ses droits sur la température, et ne permet pas à la terre de revêtir ce froid manteau de neige qui glace l'air; il garde le point du maître.
D'ailleurs le soleil joue un grand rôle dans la vie de tout Romain. L'hiver, on le recherche, car il est seul calorifère en usage; l'été, on le fuit, et, sur la rue, on tient le côté où ne dardent pas des rayons trop ardents. Selon le (proverbe, il n'y a que les chiens et les étrangers
qui vont au soleil Toutefois, il ne perd jamais ses droits, et les logements préférés sont plutôt aux derniers étages des maisons. Suivant un autre proverbe: "Doue non va il sole, va il medico, là où ne va pas le soleil, va le médecin. De fait, dans cette atmosphère surchauffée du Midi, se tiennent en permanence de nombreux germes de maladies ; l'énervant Siroco surtout les apporte des bords de l'Afrique sur ses ailes de feu. Le remède contre la débilité générale qui envahit tous les membres est dans la chaleur bienfaisante du soleil.
Depuis une couple de jours, j'ai l'avantage de jouir de la société de mon cousin, le juge Ernest Cimon. Le 27 octobre il épousait à Québec Melle Stella Langevin, fille de Sir Hector Langevin, et partait immédiatement pour un voyage de noces. Les nouveaux mariés visitent présentement Rouie et ses monuments, et je me fais un plaisir de les accompagner dans quelques-unes de leurs courses. Hier nous avons fait une excursion dans la campagne.
La voie Appienne, la reine des routes romaines a été construite par le censeur Claudius Appius, ce rigide romain qui, sur la fin de sa vie, se fit porter au sénat par ses fils, afin de combattre les propositions de paix de Pyrrhus. Les Pères conscrits commençaient à faiblir, lorsque la mâle énergie du vieillard réveilla leur patriotisme, et leur fit adopter une résolution digne de Rome. De retour dans son pays le ministre du roi d'Epire dit à son maître que le sénat lui avait paru une assemblée de demi-dieux, et Rome, un temple digne de les recevoir.
Pourrait-on rendre le même témoignage des assemblées parlementaires de nos jours où Ton tend à s'affranchir de. tout décorum ? Les hommes de caractère s'y font rares, et l'austère vertu des anciens Romains se trouverait parfois à l'étroit dans ces enceintes, témoins des sourdes menées de l'ambition et des lâches concessions de la diplomatie.
Appius construisit la voie qui porte son nom jusqu'à Capoue; plus tard on la prolongea jusqu'à Blindes, en Calabre, et on en fit une route militaire de premier ordre, reliant la Méditerranée à l'Adriatique. C'est. tme œuvre gigantesque «pie les siècles ont respectée. Pour en comprendre toute l'importance, on doit songer aux travaux immenses qu'ont nécessités le déblaiement, le nivellement et le pavage en gros blocs de pierre, de cette route «le cent vingt-cinq lieues.
La voie Appienne date du quatrième siècle avant Jésus-Christ; elle compte «loin- plus de deux mille ans d'existence. Que <le fois n'a-t-eii.pas vu passer les légions romaines, partant pleines de confiance pour des guerres Lointaines, on revenant triomphantes, chargées de dépouilles <i ramenant captifs les ennemis vaincus !
Aujourd'hui une double rangée»de monuments sépulcraux, sur un parcours de plus de cinq lieues, en t'ait le principal intérêt. C'était autrefois le cimetière de L'aristocratie romaine. On y remarque surtout la pyramide de Caius Cestius et la tour de Cecilia Bfetella, femme du triumvir Crassus; [es murs de ce mausolée mesurent trente-cinq pieds d'épaisseur.
C'est aussi dans cette campagne que se déroule à plus de trente pieds sous terre, avec ses rues tortueuses, la cité des martyrs. Les catacombes Saint-Calixte et Saint-Sébastien sont surtout célèbres. Nous avons donc ici les deux Rome anciennes : la Rome païenne avec ses monuments vides et froids comme la pierre du tombeau, la Rome chrétienne avec ses reliques des saints et le parfum des vertus qui s'en exhale. Les morts illustres de l'antiquité sont encore dans la mémoire des hommes, mais leur souvenir ne parle pas au coeur; et qui songe à leur rendre un culte ? Les (premiers chrétiens ont vécu ignorés, souvent l'objet du mépris des hommes, mais ils étaient connus de Dieu. Leurs dépouilles mortelles ont été déposées dans les profondeurs des Catacombes, mais elles n'y sont pas restées ; on est venu les y chercher pour les placer sur les autels du monde catholique.
A dix minutes de marche de la porte Saint-Sébastien, on rencontre la petite église du Domine quo vadis.
A cet endroit Jésus apparut à saint Pierre qui fuyait la persécution de Néron. Le Sauveur portait sa croix sur les épaules et se dirigeait vers la ville. L'apôtre le reconnaît aussitôt et s'écrie: "Domine, quo vadis ? — Seigneur, où allez-vous? — Je vais à Rome pour y être crucifié de nouveau," répond Jésus, et il disparaît. Pierre a tout compris ; il est le disciple aux résolutions promptes et généreuses; une parole a suffi jadis pour l'arracher à ses filets; un regard fit jaillir de ses yeux les larmes du repentir ; et cette fois encore un reproche voilé de son Maître le ramène à Rome pour y subir le martyre.
