DEPUIS LE PREMIER JOUR DE LAN JUSQU'AU DEPART POUR LA TERRE SAINTE
Le jour de l'an. — Notre-Dame du Lis. — La première cure. — Sainte-Sabine. — La Crèche de Noël. — L'anniversaire de la mort de Victor-Emmanuel. — Le Collège canadien.
— Saint-André délia Vallc ; l'Enfant Jésus des Rois. — Messe du rite arménien. — Dévotion des Romains. — La mort du cardinal Siméoni. — Saint-Vit. — Saint-André délie Fratte.
— Saint-Pierre. — Le 20 janvier 1892. — Sainte Agnès. — Les funérailles du Père Anderledy, S. J. — Une messe de Requiem pour le repos de l'âme du cardinal Planning. — Un heureux événement. — Saint Benoit-Joseph Labre.
^^^^, e suis à l'hôtel de la Minerve où je fais mes notes en attendant f g^ le retour du juge et de Mme 0., sortis pour une dernière ^J^^, visite à Saint-Pierre. Arrivés hier de Xaples ils doivent W partir aujourd'hui même pour le Canada via Florence, Ve- £ W nise. Milan, Paris et le Havre. Nous allons prendre le dîner ^-^ ensemble, et je remercie la Providence qui nous a ménage
cette rencontre. S'il est un jour, en effet, où les parents aiment à se trouver réunis, c'est bien celui qui commence une année. Chez la plupart des peuples chrétiens la coutume distribue les joies du nouvel an sur toute l'octave de Noël; au Canada, le premier jour de l'an les concentre toutes. Aussi quelle expression de joie sur les figures pendant ces vingt-quatre heures ! Car pour un grand nombre c'est un jour sans nuit que celui-là. Tout le monde est heureux. Les soucis de l'existence sont pour la veille et Je lendemain. Quels flots de souhaits débordent de tous les cœurs ! Les paroles bienveillantes sont dans l'air; elles volent de bouche en bouche: c'est un feu roulant. Elles se terminent par le vœu populaire et si chrétien du paradis à h\ fin de vos jours. Il y a des gens qui cherchent à se forger un paradis SUT la terre : ce n'est pas celui-là qu'on doit souhaiter à ses amis, mais bien celui de l'autre vie.
Que les événements ont marché depuis le premier jour de l'an dernier! J'étais alors au milieu de mes ouailles. Une paroisse vraiment chrétienne est une grande famille dont le curé est le père; on le voit bien à la joie confiante avec laquelle chacun vient lui souhaiter l;i tonne année. En chaire, le pasteur se livre aux épanchements de son cœur paternel. "La Providence, dit-il. a uni nos destinées : ensemble nous devons travailler à gagner le ciel. Peut-être l'avenir nous séparera f -il.
Quels que soient les seutiers par où nous conduise la uiaiu de Dieu, donnons-nous rendez-vous au paradis, et que personne n'y manque ". En ce moment tous les fronts s'inclinent, pour recevoir une bénédiction remplie des vœux du nouvel an.
Au Collège eauadien nous sommes une vingtaine de confrères. Hier encore nous étions étrangers les uns aux autres; aujourd'hui une amitié sincère nous unit déjà étroitement ; mais ce n'est pas encore l'abandon, l'intimité qui régnent parmi les membres d'une même famille ou entre de vieilles connaissances.
C'était en mai 1844. Les Dames françaises du Sacré-Cœur du couvent de la Trinité-des-Monts étaient réunies pour la récréation. Tout en s'occupant à des travaux utiles, elles s'entretenaient de la dévotion des Komains pour les madones des rues. En ce moment la Supérieure est appelée au parloir, et laisse libre la place de la présidente. A cette vue, une religieuse s'écrie: " Si la Sainte Vierge venait prendre la place de notre Supérieure! — Voulez-vous que je la fasse venir? reprend alors tout naïvement une novice récemment arrivée de France pour étudier le dessin. — Oui, oui, s'écrièrent toutes les autres ". La jeune artiste avait obéi à un premier mouvement ; elle voulut protester, mais en vain ; elle dut se mettre à l'œuvre. La fresque tracée par son pinceau sur le mur du passage où la communauté était alors réunie est un chef-d'œuvre de grâce et de naturel. La Sainte Vierge y est représentée telle qu'elle était dans le temple, sous la ligure d'une jeune fille de quinze ans. Près d'elle, placée sur une colonnrtte, est une quenouille chargée de lin. Marie est occupée à filer; mais ses doigts retiennent à peine le fil pendant que son esprit paraît absorbé dans une douce contemplation, et que son cœur prie. A gauche un lis penche vers la céleste fileuse sa fleur virginale; à terre est une corbeille de travail; au-dessus des fuseaux on voit mi livre entr'ouvert. Tout cela constitue un tableau d'une simplicité parfaite, mais d'un charme divin.
