LES JEUX FLORAUX
laire du couvent des Frères Prêcheurs déjà préparée à cet effet et ornée de tapisseries de haute lice. Sur une estrade prenait place Henri de Villena entouré à droite et à gauche des mainteneurs ; à leurs pieds les secrétaires du Consistoire et plus. bas les massiers. Le sol était couvert de tapis. Face à l’estrade était une double rangée demi-cireulaire de sièges sur lesquels prenaient place les troubadours, et, au milieu de la salle, sur une espèce d’autel couvert de draps d’or étaient posés les livres de l’art et la joya qu'on allait décerner. Ce n’était pas, comme à Toulouse, une violette, mais une couronne d’or. Il y avait aussi, à droite, un siège réservé pour le Roi qui, d'ordinaire, assistait à la cérémonie, au milieu d’un publie nombreux.
Composé sous le roi Jean de deux mainteneurs, le Consistoire vit augmenter ensuite le nombre de ses membres. Peut-être même, à un certain moment, y en eut-il sept, comme pour l'Académie toulousaine. Mais à l’époque d'Henri de Villena, il en comptait quatre, un chevalier, un maître en théologie, un moître ès-lois, et un citoyen honoré. Ils étaient élus par le collèce des troubadours, mais leur élection était soumise à l'approbation du Roi.
On faisait silence et alors se levait le maître en théologie qui prononçait un discours avec texte (thema) (1) et eitations à l'appui, faisant aussi l’éloge de la Gaie Science et des sujets mis au concours, puis 1l s’asseyait. Un massier invitait alors les troubadours présents à € développer et publier » fespandiesen à publicasen) leurs œuvres. « Chacun d’eux se levait alors et hisait à haute voix ses poésies écrites sur du papier damassé de diverses couleurs, avec des lettres d’or et d'argent et de belles enluminures, le mieux que chacun pouvait. La lecture achevée, chacun remettait son œuvre au secrétaire du Consistoire. »
Il y avait ensuite une réunion secrète où étaient examinées les œuvres présentées. Le secrétaire les relisait et chacun des mainteneurs signalait les fautes qu'il remarquait, et on les indiquait en marge. Le joyau était décerné par les votes du Consistoire à celle qui était sans fautes ou qui en avait le moins.
(1) On appelle ainsi le passage de l’Ecriture qu’un prédicateur prend pour sujet de son discours.
Les mainteneurs et les poètes se réunissaient une seconde fois en assemblée publique suivant le même cérémonial et dans la même salle que la première. Là, Henri de Villena ouvrait la séance par un éloge des œuvres concurrentes, s'étendant particulièrement sur la pièce couronnée. Un secrétaire apportait alors la Joya, c'est-à-dire la couronne d’or, placée sur un diplôme en parchemin richement enluminé, signé d'Henri de Villena et de deux mainteneurs et scellé du sceau consistorial. Le tout était remis au lauréat avec sa composition, copiée au préalable sur le registre du Consistoire, afin qu'elle pût être chantée et récitée en public.
Cela fait, ils retournaient au Palais en bon ordre, le poète couronné entre deux mainteneurs. Devant lui était un page portant la Joya et escorté de trompettes et de ménestrels. Au Palais, on lui offrait du vin et des épices, et il était ensuite accompagné jusqu'à sa demeure. « Et ainsi, ajoute Villena, était mise en évidence la supériorité que Dieu et la nature ont donnée aux esprits brillants sur les vulgaires. Et les sots ne s'y -aventuraient pas » {é no se atrevian los ediotas).
Henri de Villena ne dut pas présider longtemps les séances du Consistoire ainsi réorganisé, car, à la mort de son protecteur et ami, le roi Fernand, survenue, comme on sait, le 2 avril 1416, il quitta Barcelone, renonçant à la vie de courtisan, et se refugia à Valence pour s’y consacrer à ses études. Il y resta Jusqu'à la fin de 1417 et y composa son second ouvrage, Los doce trabajos de Hércules, allégorie morale en catalan, sur les instances du « vertueux chevalier » Mossèn Pero Pardo, seigneur des baronnies d’Albaida et Corbera (1).
Que devint, après le départ d'Henri de Villena, l’Académie de Barcelone ? Aucun document ne nous renseigne sur son activité durant les deux premiers tiers du règne d’Alphonse V. Ce prince,
(1) E. CorareLo, cp. cit., p.49. Cf. Morez-Fario, Kat. Lit., p.125.
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