Le Sauveur laissa l'empreinte de ses pieds sur une dalle du chemin. On conserve cette pierre dans la basilique Saint-Sébastien.
Saint Sébastien est l*un des saints les plus populaires de Rome. Il était d'origine gauloise; encore jeune il embrassa la carrière des aimes, afin de soutenir ses frères dans la foi au milieu des persécutions. Que de chrétiens, ébranlés par les larmes et les prières de parents encore infidèles, ou par les menaces des persécuteurs et les tortures des bourreaux, son zèle arrêta sur la pente de l'apostasie! Que de conversions n'opéra-t-il pas î II présenta un jour plus de soixante néophytes au baptême.
Dioclétien avait remarqué sa bravoure et la distinction de ses manières. Il le nomma capitaine de ses armées pour le rapprocher «le sa personne. Cependant les persécutions redoublaient île violence. Ce fut au tour de Sébastien d'être arrêté. Traduit devant l'empereur il fut condamné, livré à des archers qui le percèrent de flèches, et le laissèrent gisant à l'endroit où s'élève aujourd'hui sur le mont Palatin l'église Saint-Sébastien alla Polveriena. Mais une pieuse dame, nommée Irénée, venue pour l'ensevelir, s'aperçut, après l'avoir transporté dans sa maison, qu'il respirait encore. Elle lui prodigua les soins les plus assi-
dus et ramena à la vie le soldat du Christ tout triste de n'avoir pu recueillir la palme du martyre. Daus l'ardeur de son zèle, il va se placer sur le passage de l'empereur qui se rendait au temple, et il lui reproche eu face ses crimes et ses persécutions. Dioctétien apercevant celui qu'il croyait parmi les morts, s'irrite contre le téméraire qui ose le braver, et ordonne- à ses satellites de l'assommer à coups de bâton: ce qui fut l'ait le 20 janvier 288. Pour dérober sou cadavre à la véuération des fidèles, ou le jeta dans le grand Cloaque. Mais une femme chrétienne, nommée Lucine, le lit enlever secrètemeut pour lui rendre les derniers devoirs. On couserve ses restes précieux dans la basilique Saint-Sébastien, avec une flèche qui servit à le transprcer lors de son premier martyre, et la colonue à laquelle il était attaché pendant sa flagellation.
C'est aussi daus le cimetière de Saint-Sébastien que repose la généreuse Lucine, cette Romaine de noble famille qui soulageait les pauvres de ses deniers, et. au risque de sa vie, ensevelissait de ses mains les confesseurs de la foi.
Ces catacombes sont encore célèbres pour avoir possédé quelque temps les corps de saint Pierre et de saint Paul. Les Orientaux, prétextant que les deux apôtres leur appartenaient à titre de compatriotes, avaient décidé de les enlever, et. pour les empêcher de mettre à exécution leur pieux projet de larcin, on dut cacher temporairement ce trésor dans le cimetière de Saint-Sébastien.
Le cimetière de Saint-Sébastien était probablement le seul fréquenté nu moyen âge. Parmi les pèlerins qui lui ont témoigné la plus grande vénération, on remarque surtout saint Philippe de Néri; l'inscription suivante en conserve le pieux souvenir: " Ce lieu ténébreux, illustré pai le sang des martyrs qui en coule encore, est devenu plus célèbre par b* séjour de saint Philippe de Néri pendant dix années. Lorsqu'il s'y trouvait, il était si enivré de l'abondance des douceurs célestes que, transporté par la violence de cet amour et incapable de supporter la joie dont il était inondé, il demandait avec des cris que l'ardeur de semblables délices cessât, parce qu'il était impossible à un cœur humain de les supporter."
Si nous avions la foi vive des saints, nous connaîtrions peut-être quelque chose de leurs transports enflammés!
Au retour, nous prenons la route des Sept-Eglises qui va de la voie Appienne a la voie d'Ostie, distance d'une lieue, et la rejoint un peu au-dessus de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs.
La voie d'Ostie longe la rive gauche «lu Tibre Elle aboutissait autrefois a an port célèbre qui a perdu son importance à cause des allumions du fleuve ramassées ;■ sou embouchure. Aujourd'hui, à la place d'une ville d'une centaine de mille âmes, on ne voit plus qu'un misérable village d'une centaine d'habitants, (''est là. en tare de l'immensité de la mer qui se confond au loin ave.- le bleu du firmament, que • iut h- modèle des mères chrétiennes, sainte Monique, entre les i ras de sod Augusi in converti.
A Saint-Paul-hors-les-MurSj la voie d'Ostie, venant de Rome, se bifurque. La nouvelle voie Ardéatine s'éloigne du Tibre; c'est sur son parcours, à quatre milles de Rome, qu'elle est traversée par les eaux Salviennes qui donnent leur nom à l'endroit où fut décapité saint Paul. D'après la tradition, la tête de l'apôtre, en tombant, fit trois bonds, et chaque fois fit jaillir une source miraculeuse. On a construit une église à cet endroit ; Saint-Paul-aux-Trois-Fontaines renferme dans ses murs les trois fontaines, et sur chacune d'elles s'élève un petit monument en forme d'autel. Pas un pèlerin ne passe sans venir boire à la source miraculeuse. Tout auprès est la colonne en marbre qui servit de billot pendant la décollation.
C'est donc ici que se sont arrêtés les pieds de l'apôtre infatigable qui ne cessa de courir à la recherche des âmes; lorsqu'il présenta son cou à la hache du licteur, quel saint frémissement dut parcourir ses membres! Son dernier soupir fut sans doute une dernière aspiration d'amour vers son Dieu et Sauveur.