Depuis, les religieuses de la Trinité-des-Monts ont au milieu d'elles pour présider à leurs récréations Notre-Dame du Lis.
Pie IX. visitant un jour la communauté, remarqua la M a dota e ; il loua l'idée de représenter la Sainte Vierge à l'âge où les jeunes filles vont dans les couvents se former à la vertu et au travail: "C'est une pieuse pensée, dit-il. d'avoir représenté la Vierge à un âge où elle semblail oubliée". Le Tape permit d'honorer la Madone sous le titre de Mater Vdmirabilis, et enrichit de nombreuses indulgences le sanctuaire ou plutôt le corridor, car c'est vraiment un corridor qu'on transforme en chapelle pour les offices en le fermant avec des arches. La Madone;' devint célèbre; elle attira les pèlerins qui aimaient à venir prier entre 1rs lis symbole de lu pureté, et la quenouille symbole du travail. Moimême, je voulus aller passer les premières heures du nouvel an dans une communauté française; il nie semblait être plus [très des amis du
Canada.
La fondation du couvent «le la Trinité-des-Monts remonte au XVe Biècle, Il l'ut bâtî par Charles VIII sur les Instances de saint François
de Paule, et la garde en fut confiée à des religieux de l'ordre des Mi-
ninies que le saint ermite venait de fonder. Il fut abandonné plus tard. Sous Louis XVIII, on en fit un pensionnat de jeunes filles sous la direction des Dames du Sacré-Cœur, mais à la condition qu'il restât toujours desservi par des religieuses françaises.
De tous les couvents de Rome, c'est celui qui donne l'éducation la plus distinguée.
2 janvier. — J'éprouve quelquefois des sentiments de tristesse et d'ennui. On ne peut, en effet, rompre impunément avec son genre de vie habituelle, et un curé ne peut brusquement renoncer à tous les travaux du ministre actif sans qu'il se produise une réaction et qu'il y ait brisement de cœur. Accoutumé de vivre au milieu de paroissiens qui lui témoignent entière confiance, il finit par s'identifier avec eux, et à
Canada — Saint-Joseph d'Alma.
vivre de leur vie. Les confidences qu'il reçoit, les conseils qu'il donne, les instructions qu'il distribue du liant de la chaire, les malades, les affligés qu'il visite et console: tout l'attire vers cette population devenue sa famille spirituelle. Vient un temps où c'est un besoin de travailler pour elle; s'il cesse son labeur, son cœur saignera de ne pouvoir plus se dépenser.
Ici, pas de ministère; nous sommes devenus de simples étudiants; et nous devons refouler au dedans de nous-mêmes ces élans généreux (pu1 le commerce des âmes a fait naître. Et ainsi se l'orme un vide dans le cœur du prêtre qui a connu le ministère paroissial. 11 semble quelquefois qu'on est en dehors «le sa voie, ci que la vie est devenue inutile.