Deux siècles plus tard, dix mille deux cent-trois soldats étaient conduits avec leur chef, le tribun Zenon, aux eaux Salviennes où ils arrivaient exténués de coups et de fatigues. Tout leur crime était d'être chrétiens; pour l'expier, ils avaient travaillé comme esclaves aux thermes de Dioclétien, et, maintenant que les travaux étaient terminés, on les immolait sans pitié comme un vil troupeau.
Cette terre que nous foulons a été arrosée de leur sang, et leurs corps reposent sous nos pieds.
Sur le cimetière des martyrs a été bâtie une église sous l'invocation de Sainte-Marie S cal a Cœli, en souvenir d'une vision de saint Bernard qui aperçut, pendant qu'il célébrait le saint sacrifice de la messe, une échelle allant de la terre au ciel, et un grand nombre d'âmes des fidèles trépassés qui en montaient et descendaient les degrés.
L'église Saints-Yinrent-et-Anastase est la troisième et aussi la plus grande des églises aux T rois-Fontaines. Le pape I [onorius I la lit construire pour recevoir le chef de saint Auastase. moine d'orient, martyr; on y transporta plus tard la pins grande partie du corps du glorieux Vincent, diacre d'Espagne. Elle servit longtemps d'église conventuelle aux religieux de Cîteaux. Saint Bernard, qui remplit la terre de son zèle débordant, vint s'agenouiller sur les dalles de sou sanctuaire. •On montre encore Tondroit où se tenait l'homme a la parole ardente. lorsqu'il exalta avec tant d'enthousiasme le bonheur des saints dans le
ciel.
96 AUX VIEUX PATS
Depuis des siècles, le monastère était inhabité à cause de la malaria qui sévit dans cette partie de la Campagne romaine; de rares pèlerins venaient seuls troubler la solitude de ces lieux. Comment se fait-il que la vie et l'activité régnent aujourd'hui dans ce domaine du silence et de la mort, et qu'une plaine fertile ait succédé à la stérilité du désert ?
C'était en 1868. Un pauvre Trappiste, au teint hâlé par le soleil d'Afrique, se présentait devant Pie IX. C'était l'humble Père François-Iîégis. le même que le gouvernement français avait décoré de la croix de la Légion d'honneur. Il venait rendre compte de ses travaux au chef de l'Eglise, et lui parlait avec animation de sa fondation de Staouëli en Algérie, lorsque le Pape s'écria avec émotion: ,'" Et pourquoi ne feriez-vous pas un Staouëli dans la Campagne romaine ? — Saint Père, répondit le religieux, commandez et vous serez obéi ".
La fondation de l'abbaye des Trois-Fontaines était décidée. Une colonie de religieux ne tarda pas à venir s'installer dans le vieux couvent en ruine. La première année, tous, à l'exception du Père Abbé, succombèrent aux atteintes de la terrible malaria : mais peu à peu les conditions d'insalubrité de l'endroit cédèrent devant les travaux d'assainissement qu'on poursuivait avec ardeur. Le drainage fut pratiqué sur une grande échelle; on planta des forêts d'eucalyptus, arbre des Indes qui a la propriété de purifier l'air. Aujourd'hui on vit aux eaux Sal viennes, grâce à Dieu et au dévouement opiniâtre des Révérends Pères Trappistes.
Lorsque nous y allâmes, les religieux travaillaient en silence à émonder les arbres d'un joli bocage situé sur la pente d'un coteau. Nous n'eûmes que le temps de jeter un coup d'œil sur les alentours; tout nous parut admirable d'ordre et de propreté.
Voilà l'œuvre des moines. Eux seuls sont capables d'opérer une pareille transformation. De même, ils ont été les grands défricheurs du royaume de France, et ils continuent encore leur œuvre patriotique partout où las gouvernements leur laissent seulement la liberté de se dévouer.
Au Canada, les RR. PP. Trappistes ont fondé la Trappe d'Oka, près du lac des Deux-Montagnes, et ces lieux, hier encore arides et inhabitables, ont déjà changé d'aspect. Encourageons leurs efforts persévérants, si nous avons à cœur les intérêts de Dieu et de notre pays.
11 se faisait tard: nous dûmes revenir à la ville. Nous parcourons au retour la même route que suivit saint Paul allant au Bupplice, mais en sens inverse. Nous avons dépassé Saint-Paul-hors-les-<Murs, et nous v<»i<-i en face d'une petite église: c'est la chapelle de la Séparation. l>r Rome jusqu'à cel endroit les deux saints vieillard? "Pierre el Paul avaient marché péniblement, il esl Frai, les mains chargées de chaînes comme des criminels, épuisés d'ailleurs par les mauvais traitements d'une longue captivité dans la prison Mamertine, mais au moins ils pouvaient s'encourager mutuellement. Et combien leur conversation pendant le trajet dut être Bainte el touchante! Le bonheur d<- mourir pour Jésus- Christ, les progrès de la religion dans le monde, l'espérance que leur
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mort serait une semence de chrétiens : tels furent sans cloute les sujets dont ils s'entretinrent. Mais ici devait avoir lieu la séparation; saint Pierre sera ramené du côté du Vatican pour y subir le supplice de la croix; saint Paul continuera jusqu'aux eaux Salviennes. Ils se donnèrent un dernier baiser fraternel avec une parole suprême d'encouragement, et se quittèrent heureux à la pensée qu'un double martyre les réunirait bientôt auprès de leur Maître et Seigneur dans le ciel.
Non loin de là, à quelques minutes des murs de la ville, est la chapelle du Sauveur. Les deux apôtres partaient de Rome, lorsqu'ils aperçurent la noble matrone Plautille qui pleurait en les regardant passer; saint Paul se tourne vers elle et lui emprunte son voile pour s'en couvrir la tête pendant la décollation, promettant de le lui remettre. La tradition ajoute que la promesse fut fidèlement remplie.
Saint-Pierre du Vatican.
Le jour commençait à baisser lorsque nous rentrâmes dans Rome par l'ancienne porte d'Ostie, aujourd'hui porte Saint-Paul. Tous les jours grand nombre de pèlerins la franchissent pour parcourir cette voie que tant de pieux souvenirs recommandent à l'âme chrétienne. Plusieurs sans doute y ont trouvé leur chemin de Damas; les écailles de l'indifférence et de la tiédeur sont tombées de leurs yeux, et ils se sont écriés d'un cœur converti, comme autrefois Saul: "Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? "
De tous les édifices religieux que nous ;i légués l'antiquité romaine, le Panthéon est le plus artistique el le plus imposant. Cette immense coupole de cent quarante pieds de diamètre, reposant sur des murs de vingt pieds d'épaisseur, commande encore, après dix-neuf siècles, le respect et l'admiration.
Le Bramante, et après lui Mie bel -Ange, firent le projet hardi d'élever dans les airs un panthéon chrétien, en tout semblable au monument païen. Il devait être le couronnement et le centre d'un temple en forme de croix grecque. Un portique surbaissé, dans le genre de celui du Panthéon, concourrait à l'effet général en faisant ressortir davantage la gigantesque rotonde.
.Malheureusement ce plan, d'une majestueuse simplicité ne fut pas réalisé; on s'en éloigna au moment de construire le portique, eent ans après la pose de la première pierre de l'édifice. Une rallonge de cent cinquante pieds, faite à la nef principale, renvoya la coupole trop loin du portail, et une façade, haute de cent soixante pieds, en masqua le tambour. Voilà pourquoi Saint-Pierre ne fait pas tout d'abord jeter un cri d'admiration à l'étranger qui l'aperçoit pour la première fois.
Telle qu'elle est cependant, la basilique Va ti cane n'en reste pas moins le monument par excellence, ("est le temple le plus vaste du monde; il couvre une superficie de quatre arpents et demi carrés, et occupe un espace deux fois plus considérable que la cathédrale de Milan La nef a six cents pieds de longueur dans œuvre, et près de sept cents avec le portique. Elle se prête merveilleusement au déploiement des pompes religieuses, et aux grandes démonstrations de la foi catholique, puisque son enceinte permet à plus de soixante mille personnes d'y trouver place.
On jouit d'une vue unique de la coupole, près de la Confession. En la voyant s'arrondir à trois cents pieds au-dessus de nos têtes, pareille au firmament, on éprouve comme une sensation de l'immensité, et l'on comprend la parole d'un philosophe impie du siècle dernier: "Je crois sous le dôme de Saint-Pierre ".
Mais pour se faire une idée plus exacte des proportions hors ligne du monument, il faut en faire l'ascension.
I 11 escalier en colimaçon de cent quarante-deux degrés conduit sur le toit. Chaque marche forme un plan légèrement incliné, et la rampe est tellement douce et large qu'on pourrait la gravir en carrosse. Sur le haut, on découvre les dômes des chapelles latérales, et quantité de petites constructions habitées par des gardiens et des ouvriers. Sur le toit ou dirait un village suspendu, et dans les combles vivent plusieurs centaines de personnes chargées du soin de la basilique. On conçoit, après cela, que les frais d'entretien s'élèvent à la somme énorme de trente-six mille piastres par année.
La façade est surmontée d'un attique que couronnent les statues colossales du Sauveur et des douze apôtres. Elles sont taillées dans des blocs de marbre de vingt pieds de hauteur. De là la vue s'étend sur Rome et ses monuments. Mais ce qui fascine le regard et éblouit la pensée, c'est le dôme qui s'élance dans les airs jusqu'à trois cents pieds au-de8SUS île la terrasse où QOUS sommes montés. Les quatre piliers <pii le soutiennent dans les airs sont en maçonnerie pleine de cinquante pieds de côté, lia Bramante les commença; Michel-Ange banda les arcs ipii devaient soutenir cette niasse énorme.
Nous commençons l'ascension en parcourant les corridors pratiques dans le soubassement de la construction aérienne. A la naissance de la coupole, les escaliers conduisent a une première galerie intérieure d'où l'œil contemple avec stupéfaction l'espace qui s'ouvre connue un
KO ME !)'
abîme devant lui. Le baldaquin de la Confession, qui a cent pieds de hauteur, nous apparaît à peine dans le lointain ; les quatre-vingt-neuf lampes d'or qui brûlent sans cesse sur le tombeau des glorieux apôtres Pierre et Paul semblent être des points lumineux, et nous voyons des formes humaines errer ça et là dans la vaste nef, tandis qu'au-dessus de nos têtes la voûte étend son brillant pavillon de mosaïque comme une tente immense.