Saint-Joseph d'Alma esi ma première cure; on dit souvent (pie c'est • ■elle à laquelle on s'attache davantage. La chose se conçoil facilemenl Le prêtre en prend possession avec une certaine crainte, mais avec toute l'ardeur du jeune âge. ef l;i ferveur du grand séminaire. Disposé â n'épargner ni ses pas ni ses peines, il se mei m l'œuvre avec confiance;
la vie déborde de son cœur, il la dépense en faveur de ce peuple contie a sa sollicitude. La misère ou le Travail n a rien qui puisse l'effrayer. Si la paroisse est nouvelle, bien des améliorations s'imposent à son zèle, telles que construction de presbytère, de salle publique ou d'église. Il s'y donne de tout cceurj car il veut non seulement l'avancement spirituel de ses ouailles, mais encore le progrès matériel de la paroisse. Quelque chose d'humain pourra se mêler à cette activité des premières années; ce zèle débordant pourra quelquefois dépasser les limites de la stricte prudence; mais, mon Dieu : quel est celui dont les motifs sont toujours purs de tout alliage ? 11 vaut mieux pécher par excès de zèle que par apathie, et qui ne s*est jamais trompé ? La vie se passé à se proposer de faire mieux, a profiter des leçons du passé. L'expérience s'acquiert dans le commerce des hommes, et ordinairement à ses dépens: c'est une marchandise qu'on ne se procure pas à crédit. Et il reste toujours une expérience qu'on ne possède pas et qu'on ne soupçonne pas ; la conscience que l'on a de son inexpérience peut seul en tenir lieu.
Lorsqu'on jette un regard sur la vie passée, force nous est de dire : si j'avais connu ce que je sais maintenant, j'aurais agi autrement que je l'ai fait en bien des circonstances. Et probablement que plus tard nous tiendrons le même langage sur notre conduite présente.
c'est cette bonne foi du jeune homme qui se dévoue; c'est cette formation de l'homme mûr; c'est cette acquisition lente et pénible de l'expérience des personnes et des choses; c'est cet apprentissage laborieux de la conduite des âmes; c'est cette alternative de joies et de chagrin dans L'exercice du ministère paroissial; c'est ce déploiement du premier zèle ecclésiastique; c'est surtout cette communication intime des âmes entre le pasteur et les ouailles, qui donnent tant de charmes et attachent pour la vie à la première cure.
Dois-je l'avouer ? Ce qu'il m'a coûté le plus de quitter en s'éloignant du Canada, ce ne sont pas mes parents, mais mes paroissiens. D'où vient cette apparente contradiction ? C'est que le prêtre, en recevant l'onction sacerdotale, renonce à sa famille pour embrasser celle du Christ, et se donner a l'Eglise de Dieu. La paroisse que l'évêque lui confie devient son épouse d'adoption, et Dieu met dans son cœur les sentiments qui doivent l'animer à l'égard de ses enfants spirituels.
Et c'est pour cela que le eure tient tant à la paroisse (pli a été le théâtre de son premier zèle sacerdotal, et s'attache à chacune des personnes qui l'habitent, pur le plus intime de son être.
Dama ma retraite du Collège canadien ma pensée me report*' souvent vers Al ma et je nie retrouve au milieu de mes paroissiens. Après !«• bonheur de revoir mes parents, il n'en est pas qui nie sera plus sensible ipie celui de nie retrouver au milieu d'eux, de leur presser la main et de leur parler.
Dimanchi , :; janvû r. Sainte Sabine, noble dame romaine, tut convertie par sa servante Sérapie: preuve *\*^ prévenances de la Providence
qui a bi.-n des moyens pour faire arriver le salut aux personnes de bonne
Volonté, et se serf quelquefois des inst ruinent s les plus faibles pour accomplir les vues de sa miséricorde, preuve encore du pieux prosélytisme
qui animait les premiers chrétiens anxieux d'opérer de nouvelles conversions. Ici, c'est une servante ignorée qui se fait apôtre et convertit sa maîtresse par ses paroles, ses exemples et ses prières.
Sabine ne tarda pas à être arrêtée comme chrétienne: " N'est-ce pas vous, lui dit le juge, qui êtes Sabine, illustre par votre naissance et votre mariage ? — Oui, c'est moi, mais je rends grâces à .lésais-Christ qui, par le moyen de sa servante Sérapie, m'a délivrée de l'esclavage du démon ". La nouvelle convertie confessa généreusement sa foi. Elle eut la tête tranchée dans la maison paternelle, à l'endroit même où s'élève aujourd'hui une église en son honneur.