Sur la frise de l'entablement on lit le texte de l'Evangile qui proclame les divines prérogatives du chef de l'Eglise sur la terre: Tu es Petrus et super liane petram cedificabo ecclesiam meam. Les lettres en mosaïque ont cinq pieds et demi de hauteur; la surface en est rugueuse et il y a des joints d'une ligne entre les pierrettes. D'en bas, le tout paraît d'un travail achevé. Saint-Pierre, dans ses moindres détails, est un modèle de proportion.
La coupole est enveloppée dans une espèce de calotte, et c'est entre ces deux murailles qu'on monte jusqu'à la lanterne. L'ascension est longue et pénible: toujours se présente devant nous les degrés sans fin de cet escalier en spirale.
Une galerie intérieure fait le tour de la voûte de la lanterne.
Nous sortons sur la balustrade extérieure, d'où nous jouissons d'un panorama incomparable. La Campagne romaine s'étend devant nous à perte de vue, depuis les monts Albains et les montagnes de la Sabine jusqu'à la Méditerranée.
Il ne reste plus qu'à pénétrer dans le globe de cuivre qui surmonte le faîte de tout l'édifice. Il a sept pieds de diamètre et peut contenir seize personnes. C'est une chambre noire, sans fenêtre ni porte. On y parvient au moyen d'une. échelle étroite et verticale.
Je continue mon ascension, et bientôt après je suis installé avec une douzaine de compagnons dans cette boule qui d'en bas nous avait paru avoir un pied et demi de diamètre. Cependant on ne se rend pas compte de la hauteur où l'on se trouve, tellement tout est solide sous nos pieds et autour de nous.
Dans ce globe, image du monde, une croix enfonce ses racines puissantes pour supporter entre le ciel et la terre un morceau de l'arbre sacré du Calvaire. Le signe de notre Rédempteur domine de quatre cent cinquante pieds cette colline du Vatican qui vit mourir sur une croix le successeur du divin Crucifié. C'est le digne couronnement du temple qui renferme sous ses dalles vénérables les corps du chef des apôtres et de l'apôtre des Gentils, ces deux colonnes de L'Eglise naissante.
25 décembre. — Noël! Messe de minuit! Enfant .Jésus! Que de souvenirs rappellent ces trois mots, et comment les prononcer sans attendrissement? Ils nous reportent aux aimées de noire plus tendre enfance, à cette époque où les impressions se gravenl si profondément. Vous souvient-il lorsqu'on vous annonça pour la première fois que vous assisteriez à la messe de minuit ? Quelle ne fui pas votre joie! Vous n'osiez croire à pareil bonheur. Dans votre défiance instinctive, vous alliez jusqu'à douter de la parole maternelle, et, dans la crainte qu'on ne partît pour l'église sans vous emmener, vous n'osiez clore l'œil.
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Dans le lieu saint l'enfant de cinq ans est tout oreilles et tout yeux. Tout ce qu'il voit ou entend l'émerveille. L'autel lui apparaît tout en feu; la musique lui semble venir du ciel. Devant la crèche surtout, il reste en extase Pour lui, c'est le petit Enfant Jésus en personne qu'il contemple. Comme il est beau, ravissant avec ses cheveux blonds, ses joues roses, ses lèvres souriantes, et ses bras tendus vers vous ! Mais il :doit souffrir du froid, son vêtement est si léger, et la saison est bien rigoureuse !
A Rome, il n'y a pas de messe de minuit solennelle, excepté toutefois dans quelques églises, et encore faut-il présenter une carte pour y être admis.
Sur les quatre heures du matin, commence le carillon des cloches annonçant la joyeuse fête. Il me réveilla. Je voulus faire la sourde oreille, mais en vain. Ne pouvant nr assoupir, je résolus de sortir; heureusement, car à Sainte-Marie-Majeure, où la Providence conduisit mes pas, j'obtins la permission de dire les trois messes de Noël à l'autel de la Crèche. C'est en effet dans cette basilique que l'on conserve le berceau du Sauveur. Ce sont cinq planches, noircies par les siècles, de trois pieds de longueur sur huit pouces de largeur. Au IVe siècle, l'impératrice Hélène avait fait revêtir de lames d'argent la Crèche de Bethléem ; au Ville, l'invasion des hordes musulmanes força les chrétiens de la transporter à Rome, et elle devint la propriété de Sainte- Marie-Majeure. Pie IX fit construire, pour la recevoir, une superbe Confession avec baldaquin ; on y descend par deux escaliers au bas desquels est la statue de ce pape en prière. Au-dessus de l'autel, dans une niche pratiquée dans le mur, l'on conserve, réunies en faisceau dans une châsse vitrée, les cinq planches qui reçurent les faibles membres de J'Knfant-Dieu à son entrée dans le monde. Elles sont exposées à la vénération des fidèles depuis les premières vêpres de Noël jusqu'aux deuxièmes du lendemain. On les remet alors à leur place, après avoir dressé un procès-verbal de leur identité; puis on appose les scellés qui ne seront rompus que l'année suivante à pareille date.
Je fus heureux de célébrer dans cette crypte privilégiée. Les chanoines récitaient alors les heures canoniales; la psalmodie lente et grave, mêlée au bruit confus des pas de la foule sur le parquet et au murmure des prières, produisait dans mon âme une émotion, un charme que je ne puis définir. Lorsque je terminai la dernière messe, on entonnait le Te Deum au chœur. C'était le moment de la translation de la Crèche de la sacristie a l'autel du Saint-Sacrement. La relique, pontée sur un brancard, dominail la foule; et la vaste nef de la basilique était tellement remplie que la procession se frayait difficilement un passage à travers cette masse compacte.
La grand'messe fui chantée par un cardinal.
L'avouerai-je ? Les cérémonies et le chant ne m'émurent guère. On n'y respire pus cri arôme de douce piété et de filial abandon qui embaume notre messe de minuit au Canada; c'est plus imposant, mais moins touchant. Rien ne remplace ces airs 'le Noël qui résonnent à nos • •reilies rumine un écho 'lu cantique des anges au-dessus des collines de Bethléem. Aux chœurs exécutant leurs savantes compositions, je préfère .-es voix fraîches el pures d'enfants qui chantent " la nouvelle agréable 'l'un Dieu Sauveur ne dans une étable, la naïve confiance des ber-
gers laissant leurs troupeaux errer à l'aventure pour venir voir cet enfant si doux dans les bras de Marie, de Marie qui chante pour endormir Jésus ".
Puis, en cette nuit de Noël, les communions sont si nombreuses dans notre pays de foi. Les habitants des villes et des campagnes se donnent rendez-vous à la Table sainte pour recevoir le Dieu de la Crèche. A Sainte-Marie-Majeure, il y eut cependant bon nombre de communions, et un clerc, accompagnant le prêtre, distribua une image de Noël à tous ceux qui reçurent la sainte Eucharistie.
Dans l'après-midi, après une courte visite à l'église de la vierge Anastasie qui mourut martyre le jour de Noël, et seule a l'honneur d'une mémoire à la messe de cette fête, je me rendis à Sainte-Mariein Ara Cœli pour y vénérer le Bambino.
La tradition rapporte qu'Auguste, désirant connaître son successeur, voulut consulter les dieux. Comme il montait les degrés du temple de Jupiter Capitolin, une femme d'une grande beauté lui apparut et dit en lui montrant un gracieux enfant qu'elle tenait dans ses bras : " C'est lui qui bientôt régnera ". Les dieux invoqués répondirent de même qu'un " enfant hébreux, descendu du ciel et conçu sans tache, régnerait sur le monde ". En souvenir de ces prodiges, Auguste fit ériger à l'endroit même de l'apparition un magnifique autel avec cette épigraphe: Haec est ara Primogeniti Dei — ceci est l'autel du fils aîné de Dieu. Lorsque les idoles furent renversées, on éleva sur le Capitole une église qui prit le nom de Sainte-Marie in Ara Cœli (autel du ciel).
Elle est surtout célèbre à cause des restes de sainte Hélène qu'elle possède et de la statue de l'Enfant Jésus. Voici l'histoire de cette statuette, telle que la tradition la rapporte.
Au XVIe siècle vivait à Jérusalem un pauvre religieux convers de l'ordre de saint François, habile à sculpter des images pieuses. Un jour, le Ciel lui fit découvrir un morceau d'olivier du jardin de Gethsémani qui avait été imprégné du sang du Sauveur. Il y tailla une figure de l'Enfant Jésus, quelles anges terminèrent pendant son sommeil. Comme il avait promis d'en faire don à l'une des églises de Rome, il se mit en route pour accomplir son vœu. Tout à coup le navire qu'il montait est assailli par une violente tempête, et jeté sur les côtes de Livourne où il se brise. Le lendemain, parmi les débris et les épaves du vaisseau, apparaît la cassette renfermant la précieuse effigie. On veut la sauver, mais elle fuit. Le religieux Franciscain se présente; elle va vers lui comme portée par les vagues. Ce nouveau prodige redouble la confiance de tous envers la statu.' miraculeuse; elle fut reçue à Rome au milieu des cris d'allégresse, et installée nu couvent de VAra Cœli. Au siècle suivant s'établit l'édifiante coutume «le la porter aux mourants; un riche carrosse lui était affecté a cet effet; un Père Franciscain s'y installait avec le Bambino sur les genoux; il Laissail pendre par la portière un coin de son étole, pour faire connaître In présence de la statue miraculeuse; et sur son passage le peuple se découvrail et se signait pieusement.
En 179s. lorsque les Français proclamèrent la république sur les bords du Tibre, ils pillèrent l'église de VAra Gœli et dépouillèrent le Bambino de ses richesses; ils allaient même le jeter dans les flammes. lorsqu'un riche Italien Tacheta pour le dérober à la, profanation des nouveaux manies de Home.
De Noël a l'Epiphanie il est exposé dans une chapelle splendidement illuminée, et tout le peuple vient le vénérer.
La statuette a deux pieds de hauteur; son vêtement de soie blanche est couvert de diamants et de pierres précieuses. Elle représente un entant de cinq à six mois aux yeux vifs, aux traits saillants, reposant sur un peu de paille.
Les personnages de la crèche sont de grandeur naturelle. C'est d'abord Marie et Joseph contemplant dans une muette extase l'enfant nouveau-né. Auprès d'eux est un berger, les mains jointes, la tête un peu penchée en avant, dans la posture d'un homme qui veut regarder de plus près et n'ose par respect; il est à demi caché derrière un rocher. Son compagnon apporte des fruits à l'heureuse mère. Une corbeille remplie de raisins, de pommes et d'oranges est déposée auprès du berceau.