L'église Sainte-Sabine avec le couvent adjacent sont restés célèbres dans les annales dominicaines. C'est là, en effet, qu'est le ber;eau de l'ordre. Le pape Honorius III en lit don au glorieux fondateur qui laissa Saint-Sixte pour aller s'établir sur le mont Aventin. On montre encore l'étroite cellule où Dominique revêtit l'habit des Frères Prêcheurs, là où il passait de si longues heures en prière avec saint François d'Assise; on voit aussi la pierre sur laquelle il s'agenouillait des nuits entières. Tout auprès est la cellule qu'habita Pie Y avant d'être élu Pape.
Dans le jardin du couvent existe un oranger six fois séculaire que planta le bienheureux fondateur. C'est en parlant de cet arbre que saint François de Sales écrivait à Madame de Chantai : " J'ai vu un arbre planté par le bienheureux saint Dominique à Rorne; chacun le va voir et le chérit pour l'amour du planteur; c'est pourquoi ayant vu en vous l'arbre du désir de la sainteté que Notre-Seigneur a planté en votre âme. je le chéris tendrement, et prends plaisir à le considérer. Je vous exhorte d'en faire de même, et de dire avec moi: Dieu vous croisse, ô bel arbre planté ! Divine semence, Dieu vous veuille faire produire votre fruit à maturité ! "
Au commencement de notre siècle l'oranger historique, que son écorce ne protégeait plus, allait dépérissant, lorsqu'il donna naissance à un rejeton plein de vie. C'était le temps où Lacordaire commençait son noviciat à Sainte-Sabine même ? N'était-ce pas une gracieuse e1 frappante image de la restauration de l'ordre en France par le novice de Sainte-Sabine. Nous avons cueilli, pour le conserver en souvenir, un fruit de l'arbre deux fois célèbre.
Lorsqu'on visite l'église, on reste étonné de trouver dans une chapelle retirée un tableau qui nous frappe par l'expression et le relief des figures; on s'arrête pour le contempler. Nous avons devant nos veux le chef-d'œuvre de Sassof errato ; il représente saint Doniiui<|ue recevant le saint Rosaire des mains de la Sainte Vierge en présence 'le sainte Catherine de Sienne.
En vertu des lois injustes de l'Italie une, les Dominicains ont été chassés de leur monastère. On a bien voulu seulement laisser quelques religieux et tolérer qu'ils prennent soin des chambres les plus célèbres que les pèlerins peuvent visiter.
4 janvier. — Sur l'invitation des Chers Frères nous avons éié voir leur crèche de Noël dans le couvent qu'ils possèdent non loin du Colisée.
Depuis deux ans l'un des Frères y travaille assidûment, et il ne fait que de la terminer. La mise en mouvement du mécanisme exige beaucoup de soin; aussi nous avait-on priés de nous y rendre tous ensemble. ' L'exposition occupe une chambre d'une vingtaine de pieds carrés.
Dans le lointain, tout au fond d'une riante campagne, des montagnes bornent la vue. A leur pied un lac étend ses eaux tranquilles et reflète dans ses ondes l'azur des cieux. Plusieurs bateaux voiliers y sont à l'ancre : quelquefois l'un d'eux se détache du rivage, traverse le lac, et dis] tarait derrière un rocher. C'est une mer intérieure que des vaisseaux parcourent en tous sens.
De l'autre côté, la scène change d'aspect. On voit une place publique où règne une grande activité. Ici, une personne s'avance à pas 1 Hisses: là une voiture de charge est traînée péniblement par un lourd cheval; plus loin, au milieu des rochers, un homme traverse seul des pays déserts.
A la décharge du lac plusieurs manufactures en activité font reconnaître une petite ville commerciale. On aperçoit un moulin à farine dont les grosses roues tournent lentement en déchargeant leurs lourdes palettes.
Tout auprès une ferme champêtre réjouit l'œil et varie le spectacle. Le maître de céans s'est même payé le luxe d'un jet d'eau qui lance un mince lilet d'onde argenté. A ce moment des canards prennent leurs ébats dans l'étang voisin.
Mais le principal tableau est sur l'avant-scène. Il représente un enfant reposant au fond d'une cavité creusée dans le rocher. Auprès de lui son père et sa mère se tiennent dans l'attitude de l'admiration, lu peu plus loin est une bergère; elle porte des fruits qu'elle vient déposer aux pieds du nouveau-né; un berger est là qui n'ose approcher, mais regarde avec stupéfaction et cherche à découvrir ce que signifie tout ce qu'il voit. Le front de l'enfant est ceint d'une brillante auréole de lumières d'où s'échappent sans cesse des rayons dorés qui tour à tour montent et s'abaissent, et semblent se perdre pour reparaître encore avec plus d'éclat.