En arrière paraissent des patriarches et des prophètes qui viennent adorer le Fils de la Vierge ; au-dessus d'eux et suspendu dans les airs, un ange tient une banderolle sur laquelle sont écrits ces mots : Gloria in excelsis Deo. Puis le ciel s'entr'ouvre et laisse apercevoir les auges qui pincent des harpes et des guitares, et chantent la " bonne nouvelle ". De toutes parts accourent des esprits célestes.
Tout au fond de la scène, se tiennent Dieu le Père et Dieu le Saint- Esprit entourés d'une brillante auréole dont les derniers reflets arrivent jusqu'à l;i grotte.
Une coutume des plus intéressantes s'est conservée à VAra Cœli. Tous les jours, depuis Noël jusqu'à l'Epiphanie, des enfants viennent réciter des petits discours devant la crèche de l'Enfant Jésus. Ils les ont appris de leurs mères, des dévouées religieuses ou de leurs institutrices, ('es orateurs d'un nouveau genre sont installés sur une large estrade placée eu Bace de l'exposition.
("est un spectacle aussi gentil que nouveau.
26 décembre. L'église Saint Etienne-le-Rond est trop petite
pour la foule qui s'y presse, c'est qu'aujourd'hui est la fête de son patron, l'une des rares circonstances <>ù ses portes s'ouvrent au publie; et tous veulent profiter de l'occasion pour contempler les peintures murales ipii lui donnent tout son prix.
Saint lit ienne le -Rond, ancien temple païen, fut dédié au premier des diacres des le Ve siècle. ("est tille rotonde de cent t l'en t et rois pieds
de diamètre, surmontée d'une coupole. Bile a deux enceintes, et c'est sur les murs du pourtour intérieur que se déroulent, dans une longue série de peintures a fresque d'un impressionnant réalisme, l'histoire des martyrs des premiers siècles de l'Eglise.
Le spectacle que nous avons sous les veux surprend même à Rome. Chevalets, haches, tenailles, ongles de fer, roues, torches ardentes, tous les instruments de supplice sont représentés dans toute leur horreur. On ne voit que chairs meurtries, membres disloqués, os brisés. Le l'eu pétille et dévore ses victimes; les bêtes féroces s'élancent furieuses sur leur proie et s'acharnent à les déchirer. Ici, saint Pierre est crucifié la tête en bas, et saint Jean plongé dans la bouilloire ardente; là, saint Clément, pape, est jeté à la mer; plus loin on retourne saint Laurent sur son gril.
Un pareil spectacle rappelle la parole de Pascal : " On croit volontiers des témoins qui se laissent égorger ".
On comprend l'empressement des enfants dont l'imagination est frappée par tous ces tableaux vivants. C'est donc encore leur fête aujourd'hui. Hier, tout leur parlait du petit Jésus; aujourd'hui, ce sont les disciples du divin Enfant qui viennent lui témoigner leur foi et leur amour en scellant leur foi de leur sang. Aussi l'histoire des persécutions est-elle populaire à Rome. Les enfants la voient d'une manière frappante à Saint-Etienne-le-Rond, et ils continuent à la lire sur les monuments qui les entourent.
Lorsque j'entrai dans l'église Saint-Etienne, je me trouvai tout de suite engagé dans le mouvement de la foule qui faisait le tour du temple en examinant les peintures. En passant devant un autel retiré, je vis plusieurs personnes mettre un genou en terre: nous passions devant le Saint Sacrement. Je ne pus moi-même m'arrêter que quelques instants pour faire un acte d'adoration, et je continuai à suivre le courant. Bientôt nous arrivons à la chapelle principale. Le chœur était rempli par les élèves du Collège germanique venus, suivant la coutume, pour chanter les vêpres solennelles du jour.
Ils exécutent le chant grégorien avec une grande perfection. Afin d'obtenir un ensemble plus parfait, le maître de chapelle bat la mesure, même pendant le chant des psaumes. Une pareille psalmodie est vraiment une élévation de l'âme vers Dieu.
A la sortie de l'église, je retrouvai la foule des mendiants toujours fidèle à se porter aux endroits où a lieu la station du jour. Vient ensuite le marché improvisé pour les enfants; on y voit des joujoux de toutes sortes et surtout des clochettes grosses et petites; elles y sont nombreuses, et chacun de les agiter à qui mieux mieux, afin d'attirer l'attention des passants. Imaginez d'ici le tintamarre.
Dimanche, 27 décembre. — C'est un grand bonheur assurément que d'assister à la messe du Pape, et de communier de sa main. Je le compris encore mieux ce matin à l'émotion que je remarquai chez le juge et Mme C, qui venaient d'avoir cette faveur. De plus Déon XIII. se retirant acres son ad ion de grâces, les avait bénis et leur avail adressé quelques paroles.
"Je ne sais, dit Mme C, si le Pape se rend compte de toute la joi<> qu'il nous cause. lorsqu'il nous permet <le nous aipprocher de sa personne."
Le juge n'est pas moins ému, mais cherche davantage à se rendre compte de ses sentiments intimes.