Ainsi nous apparaissent l'Enfant Jésus et tous les personnages de cette première scène du drame de notre Rédemption.
7 janvier. — On voit en plusieurs endroits des pavillons en berne: c'est qu'aujourd'hui est l'anniversaire de la mort de Victor-Emmanuel.
Ce roi du Piémont avait une carrure hardie, une allure martiale, de fortes moustaches avec une impériale formidable, mais sous ces dehors farouches la volonté manquait. Il ne sut pas faire ce qu'il voulait ; il ne
fut entre les mains de la révolution qu'un mannequin politique que les francs-maçons tirent jouer au bout «le la trame de leurs menées térnébreuses. Il aurait voulu être chrétien sincère, el il a persécuté L'Eglise;
respecter R< , et ses troupes onl tiré le canon sur la ville des Tapes
ci l'ont enlevée à son maître; il aurait accompli volontiers ses devoirs religieux, et les dernières années de sa vie se Boni passées sous le coup de l'excommunication ; an lieu de gouverner il a fail la yolonté des enne-
mis de l'Eglise qui préférèrent garder sa personne en laisse pour mettre la royauté au service de leurs desseins pervers. Sur le point de mourir il demanda un prêtre, dit-on; malheureusement le ministre du Seigneur ne trouva plus qu'un cadavre. Espérons qu'un regard plein de repentir levé vers le Dieu qui pardonne même aux traîtres et aux lâches, lui aura ouvert les portes du ciel. Aujourd'hui son corps repose dans le Panthéon qu'il pollue, en attendant qu'on le transporte dans le monument qu'on lui élève à grands frais sur le Capitole, si toutefois le triomphe des méchants dure assez longtemps pour leur permettre de le terminer.
Tous les ans on chante un service sur le corps du roi du Piémont, usurpateur du Pouvoir temporel du Pape; l'Eglise, à cause du malheur des temps, tolère ce qu'elle ne peut empêcher. Le roi, la reine, les ministres forment l'élite de l'assistance. C'est un service diplomatique. Le clergé y recevrait des places d'honneur, mais il n'a garde d'y assister.
On peut ici toucher du doigt la différence qui existe entre les Italiens et les Français. A Rome, on n'est pas impie dans l'âme; on se trouve, pour ainsi dire, rejeté en dehors de l'Eglise par la position fausse créée dans le cœur de la catholicité. Comme dans le paradis terrestre le serpent, celui du libéralisme, a dit aux gouvernants : " Prenez Rome, faites-en la capitale de l'Italie une; tous vos maux cesseront, et l'Eglise finira par accepter le fait accompli ". Et voilà que le Pape prisonnier ne cesse de protester en face de l'Europe entière contre l'injuste usurpation. Et les sectaires trop avancés n'ont pas le courage de revenir sur leurs pas; ils se laissent glisser sur une pente fatale; forcément séparés de l'Eglise ils vivent excommuniés et meurent de même. Tel fut le cas pour le notoire Victor-Emmanuel. Le libéralisme a ceci de particulier qu'il présente de faux miroitements de bonne foi et de conciliation. Des méchants ourdissent les complots dans l'ombre, ne laissent voir que ce qui peut tromper l'œil, et se font suivre d'hommes faibles et crédules. Lorsque les victimes de leurs machinations ténébreuses, s'aperçoivent qu'ils ne sont plus les fils soumis de l'Eglise, il est trop tard ; leur ambition et leurs intérêts, la pusillanimité et la crainte, les retiennent dans les sentiers de l'erreur et du mal.
En France les chefs du gouvernement sont pour la plupart impies ; on y est formellement opposé à l'Eglise, et l'on travaille sciemment à sa ruine; on vit dans l'irréligion complète et l'on veut mourir ainsi. Loin de demander la prière d'un homme de Dieu à sa dernière heure, on déclare à l'avance nul et de nul effet tout désir de voir le prêtre à ce moment; on le déclare arraché par les souffrances ou enlevé à la faiblesse de la volonté; par testament on exige que son corps soit mis en terre profane à la manière des animaux ou réduit en cendre, comme pour faire profession de foi dans le néant. Le Français pousse ses faux principes jusqu'à leurs dernières conséquences; il n'est pus lion ou mauvais à moitié; il ne s'arrête pas sur le bond de l'abîme; du côté qu'il penche, il y tombe. Aujourd'hui il s'agite pénàblemenl dans le cloaque d<- l'incrédulité. Qui l'en retirera ?
0 janvier. — L'origine des collèges nationaux dans la Ville éternelle remonte au XVIe siècle. Un souffle de révolte anti-religieuse pas-
sait alors sur l'Europe et jetait le trouble clans les intelligences. Pour rétablir le calme et faire la lumière, les Papes encouragèrent rétablissement de collèges nationaux dans le centre de la catholicité, où l'on pût sûrement puiser la doctrine intégrale, se former à la discipline ecclésiastique, et prendre le véritable esprit romain.
Ignace de Loyola, l'homme-lige du Christ, fonda dès lors le Collège romain qui compte encore aujourd'hui plus de douze cents élèves dont sept cents dans les Humanités, trois cents en Philosophie et deux cent cinquante en Théologie.
Au commencement du XYIIe siècle le pape Grégoire XVI fonda le collège de la Propagande destiné à former des missionnaires pour toutes les parties du monde. Plus de six cents élèves, de mœurs et de langues différentes comme les pays d'où ils viennent, y reçoivent l'instruction gratuite dans toutes les branches de l'enseignement, grâce à la libéralité des Papes et à des legs pieux. On les reconnaît facilement parmi les autres étudiants aux boutons rouges de leurs soutanes et à la ceinture de même couleur. Avec les sciences ecclésiastiques ils puisent auprès •lu tombeau des saints apôtres Pierre et Paul l'amour de Jésus-Christ et la soif de l'apostolat.
Dans la suite presque toutes les grandes nations ont établi des collèges à Rome. Il y a des collèges allemand, français, belge, polonais, irlandais, écossais, anglais, arménien et d'autres encore. C'est aux Messieurs de Saint-Sulpice que nous devons d'avoir le nôtre depuis 1888. Et, en le fondant, ils ont fait les choses royalement. Ils ont choisi pour le placer, l'un des quartiers les plus salubres de Rome, non loin du Quirinal. C'est l'un des plus beaux palais de la ville ; il est en pierre, à quatre étages, avec un corps de logis flanqué de deux ailes; le portique est imposant; une cour intérieure, par où l'on descend au moyen d'un large escalier en marbre, le précède; les étages sont hauts, bien aérés et bien éclairés; sur le toit règne une lof/f/ia ou plate-forme ouverte d'où la vue s'étend au loin.
Le mouvement des études romaines s'est accentué d'une manière extraordinaire de nos jours, surtout depuis que Léon XIII a rendu obligatoire la Somme de saint Thomas; ce sera peut-être là la grande œuvre du règne si étonnant de Léon XIII, et le service le plus éminent qu'il aura rendu à l'Eglise de Dieu. Saint Thomas, l'homme de la raison au service de la foi. tuera le rationalisme et le matérialisme, l'erreur de la raison au service des sens. La théologie a cessé de se tenir sur la défensive; elle Va en plein e;nnp des adversaires combattre l'ennemi avec sis propres armes et lui porter des coups mortels.
Les collèges nationaux établis a Rome sont de simples pensionnats on les élèves d'un pays trouvent couvert et logis sous le même toit. Deuxfois par joui- ces maisons se vident, et les étudiants se partagenl entre les quatre grandes' universités de Rome: le Collège romain, l'Apollinaire, la Propagande <•( la Minerve. Dans toutes ces institutions la science se distribue gratuitement. Assis*" qui veut aux cours; même des laïques se mêlent aux ecclésiastiques au pied des chaires romaines; pas de distinction entre le pauvre et le riche, entre le Dis de famille ou l'enfant du peuple, entre l'indigène ou l'étranger: voilà du véritable socialisme chrétien.
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