" An premier abord, dit-il, Rome n'a pas produit sur moi tout l'effet que j'en attendais. J'ai vu deux villes que je ne pouvais bien distinguer: la cité ancienne avec ses rues étroites et ses monuments d'un autre âge; et la nouvelle capitale avec ses boulevards modernes et ses quartiers neufs : la ville du Pape et celle du roi. Le contraste produisait un effet étrange sur mon esprit. Puis je commençai à me rendre compte de tout ce que je voyais. Aujourd'hui, la vérité m'apparaît dans toute sa clarté, il me semble. Rome est la ville des Papes; leur influence s'y fait sentir partout. Victor-Emmanuel, l'intrus usurpateur des biens pontincaux. profane de sa dépouille excommuniée le Panthéon, tandis que sous les dalles de la basilique où reposent ses reliques vénérées, le premier des Papes attire les hommages de tout l'univers. La brèche de la porte Pie rappelle la plus injuste des usurpations perpétrée avec la lâche complicité des nations, tandis que l'arène des amphithéâtres proclame la noble fermeté de ces chrétiens qui préférèrent la mort à la trahison de leur devoir.
La voie Appienne.
" El ainsi la ville des Grégoire, «les [nnocent, «les Pie et des Léon se dégage de tontes les scories qu'on a jetées sur son manteau, et apparaît
belle et l;i \ on lin II t e a 11 X Veux (le |;i foi. Tout s'e\ |»l ii| lie. tout lions parle
du christianisme, de son berceau ensanglanté, de son développement
merveilleux dans les siècles. La terri' que nous foulons, les œuvres d'art que nous visitons, tout est imprégné du plus pur esprit i\u christianisme.
"('elui <pii n'a pas vu le Pape n'a pas vu Rome. Le Tape est la grande figure qui plane au-dessus des choses humaines.
•• Lorsque les ombres du matin enveloppent encore la nature, tout paraît confondu dans In plaine; mais, à mesure qu'elles se dissipent, La
forme des objets se dessine plus nettement ; et lorsque le soleil perce le voile, il donne à tout une splendeur et un éclat nouveaux. Le Pape est l'astre de l'Eglise; celui que n'éclairent pas ses rayons reste enveloppé dans les ténèbres, ne comprend rien au plan de la Providence dans la conduite du monde. Autour de lui gravitent, comme autour d'un point central, les peuples et les empires, et ce centre d'attraction donne la véritable orientation à tous les événements."
" Les personnes de tous les pays, occupant une position importante dans la société, devraient faire le pèlerinage de la Ville éternelle. Ils y puiseraient des idées plus nettes sur tous les grands problèmes qui agitent les hommes, et se mettraient en état de faire plus de bien dans le sphère d'action où s'exerce leur influence ".
30 décembre. — Cette époque de l'année me rappelle un bien triste souvenir. C'est le 27 décembre 1889 que ma mère quittait la terre pour un monde meilleur. Deux ans se sont écoulés depuis, et la plaie faite au cœur est encore aussi vive qu'au premier jour. La pensée de ma mère me suit partout. Je vis en sa compagnie ; et. comme de son vivant, j'aime à lui faire connaître mes joies et mes peines: à lui ouvrir mon cœur. Oui, elle me voit encore; elle m'entend; elle connaît les détails de ma vie. Elle prenait tant d'intérêt à tout ce qui me concernait ; il est impossible qu'il puisse en être autrement aujourd'hui. La tombe ne doit pas épuiser ce fonds de dévouement et d'inépuisable tendresse du cœur de la mère, de ce cœur qui se prodigue sans cesse, et se conserve tout entier pour se prodiguer toujours. Les manques de correspondance, les mauvais traitements, les ingratitudes n'y peuvent rien; la mère se rend maîtresse des cœurs les plus rebelles à force de se donner elle-même. Elle aime, c'est sa vie; si vous voulez qu'elle cesse de se dépenser pour l'objet de son amour, enlevez-lui le cœur, car il ne peut battre sans développer le dévouement et le sacrifice. Tant qu'un souffle de vie soulève sa poitrine, il est pour sa famille; là se concentre son généreux égoïsme.
Aussi comment exprimer l'état où vous laisse la mort d'une mère ? Comment décrire le vide qu'elle creuse en nous, autour de nous, partout: tant notre mère occupait de place dans notre existence. La vie n'est plus la même; car une partie de nous-même l'a suivie dans la tombe, et nous ne tenons plus à la vie que par l'autre partie. Plus de joie entière, plus de bonheur sans mélange, plus de douceur sans amertume. Il y a des épanchements intimes de Pâme que nous ne goûterons plus. Il eu coûte moins, après cela, de mourir, puisque c'esl l'unique moyen qui nous reste de nous réunir à notre mère.
Après la mort de nos parents, on comprend que Dieu ne nous ;i pas créés seulement pour vivre quelques années sur la terre ;m milieu de bien des épreuves, et mourir ensuite toul entiers; non, ce n'est p;is en vain que Dieu a pincé an plus infime de notre être *h's aspirations que rien ne peut satisfaire ici-bas; son œuvre serait inachevée!, s'il n'av;ii< destiné l'homme à une autre vie où les liens du cœur se renoueront dans la contemplation de l'essence divine. Autrement, la famille avec ses pures affections est un hors-d'œuvre. Pourquoi Dien aurait-il attache
•aux entrailles de l'humanité des sentiments si vivaces. pour les en arracher violemment après quelques années ? La nature proclame hautement l'existence d'une autre vie. C'est l'espoir des orphelins.
Rome. — Chapelle du Quo z'adis.
Séparé du foyer paternel par un océan et tout un continent, je me sens aussi près de ma mère que de mes parents du Canada. Pourtant, que j'éprouverais de bonheur à lui écrire et à recevoir ses lettres hebdomadaires !